Al-Ahram Hebdo, Enquête | Aux grands maux les grands moyens
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 17 au 23 décembre 2008, numéro 645

 

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Enquête

Développement Urbain. Quelques semaines après la catastrophe de Doweiqa, le gouvernement a annoncé la création d’un fonds destiné au réaménagement des zones d’urbanisation sauvage. Certains experts doutent cependant de son efficacité. 

Aux grands maux les grands moyens 

Coup médiatique ou réelle volonté de résoudre le problème des zones sauvages ? Quelques semaines après la catastrophe de Doweiqa, qui a vu l’effondrement d’une partie de la montagne de Moqattam sur les habitants de cette zone anarchique, le gouvernement vient d’annoncer la création d’un fonds destiné à réaménager les zones sauvages. Le fonds, doté de 500 millions de L.E., sera géré par un conseil d’administration présidé par le ministre du Développement municipal et formé de 5 membres représentant les ministères des Finances et de la Solidarité sociale, de l’Habitat, du Développement administratif ainsi que trois gouverneurs, trois experts et trois représentants de la société civile et du secteur privé et des ONG choisies par le premier ministre. Selon une source au Conseil des ministres, le fonds sera chargé dans un premier temps de recenser les zones sauvages, surtout celles situées dans des régions considérées comme à risques comme le flanc de la montagne, et de mettre en place «  une véritable politique de réaménagement ». Ensuite, la mission du fonds consistera à éliminer les installations qui ne répondent pas aux critères de sécurité et à fournir l’assistance nécessaire aux habitants des bidonvilles par le biais de prêts au logement. En outre, ce fonds va rédiger des rapports périodiques sur la situation des zones sauvages en Egypte. Le premier ministre, Ahmad Nazif, a déclaré cette semaine que le fonds va donner la priorité aux zones sauvages « dangereuses », situées sur les pentes ou à proximité des lignes de haute tension. Les habitants de ces zones seront déplacés vers des lieux sûrs. « Une cinquantaine de zones sauvages ont déjà été recensées et intégrées au plan de réaménagement », a déclaré pour sa part le porte-parole du Conseil des ministres, Magdi Radi.

 

Pas de réponse claire

Sur le papier, l’initiative paraît bonne, mais ce fonds offrira-t-il réellement une solution au problème des zones sauvages ? Milad Hanna, urbaniste de renom et ancien président de la commission de l’habitat à l’Assemblée du peuple, la critique. « Nous sommes fatigués par les déclarations officielles qui nous promettent le règlement de tous les problèmes de la société. Pour bien évaluer le travail de ce fonds, nous devons nous poser plusieurs questions. D’abord, qui sont les personnes qui vont réellement le contrôler ? Existe-t-il une responsabilité de ce fonds à l’égard du Parlement, de l’opinion publique et du ministère de l’Habitat ? », insiste l’urbaniste. Et d’ajouter qu’il n’y a pas de réponse claire à toutes ces questions. « Dans ces conditions, il est probable que ce fonds ne soit qu’une simple fumée à caractère médiatique destinée à l’opinion publique ». Quant à savoir si la somme de 500 millions de L.E. sera suffisante, Milad Hanna estime que « non », car il faut compter plusieurs milliards si l’on souhaite vraiment faire bouger les choses. Si le problème des zones sauvages a pris une telle ampleur aujourd’hui, c’est parce que durant des années, l’Etat n’a rien fait pour le résoudre. Ce phénomène est le résultat direct de l’exode rural, qui se poursuit depuis des décennies. Poussés par la pauvreté et le chômage, des milliers de migrants venant notamment de Haute-Egypte et du Delta débarquent chaque année dans la capitale dans l’espoir de trouver un emploi et d’améliorer leur niveau de vie. Ils s’installent dans des taudis, souvent situés à la lisière de la ville, privés de services et d’infrastructures. Mais l’Etat ne s’est intéressé au danger de la prolifération des zones sauvages que dans les années 1990, lorsqu’il s’est avéré que ces régions défavorisées constituaient un véritable terrier pour terroristes. C’est au début des années 1990 qu’un plan pour le réaménagement des bidonvilles a été lancé avec certains progrès. Mais le drame de Doweiqa en septembre dernier, où des dizaines d’habitations de cette zone sauvage se sont écrasées sous le poids d’énormes rochers faisant des centaines de victimes, est venu rappeler à nouveau l’ampleur du problème. Tout comme Doweiqa, des dizaines de zones sauvages sont situées à la lisière du Caire sur le flanc de la montagne et où les habitants vivent sous la menace de la mort.

 

Renforcement des efforts de l’Etat

Une récente étude du Conseil des ministres affirme qu’il existe en Egypte 1 171 zones sauvages où vivent 14,8 millions de personnes. Le nombre de ces zones anarchiques pourrait augmenter en l’absence d’une politique de réaménagement. En effet, Le Caire accueille chaque année 150 000 migrants venus du Delta et de la Haute-Egypte. L’étude souligne l’importance d’établir une représentation unique à laquelle incombe la responsabilité de la planification, de la mise en œuvre et du suivi des divers projets de réaménagement des bidonvilles. En outre, l’étude préconise le renforcement des efforts de l’Etat pour réduire la centralisation, et recommande l’expansion des usines, des entreprises et des universités en dehors du Caire. L’étude recommande aussi de ne pas concentrer les services sociaux au Caire et dans les grandes villes, afin de limiter l’exode rural. C’est ce que pense Médhat Al-Chazli, spécialiste de planification urbaine. Il pense que l’Etat doit construire de nouvelles régions dotées de services et d’infrastructures en dehors du Caire. « Je préfère parler de construction que de développement ou de réaménagement », précise Al-Chazli. Une option qui coûte cher mais qui est selon lui la seule solution face à l’exode rural. Selon l’urbaniste, l’Etat doit investir davantage dans les infrastructures. Il propose que les 500 millions de L.E. dont parle le gouvernement soient utilisées pour doter d’infrastructures 2 millions de mètres carrés de terrains hors du Caire, soit environ 500 feddans. Une telle superficie peut accueillir au moins une partie des zones sauvages. Pour Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPR, gauche), la seule solution au problème des zones sauvages est une politique sociale plus juste et plus équitable. « Le gouvernement porte l’entière responsabilité de ce phénomène qui a vu le jour avec les politiques d’ouverture économique initiées par l’ancien président Anouar Al-Sadate dans les années soixante-dix et s’est accru sous Moubarak pour les mêmes raisons, à savoir l’absence totale de politique sociale », estime Abdel-Razeq. Avec la privatisation, la vente des compagnies du secteur public et la libéralisation des loyers agricoles, rendue possible par la loi de 1996, de nombreux ouvriers et paysans dans les gouvernorats se sont retrouvés sans emploi du jour au lendemain. Et beaucoup d’entre eux sont venus au Caire à la recherche d’un emploi dans le bâtiment ou la manutention. Ils se sont installés dans ces zones sauvages, assure le secrétaire général du parti du Rassemblement. Tout comme Milad Hanna, il pense que ce fonds gouvernemental n’est qu’un écran de fumée qui ouvrira la porte à la corruption et ne présentera pas de véritable solution au problème.

Ola Hamdi

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