UE-Israël. Le « rehaussement » annoncé des
relations euro-israéliennes intervient à l’heure où
les Palestiniens subissent de plus en plus des pressions israéliennes,
compromettant toute chance de règlement.
Quand les choses vont de mal en pis
Le
moment est mal venu. Celui de l’annonce d’une future intensification des
relations entre l’Union Européenne (UE) et Israël. Les Européens ont décidé de
multiplier les contacts de haut niveau avec Israël dans le cadre d’un accord
qui devrait être adopté en avril 2009, selon une déclaration approuvée à
Bruxelles. Or, il est évident qu’un tel processus intervient à un moment peu
favorable. C’est que les pressions dont font objet les Palestiniens et le déni
de leurs droits même les plus élémentaires par Israël ont atteint leur
paroxysme à l’heure. Parallèlement, le processus de paix semble s’acheminer
vers une voie de garage, avec la période de vide qui va s’installer avec le
changement de locataire à la Maison Blanche et les élections israéliennes
anticipées qui verront, selon les prévisions, le succès d’un Likoud de plus en
plus extrémiste. Les Palestiniens ne veulent cependant pas baisser les bras et
l’on essaye de redonner un espoir, qui ne serait qu’un leurre finalement.
Ainsi,
la rencontre prévue du président de l’Autorité
palestinienne, Mahmoud Abbass, avec le président
américain George W. Bush, le 19 décembre à la Maison Blanche, ne sera sans
doute qu’une formalité d’adieu en quelque sorte. Elle devrait marquer cependant
une sorte de confirmation d’un maintien du processus de paix en général, celui
né à Annapolis, en particulier, bien qu’il n’ait apporté aucune avancée. De
plus, l’entretien se déroule à un moment où les choses se compliquent de plus
en plus dans la région, Israël se souciant peu d’un règlement et des droits
fondamentaux des Palestiniens. Ce qui est à relever c’est qu’aucune percée n’a
été enregistrée dans des dossiers aussi cruciaux que celui de Jérusalem, des
réfugiés palestiniens ou des frontières.
Outre
l’absence de percée, l’incertitude sur l’issue des négociations a été renforcée
par la perspective d’une victoire du Likoud (opposition de droite) aux
élections anticipées israéliennes prévues le 10 février 2009.
Le
Likoud, dirigé par l’ancien premier ministre Benyamin Netanyahu, est en effet
opposé à des retraits territoriaux en Cisjordanie et à la création d’un Etat
palestinien ayant tous les attributs de souveraineté, ce qui constitue la
revendication centrale des Palestiniens et qui répond d’ailleurs à la légalité
internationale. Israël a bel et bien conquis la Cisjordanie, Jérusalem-Est et
Gaza lors de l’agression de juin 1967. Et tout règlement devrait consister à
les restituer.
D’ailleurs,
le discours israélien se fait de plus en plus négatif et anti-palestinien de
manière que l’on dirait racial, rejetant le Palestinien en tant que tel. La
ministre israélienne des Affaires étrangères et chef du parti centriste Kadima, Tzipi Livni,
que l’on dit modérée a souligné qu’une fois l’Etat palestinien créé, « nous
pourrons dire aux citoyens palestiniens d’Israël, ceux que nous appelons les
Arabes d’Israël, la solution à vos aspirations nationales se trouve ailleurs ».
Le député arabe israélien d’opposition, Ahmad Tibi,
avait dénoncé ces propos en affirmant que Tzipi Livni « qui brigue le poste de premier ministre se doit de
dire les choses clairement », en référence aux élections législatives du 10
février en Israël. « Propose-t-elle de laisser ici (en Israël) un million de
citoyens sans droits politiques et identité nationale ou bien a-t-elle
l’intention de transférer d’ici un million de citoyens arabes vers l’Etat
palestinien, une fois cet Etat créé ? », s’était interrogé Ahmad Tibi.
Livni a tenté de se rattraper en
disant qu’« il n’est pas question de procéder à un transfert ou de les pousser
au départ ». Mais rien ne vient clarifier ses intentions.
Autre
déni des droits palestiniens, celui de Netanyahu, pour lui, les négociations
israélo-palestiniennes devraient, à l’heure actuelle, porter
sur l’économie palestinienne et non sur les questions-clés du conflit. Le sort
de Jérusalem, les colonies juives en Cisjordanie occupée, les réfugiés
palestiniens et le tracé des frontières figurent parmi ces questions-clés du
conflit. Que négocier donc ? On le voit bien, Israël ne veut guère restituer
aux Palestiniens leurs droits et leurs territoires. Avec le « rehaussement »
des relations UE-Israël, les choses vont de mal en
pis pour les Palestiniens.
Ahmed Loutfi
Chronologie
— 1970 : Réunion de Munich.
La coopération politique européenne amorce l’harmonisation des positions des Etats membres sur le conflit israélo-arabe.
— 1971 : Document Schuman.
Ce document trace les grandes lignes de la position européenne sur le conflit israélo-arabe.
— 1973 : Le sommet européen de Copenhague.
La déclaration de ce sommet rappelle la conviction que le problème du Proche-Orient ne pourra se faire résoudre que par le respect de la résolution 242 des Nations-Unies et par la prise en considération des droits légitimes des Palestiniens.
— 1977 : Déclaration de Londres.
Etape importante dans l’évolution de la position européenne sur la question palestinienne. Les Palestiniens sont considérés comme un « peuple avec une identité nationale », mais il ajoute que ce peuple a « besoin d’une patrie ».
— 1980 : Déclaration de Venise.
La nouveauté dans cette déclaration réside dans une plus grande précision des termes employés, parlant de « la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien ». « Les colonies de peuplement, ainsi que les modifications démographiques et immobilières dans les territoires arabes occupés, sont illégales au regard du droit international ».
— 1991 : Conférence de Madrid.
Accueillie par l’Espagne, cette conférence fut la première tentative de la communauté internationale pour engager un processus de paix au Proche-Orient par le biais de négociations impliquant Israël et les pays arabes, dont la Syrie, le Liban, la Jordanie et les Palestiniens.
— 1993 : Conférence d’Oslo.
Les accords d’Oslo au Norvège sont les résultats d’un ensemble de discussions menées en secret entre des négociateurs israéliens et palestiniens pour poser les premières pierres à une résolution du conflit isrélo-palestinien.
— 1995 : Processus de Barcelone ou Euromed.
La Conférence euro-méditerranéenne des ministres des Affaires étrangères constitue l’acte fondateur de ce partenariat. Les Etats participants, les 15 membres de l’UE et les 12 partenaires des rives sud et est de la Méditerranée, ont adopté une Déclaration assortie d’un programme de travail.
— 1996 : Nomination d’un envoyé spécial pour le Proche-Orient.
Miguel Angel Moratinos est le premier désigné comme envoyé spécial de l’UE. Il a pour mission d’établir et de maintenir des contacts étroits avec toutes les parties au processus de paix, afin d’œuvrer avec elles au renforcement du processus de paix.
— 1995 : L’accord d’association UE/Israël.
Signature de l’accord, mais il n’entre en vigueur qu’en 2000, après avoir été ratifié par le Parlement européen, la Knesset et les Parlements nationaux des Etats membres.
— 2002 : Le Quartette pour le Proche-Orient.
Un groupe formé de l’Union européenne, des Etats-Unis, de la Russie et des Nations-Unies décide de réaliser une médiation dans le processus de paix israélo-palestinien.