Conférence de Poznan.
La conférence des Nations-Unies sur le changement climatique
qui s’est tenue du 1er au 12 décembre en Pologne avait pour
objectif d’avancer sur la voie d’un texte de remplacement du
protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de
serre, qui expire en 2012. Compte rendu.
En attendant l'entente
Deux
mondes, deux vitesses. D’un côté, les vingt-sept pays
membres de l’Union Européenne (UE) se sont mis d’accord,
vendredi 12 décembre lors du sommet européen à Bruxelles,
sur le plan climat européen. « Il n’y a pas un continent au
monde qui se soit doté de règles aussi contraignantes »,
s’est félicité Nicolas Sarkozy, président de l’UE lors d’une
conférence de presse à l’issue du sommet. Les Européens vont
ainsi devoir atteindre un « 3 fois 20 » pour 2020 : réduire
de 20 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport à
leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies
renouvelables à 20 % de la consommation, et réaliser 20 %
d’économie d’énergie. Tandis que sur une plus grande
échelle, la communauté internationale s’est montrée
incapable de réussir en 12 jours ne serait-ce qu’une partie
de ces achèvements lors des deux dernières conférences sur
le climat, à Bali en 2007, et à celle de Poznan qui s’est
achevée la semaine dernière.
Le secrétaire exécutif de la Convention Cadre des
Nations-Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), Yvo De
Boer, savait d’avance que la tâche à accomplir à Poznan
n’était pas simple. « Le travail qui vous attend est à la
fois difficile et critique, mais en chaque difficulté gisent
des opportunités, si vous savez vous concentrer sur ce qui
vous unit plutôt que sur ce qui vous divise », a-t-il
déclaré, lors de l’inauguration de la conférence annuelle
sur le climat, qui s’est déroulée du 1er au 12 décembre 2008
à Poznan en Pologne. Quelque 12 000 délégués de 190 pays s’y
sont réunis pour lancer la phase active de négociation d’un
nouvel accord qui devra être conclu dans un an à Copenhague.
Yvo De Boer a de même reconnu que la crise financière allait
compliquer la tâche. « Mobiliser les ressources financières
à l’échelle requise constituera un véritable défi », a-t-il
indiqué. Le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon
a pour sa part déclaré : « La crise économique est grave.
Toutefois en matière de changement climatique, les enjeux
sont plus élevés ». La crise climatique se fera sentir non
seulement aujourd’hui, mais aussi « dans un avenir très
lointain, affectant notre prospérité potentielle et la vie
de nos peuples », a-t-il poursuivi. Il ne doit pas y avoir
de « relâchement dans nos engagements » sur la baisse des
émissions des Gaz à Effet de Serre (GES), a-t-il demandé en
insistant sur « l’urgence de cette cause ». M. Ban a
également estimé qu’une relance mondiale était nécessaire
pour surmonter la crise financière et qu’« une grande partie
des dépenses » effectuées dans ce cadre devaient servir à
lutter contre le réchauffement. « Nous avons besoin d’un New
Deal vert », a-t-il lancé. Pourtant, pour d’autres experts,
la récession économique engendrée par la crise financière ne
manquera pas d’avoir une retombée positive : celle de la
diminution des émissions mondiales de GES. Ces experts ont
estimé que le ralentissement économique devrait faire
baisser de 3 % par an la croissance des émissions mondiales
de GES, qui proviennent principalement de la combustion
d’énergies fossiles. En effet, selon un récent rapport de la
CCNUCC, au moins 200 milliards de dollars (155 milliards
d’euros) seront nécessaires chaque année pour réduire d’ici
2030 les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de 25 % par
rapport à leurs niveaux de 2000. Des dizaines, voire des
centaines de milliards supplémentaires devront aussi être
mobilisés, selon ce document, pour aider les pays pauvres à
faire face aux effets du réchauffement : montée du niveau de
la mer, raréfaction de l’eau, bouleversements agricoles. «
Le rôle des finances publiques internationales sera crucial
pour atténuer (les changements climatiques), les marchés du
carbone n’y suffiront pas », a insisté Yvo De Boer. Le coût
des mesures d’atténuation des émissions de GES pour limiter
l’ampleur du réchauffement a dû être révisé à la hausse de +
170 %. Ce coût pourrait donc atteindre plus de 500 milliards
de dollars par an d’ici 2030, plus du double qu’initialement
prévu en 2007.
Moyens de recueillir des fonds
De leur coté, les pays en développement ont invité les pays
riches à leur donner rapidement des moyens financiers pour
lutter contre le réchauffement climatique et préserver les
forêts tropicales. L’attention se tourne vers les moyens de
recueillir des fonds car les pays en développement disent
avoir besoin de financements plus élevés pour combattre un
réchauffement tenu responsable de l’augmentation des
catastrophes climatiques, des sécheresses aux inondations en
passant par les cyclones. « Je pense qu’il est vraiment
important, notamment dans le contexte actuel de crise
financière, de voir de quelle façon nous pouvons élaborer à
Copenhague un accord qui exposera clairement d’où viendront
les financements », a expliqué De Boer.
L’organisation Oxfam a assuré que 50 milliards de dollars
peuvent être facilement trouvés chaque année pour soutenir
l’adaptation des pays les plus vulnérables aux changements
climatiques, sans atteinte aux finances publiques des pays
industrialisés. Dans un rapport présenté à Poznan, Oxfam
suggère de « transformer le carbone en or » en mettant aux
enchères une partie — 7,5 % — des émissions de gaz à effet
de serre que les pays développés seront amenés à réduire au
titre du futur accord climatique, en cours de négociation. «
Avec ce système, il est possible de mobiliser au moins 50
milliards de dollars/an d’ici 2015 sans faire sauter la
banque », a expliqué l’auteure principale et experte climat
d’Oxfam, Heather Coleman. Selon les estimations d’Oxfam, à
45 dollars par tonne de carbone, les enchères généreraient
52 milliards de dollars par an. Oxfam propose également de
taxer les émissions dues aux transports aériens et
maritimes, qui rapporteraient respectivement 12,4 milliards
et 16,6 milliards de dollars par an. Grands oubliés du
Protocole de Kyoto en 1997 mais toujours en plein essor, ces
secteurs devraient être inclus dans le prochain accord
climat, dont la négociation devra aboutir fin 2009 à
Copenhague. « Il s’agirait de taxer les vols uniquement au
départ des pays développés avec des exemptions possibles
pour les compagnies des pays en développement et ainsi le
système couvrirait 65 % du transport aérien et 60 % du
transport maritime », qui bénéficierait d’aménagements
similaires, a expliqué Mme Coleman. En comparaison, le Fonds
d’adaptation prévu par Kyoto reste dérisoire : 70 millions
de dollars à ce jour et 300 à 400 millions d’ici 2012. Ce
fonds est alimenté par un prélèvement de 2 % sur les projets
du Mécanisme de Développement Propre (MDP) qui permettent à
un pays du nord d’investir au sud dans un projet « vert »,
en échange de permis d’émissions.
Pour réduire les GES, des initiatives sont aussi venues des
pays en développement. Ainsi, un jour avant la clôture de la
conférence de Poznan, le Mexique a annoncé un plan visant à
diviser par deux d’ici 2050 ses émissions par rapport à
leurs niveaux de 2002, ce qui en fait l’un des rares pays en
développement à fixer un objectif précis de réduction. Le
ministre mexicain de l’Environnement, Juan Rafael Elvira, a
précisé que l’objectif serait réalisé grâce à des
technologies propres comme le solaire et l’éolien, tout en
espérant que l’initiative du Mexique stimulera une action
internationale « collective » dans la lutte contre le
changement climatique. De son côté, Apisai Ielemia, le
premier ministre des Tuvalu, archipel du Pacifique menacé
par l’élévation du niveau de la mer, a lancé aux ministres
présents à Poznan. « Notre avenir est entre vos mains. Nous
estimons que Tuvalu, en tant que pays, a le droit d’exister
pour toujours », a déclaré Ielemia. « Nous sommes un peuple
fier avec une culture unique qui ne peut pas être déplacée
ailleurs ».
Discussions ultérieures
En fait, à Poznan, les délégués de 190 pays se sont mis
d’accord sur une série d’objectifs à inclure dans un nouveau
traité sur le climat en 2009 ainsi que sur un plan pour
atteindre ces objectifs dans les 12 prochains mois, a
annoncé De Boer. Fixer des cibles précises pour la réduction
des émissions de CO2 d’ici 2020 est l’un des objectifs, tout
comme la nécessité de lever des fonds pour aider les pays
pauvres, a précisé Yvo De Boer. Une commission a cité des
études scientifiques selon lesquelles les pays industriels
doivent réduire leurs émissions de CO2 de 25 à 40 % par
rapport aux niveaux de 1990 dans un délai de 12 ans. La
commission n’a cependant pas fait sien cet objectif et la
question a été laissée à des discussions ultérieures. En
effet, l’accord sur le climat que la communauté
internationale doit atteindre à Copenhague dans un an pour
enrayer le changement climatique, ne sera pas « détaillé »,
a averti Yvo de Boer : « Nous n’aurons pas un accord à long
terme complètement détaillé à Copenhague en 2009. Ce ne sera
pas faisable. Il faut faire attention à ne pas viser trop
haut pour finalement ne rien atteindre », a-t-il dit,
laissant entendre que les ministres, qui se sont réunis à
Poznan, pourraient décider d’une nouvelle rencontre avant
l’échéance de décembre 2009 pour faire avancer les
négociations. « Pour moi, l’essentiel à Copenhague est
d’avoir de la clarté sur les engagements (de réduction des
émissions de gaz à effet de serre), sur le financement et
sur les institutions, pour qu’après Copenhague, il n’y ait
plus de négociations sur les points fondamentaux », a-t-il
précisé. « Il faut des chiffres de la part des pays
industrialisés, il faudra aussi un certain type
d’engagements de la part des grands pays émergents (Chine,
Inde, Brésil ...). Quelle forme cela prendra ? Pour moi, ce
n’est pas clair pour le moment », a ajouté Yvo De Boer.
A dire vrai, même si cette conférence, comme celle de Bali,
n’a pas abouti à des décisions concrètes, l’accord européen
sur le climat a réveillé les participants à Poznan, qui ont
conclu les travaux sur une dose d’enthousiasme instillée par
le prix Nobel de la paix Al Gore, avec un slogan en toile de
fond : « Yes we can ! ».
Dalia
Abdel-Salam (Avec agences)