Palestine.
Khaled Méchaal, le chef du
Hamas, a annoncé à Damas qu’il ne reconduirait pas la trêve
de six mois conclue le 19 juin avec Israël dans la bande de
Gaza, mais d’autres responsables du mouvement islamiste ont
été moins catégoriques.
Le Hamas dit non à une autre trêve
Même si la trêve entre l’Etat hébreu et le mouvement
islamiste qui contrôle Gaza depuis un an et demi a été
maintes fois ébranlée par des accrochages à la frontière et
des raids de Tsahal dans la
petite bande côtière, théoriquement elle devrait prendre fin
vendredi prochain. Et la réponse à qui se posait des
interrogations sur sa reconduction est venue assez tôt et
d’une façon tranchante. Dimanche, le chef en exil du Hamas
Khaled Méchaal a affirmé qu’elle
ne serait « pas renouvelée » le 19 décembre. Et pour cause :
la poursuite du blocus de la bande de Gaza, territoire
contrôlé par le mouvement islamiste palestinien. Un refus
qui a donc sa raison d’être.
« La trêve était limitée à six mois et s’achève le 19
décembre. Sachant que l’ennemi ne respecte pas ses
engagements et que le siège est toujours en place contre
notre peuple, pour le Hamas, et je pense que pour la
majorité des forces, la trêve prend fin après le 19 décembre
et ne sera pas renouvelée », a affirmé M.
Méchaal à Damas lors d’un
entretien avec la télévision satellitaire
Al-Quds du Hamas.
Il a toutefois ajouté que les discussions au sein du
mouvement et avec les autres groupes palestiniens se
poursuivaient et qu’une réponse officielle serait donnée à
Israël « dans les prochains jours ». Une réponse qui sera
certes à la négative.
Le chef du bureau politique du Hamas a par ailleurs mis en
garde Israël contre le déclenchement d’une opération dans la
bande de Gaza en cas de non renouvellement de la trêve, mise
à mal par un récent regain de violence.
« Les menaces israéliennes ne sont pas nouvelles » mais « le
prix de toute incursion sera très élevé », a-t-il menacé,
prenant exemple d’une opération menée en avril et lors de
laquelle trois soldats israéliens avaient été tués dans une
embuscade de combattants palestiniens, dans l’est de la
ville de Gaza.
Toujours à Damas, un responsable du bureau de presse du
Hamas, Oussama
Abou-Khaled, a déclaré à l’AFP
que « la trêve ne sera probablement pas renouvelée alors que
l’agression israélienne se poursuit contre la Cisjordanie et
Gaza et que le blocus sur Gaza est maintenu ».
« Le Hamas et les autres organisations ne reconduiront la
trêve que si elle est dans l’intérêt du peuple palestinien.
Le non respect de la trêve par Israël et la fermeture des
points de passage à Gaza jetteront de l’ombre sur la
reconduction de la trêve », a-t-il ajouté. Israël a fermé
hermétiquement les points de passage par où sont acheminés
nourriture et produits de première nécessité dans la bande
de Gaza, où vivent 1,5 million de Palestiniens dans des
conditions misérables.
L’Etat hébreu n’a jamais caché son intention de maintenir
l’embargo sur la bande de Gaza, au moins jusqu’à pouvoir
déloger à terme le Hamas du pouvoir à Gaza.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser Gaza sous le
contrôle du Hamas », a déclaré la chef du parti
Kadima (centre-droit), en course
pour le poste de premier ministre lors des législatives du
10 février.
Un renouvellement sans « aucun sens »
Certes, la vision du Hamas est la même que ce soit à Damas
ou à Gaza, où le mouvement islamiste organisait un grand
rassemblement pour célébrer l’anniversaire de sa fondation.
Le premier ministre du gouvernement Hamas, Ismaïl
Haniyeh, a accusé Israël de
violer la trêve, sans toutefois indiquer ouvertement si son
mouvement allait la reconduire ou non.
« Après les (six) mois de trêve, les factions ont tenu
plusieurs réunions à Gaza et à l’étranger pour évaluer la
situation et son respect par Israël. L’évaluation a été
négative », s’est-il borné à déclarer devant plusieurs
dizaines de milliers de partisans réunis sur une grande
place de Gaza, couverte de drapeaux verts du mouvement
islamiste.
« L’ennemi ne cesse ses agressions, poursuit son siège,
laisse fermés les points de passage (de la bande de Gaza),
et n’étend pas la trêve à la Cisjordanie », a-t-il indiqué.
Si Israël « a l’intention de mener une nouvelle agression,
nous lui disons : Nous nous défendrons, nous défendrons
notre terre et nos droits », a-t-il ajouté.
En organisant un rassemblement de masse, le Hamas entendait
montrer son assise populaire dans la bande de Gaza, face à
Israël mais aussi au parti rival Fatah, dirigé par le
président palestinien, Mahmoud Abbass.
Malgré le blocus israélien contre la bande de Gaza, «
l’argent et les armes (fournis) aux séditieux (le
Fatah, ndlr) pour mener un coup
d’Etat contre le Hamas », le mouvement « est plus fort et
restera plus fort car il tire sa force de Dieu », a martelé
Ismaïl Haniyeh.
Le mouvement a été créé le 14 décembre 1987 après le début
de la première Intifada par un groupe de militants se
réclamant des Frères musulmans, dont le cheikh Ahmad
Yassine. Plus tôt, un
porte-parole du mouvement avait indiqué que renouveler un
cessez-le-feu, qui a constamment été violé n’avait « aucun
sens ». Avec cette position hamasie
qui paraît justifiée, les luttes entre le Hamas et le Fatah
qui n’en finissent pas, l’approche de la fin du mandat du
président palestinien avec tout ce qu’elle suscite de
polémique et les élections israéliennes prévues en février,
il est sûr qu’il faut attendre longtemps avant de voir une
décrispation de la situation dans les territoires occupés.
Rania
Adel