Al-Ahram Hebdo,Environnement | En attendant l'entente
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 Semaine du 17 au 23 décembre 2008, numéro 645

 

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Environnement

Conférence de Poznan. La conférence des Nations-Unies sur le changement climatique qui s’est tenue du 1er au 12 décembre en Pologne avait pour objectif d’avancer sur la voie d’un texte de remplacement du protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, qui expire en 2012. Compte rendu.

En attendant l'entente

Deux mondes, deux vitesses. D’un côté, les vingt-sept pays membres de l’Union Européenne (UE) se sont mis d’accord, vendredi 12 décembre lors du sommet européen à Bruxelles, sur le plan climat européen. « Il n’y a pas un continent au monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes », s’est félicité Nicolas Sarkozy, président de l’UE lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet. Les Européens vont ainsi devoir atteindre un « 3 fois 20 » pour 2020 : réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20 % de la consommation, et réaliser 20 % d’économie d’énergie. Tandis que sur une plus grande échelle, la communauté internationale s’est montrée incapable de réussir en 12 jours ne serait-ce qu’une partie de ces achèvements lors des deux dernières conférences sur le climat, à Bali en 2007, et à celle de Poznan qui s’est achevée la semaine dernière.

Le secrétaire exécutif de la Convention Cadre des Nations-Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), Yvo De Boer, savait d’avance que la tâche à accomplir à Poznan n’était pas simple. « Le travail qui vous attend est à la fois difficile et critique, mais en chaque difficulté gisent des opportunités, si vous savez vous concentrer sur ce qui vous unit plutôt que sur ce qui vous divise », a-t-il déclaré, lors de l’inauguration de la conférence annuelle sur le climat, qui s’est déroulée du 1er au 12 décembre 2008 à Poznan en Pologne. Quelque 12 000 délégués de 190 pays s’y sont réunis pour lancer la phase active de négociation d’un nouvel accord qui devra être conclu dans un an à Copenhague. Yvo De Boer a de même reconnu que la crise financière allait compliquer la tâche. « Mobiliser les ressources financières à l’échelle requise constituera un véritable défi », a-t-il indiqué. Le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a pour sa part déclaré : « La crise économique est grave. Toutefois en matière de changement climatique, les enjeux sont plus élevés ». La crise climatique se fera sentir non seulement aujourd’hui, mais aussi « dans un avenir très lointain, affectant notre prospérité potentielle et la vie de nos peuples », a-t-il poursuivi. Il ne doit pas y avoir de « relâchement dans nos engagements » sur la baisse des émissions des Gaz à Effet de Serre (GES), a-t-il demandé en insistant sur « l’urgence de cette cause ». M. Ban a également estimé qu’une relance mondiale était nécessaire pour surmonter la crise financière et qu’« une grande partie des dépenses » effectuées dans ce cadre devaient servir à lutter contre le réchauffement. « Nous avons besoin d’un New Deal vert », a-t-il lancé. Pourtant, pour d’autres experts, la récession économique engendrée par la crise financière ne manquera pas d’avoir une retombée positive : celle de la diminution des émissions mondiales de GES. Ces experts ont estimé que le ralentissement économique devrait faire baisser de 3 % par an la croissance des émissions mondiales de GES, qui proviennent principalement de la combustion d’énergies fossiles. En effet, selon un récent rapport de la CCNUCC, au moins 200 milliards de dollars (155 milliards d’euros) seront nécessaires chaque année pour réduire d’ici 2030 les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 25 % par rapport à leurs niveaux de 2000. Des dizaines, voire des centaines de milliards supplémentaires devront aussi être mobilisés, selon ce document, pour aider les pays pauvres à faire face aux effets du réchauffement : montée du niveau de la mer, raréfaction de l’eau, bouleversements agricoles. « Le rôle des finances publiques internationales sera crucial pour atténuer (les changements climatiques), les marchés du carbone n’y suffiront pas », a insisté Yvo De Boer. Le coût des mesures d’atténuation des émissions de GES pour limiter l’ampleur du réchauffement a dû être révisé à la hausse de + 170 %. Ce coût pourrait donc atteindre plus de 500 milliards de dollars par an d’ici 2030, plus du double qu’initialement prévu en 2007.

 

Moyens de recueillir des fonds

De leur coté, les pays en développement ont invité les pays riches à leur donner rapidement des moyens financiers pour lutter contre le réchauffement climatique et préserver les forêts tropicales. L’attention se tourne vers les moyens de recueillir des fonds car les pays en développement disent avoir besoin de financements plus élevés pour combattre un réchauffement tenu responsable de l’augmentation des catastrophes climatiques, des sécheresses aux inondations en passant par les cyclones. « Je pense qu’il est vraiment important, notamment dans le contexte actuel de crise financière, de voir de quelle façon nous pouvons élaborer à Copenhague un accord qui exposera clairement d’où viendront les financements », a expliqué De Boer.

L’organisation Oxfam a assuré que 50 milliards de dollars peuvent être facilement trouvés chaque année pour soutenir l’adaptation des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, sans atteinte aux finances publiques des pays industrialisés. Dans un rapport présenté à Poznan, Oxfam suggère de « transformer le carbone en or » en mettant aux enchères une partie — 7,5 % — des émissions de gaz à effet de serre que les pays développés seront amenés à réduire au titre du futur accord climatique, en cours de négociation. « Avec ce système, il est possible de mobiliser au moins 50 milliards de dollars/an d’ici 2015 sans faire sauter la banque », a expliqué l’auteure principale et experte climat d’Oxfam, Heather Coleman. Selon les estimations d’Oxfam, à 45 dollars par tonne de carbone, les enchères généreraient 52 milliards de dollars par an. Oxfam propose également de taxer les émissions dues aux transports aériens et maritimes, qui rapporteraient respectivement 12,4 milliards et 16,6 milliards de dollars par an. Grands oubliés du Protocole de Kyoto en 1997 mais toujours en plein essor, ces secteurs devraient être inclus dans le prochain accord climat, dont la négociation devra aboutir fin 2009 à Copenhague. « Il s’agirait de taxer les vols uniquement au départ des pays développés avec des exemptions possibles pour les compagnies des pays en développement et ainsi le système couvrirait 65 % du transport aérien et 60 % du transport maritime », qui bénéficierait d’aménagements similaires, a expliqué Mme Coleman. En comparaison, le Fonds d’adaptation prévu par Kyoto reste dérisoire : 70 millions de dollars à ce jour et 300 à 400 millions d’ici 2012. Ce fonds est alimenté par un prélèvement de 2 % sur les projets du Mécanisme de Développement Propre (MDP) qui permettent à un pays du nord d’investir au sud dans un projet « vert », en échange de permis d’émissions.

Pour réduire les GES, des initiatives sont aussi venues des pays en développement. Ainsi, un jour avant la clôture de la conférence de Poznan, le Mexique a annoncé un plan visant à diviser par deux d’ici 2050 ses émissions par rapport à leurs niveaux de 2002, ce qui en fait l’un des rares pays en développement à fixer un objectif précis de réduction. Le ministre mexicain de l’Environnement, Juan Rafael Elvira, a précisé que l’objectif serait réalisé grâce à des technologies propres comme le solaire et l’éolien, tout en espérant que l’initiative du Mexique stimulera une action internationale « collective » dans la lutte contre le changement climatique. De son côté, Apisai Ielemia, le premier ministre des Tuvalu, archipel du Pacifique menacé par l’élévation du niveau de la mer, a lancé aux ministres présents à Poznan. « Notre avenir est entre vos mains. Nous estimons que Tuvalu, en tant que pays, a le droit d’exister pour toujours », a déclaré Ielemia. « Nous sommes un peuple fier avec une culture unique qui ne peut pas être déplacée ailleurs ».

Discussions ultérieures

En fait, à Poznan, les délégués de 190 pays se sont mis d’accord sur une série d’objectifs à inclure dans un nouveau traité sur le climat en 2009 ainsi que sur un plan pour atteindre ces objectifs dans les 12 prochains mois, a annoncé De Boer. Fixer des cibles précises pour la réduction des émissions de CO2 d’ici 2020 est l’un des objectifs, tout comme la nécessité de lever des fonds pour aider les pays pauvres, a précisé Yvo De Boer. Une commission a cité des études scientifiques selon lesquelles les pays industriels doivent réduire leurs émissions de CO2 de 25 à 40 % par rapport aux niveaux de 1990 dans un délai de 12 ans. La commission n’a cependant pas fait sien cet objectif et la question a été laissée à des discussions ultérieures. En effet, l’accord sur le climat que la communauté internationale doit atteindre à Copenhague dans un an pour enrayer le changement climatique, ne sera pas « détaillé », a averti Yvo de Boer : « Nous n’aurons pas un accord à long terme complètement détaillé à Copenhague en 2009. Ce ne sera pas faisable. Il faut faire attention à ne pas viser trop haut pour finalement ne rien atteindre », a-t-il dit, laissant entendre que les ministres, qui se sont réunis à Poznan, pourraient décider d’une nouvelle rencontre avant l’échéance de décembre 2009 pour faire avancer les négociations. « Pour moi, l’essentiel à Copenhague est d’avoir de la clarté sur les engagements (de réduction des émissions de gaz à effet de serre), sur le financement et sur les institutions, pour qu’après Copenhague, il n’y ait plus de négociations sur les points fondamentaux », a-t-il précisé. « Il faut des chiffres de la part des pays industrialisés, il faudra aussi un certain type d’engagements de la part des grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil ...). Quelle forme cela prendra ? Pour moi, ce n’est pas clair pour le moment », a ajouté Yvo De Boer.

A dire vrai, même si cette conférence, comme celle de Bali, n’a pas abouti à des décisions concrètes, l’accord européen sur le climat a réveillé les participants à Poznan, qui ont conclu les travaux sur une dose d’enthousiasme instillée par le prix Nobel de la paix Al Gore, avec un slogan en toile de fond : « Yes we can ! ».

Dalia Abdel-Salam (Avec agences)

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