Al-Ahram Hebdo, Voyages | Dans le collège de Pharaon 
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 Semaine du 10 au 16 décembre 2008, numéro 744

 

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Découverte. L’école du temple de Ramsès II, mise au jour dans le quartier sud du Ramesseum à Louqsor, dévoile un aspect socioculturel de l’institution pharaonique en milieu rural. 

Dans le collège de Pharaon  

Sept cents mètres carrés, c’est la superficie de l’école du temple de Ramsès II, qui a été récemment découverte par la Mission Archéologique Française de Thèbes-Ouest (MAFTO), qui est dirigée par l’égyptologue Christian Leblanc.

Edifice de culte, mais également centre économique et administratif du pouvoir royal, le Ramesseum comprenait des magasins à céréales, à huile, à vin, des ateliers, des cuisines et des boulangeries, des intendances, des services administratifs et bien d’autres officines. « Pour la première fois, les fouilles ont livré non seulement la structure architecturale d’un tel établissement, mais aussi le matériel archéologique qui confirme cette identification », explique Leblanc.

Pour lui, il n’y a aucun doute que d’autres écoles du même type devraient exister dans les différents temples voisins de celui de Ramsès II, mais jusqu’à présent, aucun de ces monuments n’a révélé de structure comparable. « Dans le contexte du Ramesseum, nous savions qu’un établissement avait été réservé à l’enseignement, puisqu’une famille de scribes, contemporaine du règne de Ramsès II, est connue pour y avoir formé de jeunes élèves. Bien plus tard encore, Diodore de Sicile suggérait la présence d’un scriptorium dans ce temple, mais sans doute faisait-il allusion à la structure que nous avons découverte », reprend Leblanc. 

La pratique comme moyen d’enseignement

L’école du Ramesseum, implantée non loin du palais royal, est constituée de 17 unités ou cellules de moyennes dimensions, séparées par des cloisons en briques crues estampillées, pour nombre d’entre elles, au nom du « Château de millions d’années de Ramsès II ». Ces petites pièces n’étaient visiblement pas réservées aux élèves, mais plutôt aux professeurs et à quelques apprentis, à qui l’on confiait des exercices de sculpture. Des ostraca figurés en calcaire, retrouvés sur place, semblent en être le témoin. On y remarque la technique de quelques élèves malhabiles qui apprenaient encore leur futur métier de scribe-décorateur. Cependant, ces unités n’étaient pas les seules composantes de l’école du Ramesseum. En avant, se trouvait une vaste esplanade de près de 40 m de long sur 7 m de large, dont le sol, en terre, avait été damé. C’est dans cet espace, sans doute protégé du soleil par des velums, que se rassemblaient les élèves, pour suivre les enseignements dispensés par les professeurs. « Les cours, qui avaient lieu en plein air, sont ce que l’on va retrouver beaucoup plus tard dans les kottabs », constate Christian Leblanc, pour qui ces écoles pharaoniques constituent sans doute une préfiguration des établissements d’enseignement du monde arabo-musulman. C’est dans ce contexte que pas moins de 250 ostraca hiératiques et hiéroglyphiques ont été jusqu’à présent retrouvés.

Certains sont des exercices d’écriture, des extraits de la Kemyt, un manuel de calligraphie que l’on utilisait couramment depuis le Moyen Empire dans le milieu scolaire, d’autres sont des extraits littéraires ou d’hymnes religieux. La mission a également découvert un ensemble de documents qui confirme incontestablement la vocation des lieux. Il semble que l’on apprenait d’abord à écrire en hiératique, et les élèves plus avancés pouvaient ensuite s’exercer à l’écriture sacrée : un bel ostraca présente un exercice de ce genre et montre les corrections que le professeur pouvait faire au besoin, pour réordonner les proportions ou la disposition des signes les uns par rapport aux autres. Des ostraca suggèrent aussi si certains élèves étaient de vrais débutants dans l’art de l’écriture, dans la gravure ou dans la sculpture, d’autres, en revanche, avaient un réel talent.

Les institutions éducatives de l’époque pharaonique, telle que nous le révèle la découverte effectuée au Ramesseum, semblent préfigurer les structures scolaires que l’on retrouvera plus tard dans le monde arabo-musulman.

« Leur conception comme leurs méthodes ont probablement servi de cadre aux madaress, ces prestigieux collèges-mosquées du Caire (Al-Azhar), de Tanta, de Dessouq, de Damiette ou d’Alexandrie, longtemps réputés en raison de la qualité des enseignements que d’éminents maîtres y dispensaient en théologie, en mathématiques, en philosophie, en langues étrangères, en géographie, voire en médecine. L’organisation de tels établissements, qui incluaient dans leur enceinte une maison des lettres (Dar al-oloum), une maison de livres (bibliothèque ou Dar al-kotob) et une école coranique (kottab) pour les enfants apprenant à écrire et à lire à partir du Saint Coran, ne peut laisser indifférent quiconque se préoccupe de l’enseignement dans l’Egypte ancienne », estime Christian Leblanc. 

Etude et divertissement

« Pour donner aux jeunes élèves un véritable code de vie, on leur donnait à copier et recopier plusieurs fois certaines œuvres littéraires et religieuses fort réputées, comme La satire des métiers, L’enseignement d’Amenemhat Ier à son fils, L’hymne à la crue du Nil ou encore L’hymne à Rê, le dieu solaire », explique Leblanc. Ainsi, parallèlement à leur alphabétisation, ces enfants apprenaient, par de mémorables exemples littéraires, un certain nombre de règles à respecter, en somme une vraie morale qui devait les guider durant toute leur vie.

Mais à l’étude devaient aussi succéder des moments de détente. Lors de la fouille du parvis de l’école, quatorze exemplaires d’un jeu de billes ont été retrouvés. Ces petites billes en silex, au nombre de 5, 6 ou 8 regroupées par ensemble, constituaient un jeu d’adresse. « Il m’a fallu l’aide de l’un de mes meilleurs ouvriers de chantier, Mohamad, pour identifier ce jeu que les habitants de Louqsor connaissent encore sous le nom de bawawah, gabbah ou leabet el-al, assez proche finalement du jeu d’osselets », explique Christian Leblanc.

Ainsi, après de longues heures d’études, les enfants pouvaient s’adonner à quelques divertissements. Sans doute une récréation bien méritée ! 

Une éducation destinée à l’élite

L’école du Ramesseum était fréquentée surtout par les fils des fonctionnaires en charge du temple, qui pouvaient y recevoir une éducation, et s’y trouvaient de même une minorité d’individus de la population, à noter que le nombre d’enfants alphabétisés n’était certainement pas élevé dans l’ancienne Egypte. Quant aux filles, elles avaient d’autres charges qui les dispensaient de l’école, à quelques exceptions près.

Bien que de nombreuses disciplines y aient été enseignées, l’école préparait surtout au métier de scribe, perçu comme le meilleur métier, ainsi que le rappelle la fameuse Satire des métiers.

Quant aux professeurs de l’école du Ramesseum, il s’agissait de fonctionnaires dont l’activité s’exerçait au sein du temple. On sait qu’un certain Samout était en charge de cet établissement à l’époque de Ramsès II. Son fils, Amenouahsou, dont la tombe se trouve dans la nécropole du Cheikh Abdel-Gournah, en hérita avant de la transmettre à son fils, Didya, qui, lui-même, devait la transmettre plus tard encore à Khaemipet, son propre fils. Ainsi, sur plusieurs générations, cette famille exerça le métier de scribe de l’école du Ramesseum, institution d’enseignement sans doute dans la lignée de ces « Maisons de vie » provinciales, voire rurales, attestées par les textes depuis les plus lointaines dynasties, et dans lesquelles était surtout assuré un apprentissage professionnel, dont bénéficiaient les fils des élites, recrutés ensuite, selon les besoins, par l’administration royale.

Doaa Elhami

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