Découverte.
L’école du temple de Ramsès II, mise au jour dans le
quartier sud du Ramesseum à Louqsor, dévoile un aspect
socioculturel de l’institution pharaonique en milieu rural.
Dans le collège de Pharaon
Sept
cents mètres carrés, c’est la superficie de l’école du
temple de Ramsès II, qui a été récemment découverte par la
Mission Archéologique Française de Thèbes-Ouest (MAFTO), qui
est dirigée par l’égyptologue Christian Leblanc.
Edifice de culte, mais également centre économique et
administratif du pouvoir royal, le Ramesseum comprenait des
magasins à céréales, à huile, à vin, des ateliers, des
cuisines et des boulangeries, des intendances, des services
administratifs et bien d’autres officines. « Pour la
première fois, les fouilles ont livré non seulement la
structure architecturale d’un tel établissement, mais aussi
le matériel archéologique qui confirme cette identification
», explique Leblanc.
Pour lui, il n’y a aucun doute que d’autres écoles du même
type devraient exister dans les différents temples voisins
de celui de Ramsès II, mais jusqu’à présent, aucun de ces
monuments n’a révélé de structure comparable. « Dans le
contexte du Ramesseum, nous savions qu’un établissement
avait été réservé à l’enseignement, puisqu’une famille de
scribes, contemporaine du règne de Ramsès II, est connue
pour y avoir formé de jeunes élèves. Bien plus tard encore,
Diodore de Sicile suggérait la présence d’un scriptorium
dans ce temple, mais sans doute faisait-il allusion à la
structure que nous avons découverte », reprend Leblanc.
La pratique comme moyen d’enseignement
L’école
du Ramesseum, implantée non loin du palais royal, est
constituée de 17 unités ou cellules de moyennes dimensions,
séparées par des cloisons en briques crues estampillées,
pour nombre d’entre elles, au nom du « Château de millions
d’années de Ramsès II ». Ces petites pièces n’étaient
visiblement pas réservées aux élèves, mais plutôt aux
professeurs et à quelques apprentis, à qui l’on confiait des
exercices de sculpture. Des ostraca figurés en calcaire,
retrouvés sur place, semblent en être le témoin. On y
remarque la technique de quelques élèves malhabiles qui
apprenaient encore leur futur métier de scribe-décorateur.
Cependant, ces unités n’étaient pas les seules composantes
de l’école du Ramesseum. En avant, se trouvait une vaste
esplanade de près de 40 m de long sur 7 m de large, dont le
sol, en terre, avait été damé. C’est dans cet espace, sans
doute protégé du soleil par des velums, que se rassemblaient
les élèves, pour suivre les enseignements dispensés par les
professeurs. « Les cours, qui avaient lieu en plein air,
sont ce que l’on va retrouver beaucoup plus tard dans les
kottabs », constate Christian Leblanc, pour qui ces écoles
pharaoniques constituent sans doute une préfiguration des
établissements d’enseignement du monde arabo-musulman. C’est
dans ce contexte que pas moins de 250 ostraca hiératiques et
hiéroglyphiques ont été jusqu’à présent retrouvés.
Certains sont des exercices d’écriture, des extraits de la
Kemyt, un manuel de calligraphie que l’on utilisait
couramment depuis le Moyen Empire dans le milieu scolaire,
d’autres sont des extraits littéraires ou d’hymnes
religieux. La mission a également découvert un ensemble de
documents qui confirme incontestablement la vocation des
lieux. Il semble que l’on apprenait d’abord à écrire en
hiératique, et les élèves plus avancés pouvaient ensuite
s’exercer à l’écriture sacrée : un bel ostraca présente un
exercice de ce genre et montre les corrections que le
professeur pouvait faire au besoin, pour réordonner les
proportions ou la disposition des signes les uns par rapport
aux autres. Des ostraca suggèrent aussi si certains élèves
étaient de vrais débutants dans l’art de l’écriture, dans la
gravure ou dans la sculpture, d’autres, en revanche, avaient
un réel talent.
Les institutions éducatives de l’époque pharaonique, telle
que nous le révèle la découverte effectuée au Ramesseum,
semblent préfigurer les structures scolaires que l’on
retrouvera plus tard dans le monde arabo-musulman.
« Leur conception comme leurs méthodes ont probablement
servi de cadre aux madaress, ces prestigieux
collèges-mosquées du Caire (Al-Azhar), de Tanta, de Dessouq,
de Damiette ou d’Alexandrie, longtemps réputés en raison de
la qualité des enseignements que d’éminents maîtres y
dispensaient en théologie, en mathématiques, en philosophie,
en langues étrangères, en géographie, voire en médecine.
L’organisation de tels établissements, qui incluaient dans
leur enceinte une maison des lettres (Dar al-oloum), une
maison de livres (bibliothèque ou Dar al-kotob) et une école
coranique (kottab) pour les enfants apprenant à écrire et à
lire à partir du Saint Coran, ne peut laisser indifférent
quiconque se préoccupe de l’enseignement dans l’Egypte
ancienne », estime Christian Leblanc.
Etude et divertissement
« Pour donner aux jeunes élèves un véritable code de vie, on
leur donnait à copier et recopier plusieurs fois certaines
œuvres littéraires et religieuses fort réputées, comme La
satire des métiers, L’enseignement d’Amenemhat Ier à son
fils, L’hymne à la crue du Nil ou encore L’hymne à Rê, le
dieu solaire », explique Leblanc. Ainsi, parallèlement à
leur alphabétisation, ces enfants apprenaient, par de
mémorables exemples littéraires, un certain nombre de règles
à respecter, en somme une vraie morale qui devait les guider
durant toute leur vie.
Mais à l’étude devaient aussi succéder des moments de
détente. Lors de la fouille du parvis de l’école, quatorze
exemplaires d’un jeu de billes ont été retrouvés. Ces
petites billes en silex, au nombre de 5, 6 ou 8 regroupées
par ensemble, constituaient un jeu d’adresse. « Il m’a fallu
l’aide de l’un de mes meilleurs ouvriers de chantier,
Mohamad, pour identifier ce jeu que les habitants de Louqsor
connaissent encore sous le nom de bawawah, gabbah ou leabet
el-al, assez proche finalement du jeu d’osselets », explique
Christian Leblanc.
Ainsi, après de longues heures d’études, les enfants
pouvaient s’adonner à quelques divertissements. Sans doute
une récréation bien méritée !
Une éducation destinée à l’élite
L’école du Ramesseum était fréquentée surtout par les fils
des fonctionnaires en charge du temple, qui pouvaient y
recevoir une éducation, et s’y trouvaient de même une
minorité d’individus de la population, à noter que le nombre
d’enfants alphabétisés n’était certainement pas élevé dans
l’ancienne Egypte. Quant aux filles, elles avaient d’autres
charges qui les dispensaient de l’école, à quelques
exceptions près.
Bien que de nombreuses disciplines y aient été enseignées,
l’école préparait surtout au métier de scribe, perçu comme
le meilleur métier, ainsi que le rappelle la fameuse Satire
des métiers.
Quant aux professeurs de l’école du Ramesseum, il s’agissait
de fonctionnaires dont l’activité s’exerçait au sein du
temple. On sait qu’un certain Samout était en charge de cet
établissement à l’époque de Ramsès II. Son fils, Amenouahsou,
dont la tombe se trouve dans la nécropole du Cheikh
Abdel-Gournah, en hérita avant de la transmettre à son fils,
Didya, qui, lui-même, devait la transmettre plus tard encore
à Khaemipet, son propre fils. Ainsi, sur plusieurs
générations, cette famille exerça le métier de scribe de
l’école du Ramesseum, institution d’enseignement sans doute
dans la lignée de ces « Maisons de vie » provinciales, voire
rurales, attestées par les textes depuis les plus lointaines
dynasties, et dans lesquelles était surtout assuré un
apprentissage professionnel, dont bénéficiaient les fils des
élites, recrutés ensuite, selon les besoins, par
l’administration royale.
Doaa
Elhami