Art Islamique. Fresques et peintures murales sont parmi les thèmes décoratifs les plus représentatifs dans les demeures privées du Caire islamique. Elles consistent majoritairement en scènes de pèlerinage, illustrant les mosquées de La Mecque et de Médine.

 

Magnifiques tableaux de la ferveur populaire

 

L’art islamique nous a légué des trésors qui continuent à défier le temps. Outre les édifices prestigieux et les superbes pièces antiques, l’architecte musulman cherchait à tirer parti au maximum des ressources de son art pour animer sa construction. Il a pu ainsi développer un art architectural d’une très grande splendeur et d’une beauté fascinante. Il s’agit en fait de l’art de la peinture murale et de la fresque, que l’artiste a exécuté avec habileté sur les murs et les différents coins des édifices domestiques et civils.

Certes, bon nombre de maisons et palais de l’époque islamique recelaient de véritables musées de peintures murales. Ces représentations rares et précieuses qui ornent les murs prennent souvent plusieurs thèmes et scènes exceptionnels relatifs à la sublime Kaaba, la mosquée Al-Haram de La Mecque et celle du prophète à Médine : les différents moments importants du pèlerinage (le cinquième pilier de l’islam), les maisons de La Mecque avec leurs petits balcons qui entourent l’enceinte sacrée, l’hégire du prophète (son départ de La Mecque vers Médine), la cérémonie du Mahmal (le cortège qui suivait le revêtement de la Kaaba à partir de l’Egypte, une cérémonie d’une importance majeure. D’autres fresques sont plus symboliques, comme les arbres verts ou bien les branches de l’olivier. Cela donne l’impression de participer à une exposition à domicile.

Ce genre de miniatures constitue en fait un document de référence qui raconte l’histoire du pèlerinage, l’architecture et les dimensions des deux mosquées saintes dans une époque qui ne connaissait pas encore la photographie. « On trouve ces fresques et peintures murales surtout dans les maisons des richissimes et des commerçants du Caire islamique, qui se concentrent au quartier Gamaliya, notamment à la rue Al-Moëz, ainsi que dans les quartiers d’Al-Azhar et de Khalifa. Par ces fresques et ces peintures murales, les propriétaires de ces maisons voulaient exprimer leur passion pour les mosquées saintes de l’islam. C’est le récit d’une ferveur populaire conjuguant mysticisme et festivités », indique Sayed Ismaïl, directeur général des antiquités de la zone nord du Caire. Ce genre d’art équivaut aux traditions égyptiennes qui persistent jusqu’à présent, selon lesquelles les familles des pèlerins repeignent les façades des maisons par des peintures murales de style spontané, célébrant les deux mosquées Al-Haram de La Mecque et celle de Médine. Les murs de village semblent d’ailleurs être des fresques vivantes.

L’art des fresques et des peintures murales célébrant les mosquées Al-Haram a été largement produit au Caire, surtout à l’époque ottomane. « Ces genres de peintures murales qui sont l’incarnation du luxe et de l’opulence ont été appliqués surtout dans les maisons et les palais datant de l’époque ottomane. Plusieurs fresques subsistent encore dans leur lieu d’origine sur les murs des demeures du Caire islamique. D’autres, par contre, ont été exposées dans des musées du Caire, à savoir le Musée d’art islamique à Bab Al-Khalq et le musée du Palais Al-Manial ... Néanmoins, les architectes des époques fatimide, ayyoubide et mamelouke pratiquaient eux aussi les peintures murales, mais de façon moins répandue en comparaison avec l’époque ottomane. On ne trouve pas d’exemples de fresques de ces époques, parce que les palais et les grandes demeures ainsi que la majorité des constructions civiles de ces époques ont en grande partie disparu », souligne Leïla Mahmoud, spécialiste.

De somptueuses peintures murales ont été découvertes lors des travaux de restauration et de nettoyage de certains édifices du Caire islamique. Parmi les plus belles figurent celles de la maison Al-Roboumiya, située non loin de la mosquée Ahmad Ibn-Touloun, et qui renferme une intéressante fresque représentant la mosquée du prophète. Le maqaad du sultan Qaïtbay renferme lui aussi une peinture murale de la mosquée du prophète, ainsi qu’une deuxième représentant la mosquée Al-Haram de La Mecque.

 

La maison Wassila la légendaire

Quant à la maison Al-Sett Wassila, située dans le quartier Al-Azhar, tout près de la maison d’Al-Harrawi et de celle de Zeinab Khatoun, elle est dotée de décorations islamiques merveilleuses … Parmi les fresques les plus remarquables, figure celle représentant la scène d’un pèlerinage avec la Kaaba. « La maison de Sett Wassila, construite en 1074 de l’hégire, 1664 après J.-C., est l’un des vestiges islamiques qui se distinguent par leur architecture magnifique et exceptionnelle. C’est la même maison islamique, la belle maison qui a persisté en dépit de sa négligence pendant de longues années. Cette maison ainsi que celle d’Al-Roboumiya se caractérisent par leurs peintures murales qui confirment l’attachement des musulmans à la beauté que l’on retrouve dans leurs maisons en toute époque. Cette maison est si remarquable qu’elle a suscité l’intérêt du comité de sauvegarde des monuments arabes et du comité international de l’Unesco ». Près d’une vingtaine d’autres magnifiques fresques et peintures murales ont été révélées.

D’ailleurs, presque toutes les salles de cette demeure sont couvertes de magnifiques fresques et de peintures murales. « Ces peintures sont une grande découverte pour l’archéologie islamique », estime Sayed Ismaïl. Quatorze d’entre elles avaient été découvertes par Bernard Maury, directeur de la mission française dans les années 1980, quand il faisait des restaurations dans cette maison. A cette époque, le CSA avait transféré les fresques et les peintures trouvées vers le département de restauration de la Citadelle du Caire. Une fois ces fresques restaurées, elles ont été replacées dans la maison, chacune à sa place d’origine.

Des toiles rares et précieuses peintes à l’huile ornent les murs et représentent la mosquée du prophète, des toits de maisons de Médine, la Kaaba, les maisons de La Mecque avec leurs petits balcons qui entourent l’enceinte sacrée. Ces fresques étaient l’objet d’une restauration de fond en comble sans précédent qui a duré deux années. Elles ont été restaurées, pendant deux ans, par des experts égyptiens en collaboration avec un expert français. Elles ont été inaugurées officiellement en juillet 2005.

 

L’œuvre de Katkhoda

Le sabil de Abdel-Rahmane Katkhoda à Gamaliya (1744) recèle un autre genre de peinture murale. Il s’agit d’une splendide peinture exécutée sur des carreaux de céramique. Il s’agit de 14 superbes carreaux colorés représentant la mosquée Al-Haram de La Mecque, à laquelle il est fortement passionné. « En fait, Abdel-Rahmane Katkhoda a été deux fois exilé à Higaz : la première fois pendant 18 ans et la deuxième pendant 10 ans. Durant son exil, il a effectué des travaux considérables d’élargissement et de restauration de la mosquée Al-Haram à La Mecque. Le 8 avril 1776, onze jours seulement après le retour de l’émir de son deuxième exil au Higaz, il mourut », explique Ragaï Hussein Moustapha, directeur général des antiquités de Gamaliya. Abdel-Rahmane Katkhoda est un grand constructeur de l’époque ottomane qui a joué un rôle de premier plan par l’activité architecturale dont il était l’initiateur. Il a élevé et restauré toute une série de mosquées, et élargi la mosquée sainte de La Mecque.

Et les fresques si importantes sur le plan documentaire témoignent du goût artistique des musulmans. L’importance de ces fresques provient aujourd’hui du fait qu’elles sont une illustration classique de l’architecture islamique et ses matériaux : elles restent parmi les illustrations les plus spectaculaires de l’art islamique.

Amira Samir