Le judoka Hicham Mesbah a
décroché la médaille de bronze de la catégorie -90 kg aux
Jeux olympiques de Pékin, seule médaille remportée par l’Egypte.
Un pharaon en bronze
Au club al-chams, le nom du judoka Hicham Mesbah est le
mot-clé qui ouvre toutes les portes. Sans une permission de
la part du bureau de sécurité du club, nous avons pu y
rentrer, grâce à un coup de fil effectué par ce jeune homme.
A 16h30, le club était quasiment vide et le judoka, médaillé
de bronze en -90 kg aux Jeux Olympiques (JO) de Pékin 2008,
parcourait le terrain. Tout le monde veut saluer le héros,
afin de récompenser ses lauriers. Un enfant quitte la main
de sa mère pour se ruer vers son idole. Hicham Mesbah
l’embrasse chaleureusement. Puis, deux hommes, un peu âgés,
lui serrent également la main. Il en est de même pour les
agents de nettoyage, accueillant Mesbah à bras ouverts. Avec
son beau sourire, il dit : « Cela ne me gêne pas du tout,
par contre, cette chaleur humaine me donne beaucoup de joie.
J’étais un peu habitué à ce genre de situation bien avant la
médaille olympique, mais bien sûr après les JO, beaucoup de
choses ont changé. Aujourd’hui, même les gens les plus âgés
me connaissent et cela grâce au comité d’administration du
club, présidé par Abdel-Moneim Al-Mallah, qui ne cesse de me
rendre hommage ». Il faut quand même préciser que Mesbah ne
s’est pas taillé le même intérêt que les 5 médaillés
olympiques d’Athènes 2004. Il le ressent. « J’avais imaginé
que mes photos seraient affichées dans les rues de l’Egypte,
ou que j’allais recevoir des primes supplémentaires.
Cependant, la joie de mes fans compense le tout ».
Cet Alexandrin de 26 ans mérite bien l’admiration de ses
compatriotes. Grâce à sa médaille de bronze, le nom de l’Egypte
a été inscrit sur le tableau des JO 2008. Car c’est lui qui
a remporté la seule médaille égyptienne à Pékin et sans lui,
le bilan des JO serait zéro. Ainsi, depuis août dernier, les
Egyptiens sont très attachés à ce jeune au visage
tranquille, tout le temps en jean et t-shirt, qui n’a rien
d’un combattant.
En fait, Mesbah a un corps de gymnaste, une voix douce et
des yeux pétillants qui ne cachent pas ses sentiments. «
Dans ma catégorie (-90 kg), je ne suis pas un judoka fort,
mais je suis talentueux et j’apprends les techniques très
vite », souligne-t-il. Les fans du judo ne pourront pas
oublier ses matchs durant les Jeux de Pékin, notamment celui
où il a remporté la médaille de bronze. Face au Français
Mathieu Dafreville, Mesbah a effectué un mouvement très
spectaculaire, le te guruma, un mouvement qui exige de la
vitesse, de la force et du talent. Donc, en une minute 29
secondes, il a gagné sur ippon. « Bassel Al-Gharabawi, mon
ancien collègue et mon actuel entraîneur, et moi-même sommes
les seuls à effectuer ce mouvement technique. Nous l’avons
adapté à notre manière et c’est grâce à lui que j’ai
remporté beaucoup de matchs à force d’entraînement ». Lors
de ses préparatifs, Mesbah étudie bien ses adversaires pour
connaître leurs points faibles et leurs points forts. Et à
la veille de ses matchs, il a ses rituels dont le résultat
est, selon lui, assuré. « La veille de mes rencontres, je
n’arrive pas à dormir, car ma tête ne cesse d’imaginer les
rencontres à venir. Je dessine un scénario pour chaque match
avec des scénarios alternatifs ». Et d’ajouter : « Pour
relaxer, j’essaye d’être très proche de Dieu. Chaque nuit,
je ne dors pas sans lire du Coran et faire ma prière ».
A l’âge de 7 ans, il s’était dirigé au club Ittihad
d’Alexandrie avec son frère aîné, Hani, pour pratiquer le
judo et la lutte. « Après avoir passé un peu de temps en
pratiquant les deux disciplines, j’ai préféré le judo, car
c’est un sport de haute technique », dit-il. Encore tout
jeune, il s’est distingué par la facilité à saisir et capter
tout ce qu’on lui disait. Il apprenait vite les mouvements
et nouvelles techniques. Une raison pour laquelle il a
toujours été le champion d’Egypte dans sa catégorie.
Lorsqu’il a atteint l’âge de 18 ans, il a intégré la
sélection juniors. Un an plus tard, le judoka était le plus
jeune athlète de la sélection seniors. A l’époque, il
n’était pas encore titulaire de l’équipe.
L’année 2002 correspond à sa vraie naissance de star,
lorsqu’il a remporté la médaille de bronze à la Coupe du
monde, tenue à la République tchèque. « Cette médaille est
très précieuse pour moi. Grâce à elle, je suis devenu le
judoka titulaire de ma catégorie », se souvient Mesbah, qui
a commencé depuis à rêver des titres mondiaux et olympiques.
Ses ambitions deviennent sans limites.
Issu d’une famille moyenne de deux frères et une sœur,
Mesbah a été quand même très soutenu par les siens. «
Enfant, ma famille m’a toujours encouragé même aux mauvais
moments, comme après ma défaite aux JO d’Athènes 2004 », se
souvient avec tristesse le Pharaon. Cette famille, qui
habite toujours un quartier populaire d’Alexandrie, est très
fière de son propre fils qui, avant même de partir pour
Pékin, avait annoncé ses fiançailles. Après une belle
histoire d’amour, Mesbah a demandé une amie du club en
mariage, pratiquant elle aussi le judo. Consciente de sa
popularité, elle le soutient à sa façon. « Elle sait bien
que j’ai des fans et que je dois saluer tout le monde avec
chaleur, y compris les jeunes jolies filles. Elle en est
sans doute jalouse comme toute autre femme, mais elle n’en
parle pas ».
17e place aux JO d’Athènes 2004, 5e aux Championnats du
monde de Rio de Janeiro (Brésil) 2007 et du Caire (Egypte)
2005, Mesbah a été l’Egyptien le plus proche de la médaille
olympique. « Le jour de la compétition, j’ai dit à mon
entraîneur que je remporterais une médaille. Même avant
d’aller à Pékin, j’étais sûr de mon niveau. Car la médaille
olympique ne vient pas par hasard, elle est le fruit d’un
long travail se faisant par étapes. Il y avait donc des
épilogues ... Il faut dire aussi qu’il y avait un bon cadre
technique qui a participé à cette victoire », affirme-t-il.
Une relation très forte lie le champion à son directeur
technique, Bassel Al-Gharabawi. Ce dernier, qui a arrêté de
jouer depuis deux ans seulement, est un ami de tous les
judokas de la sélection, mais Mesbah est un cas particulier.
« Al-Gharabawi n’est pas seulement mon ami intime, c’est un
frère. Nous avions passé ensemble la plupart de notre temps
depuis 8 ans. Nous partageons la même chambre lors des
stages de préparation, où nous passons notre temps libre à
jouer aux cartes. Il connaît les détails de ma vie privée et
j’aime avoir son avis sur tout ce qui me concerne ». Après 8
ans passés ensemble, ils ont pratiquement les mêmes opinions
sur tout. « Si chacun d’entre nous va faire du shopping tout
seul, il achète les mêmes vêtements », confie Mesbah. En
fait, la présence d’Al-Gharabawi en tête de la sélection
nationale a joué un grand rôle quant à la médaille obtenue
par Mesbah. L’entraîneur connaît parfaitement tous les
points forts et faibles de son ami, il a bien travaillé
dessus pour améliorer sa technique. De plus, il sait ce
qu’un judoka a besoin de faire pour se préparer. Et a
demandé à la Fédération égyptienne de leur offrir un grand
nombre de stages de préparation à travers des tournois
internationaux de haut niveau. « En sport de combat, il faut
affronter les grands judokas du monde afin d’améliorer son
niveau. Depuis l’arrivée de Bassel Al-Gharabawi en tête de
la sélection nationale, nous avons commencé une préparation
intensive pour les JO. Ce dernier a mis un programme assez
strict avec des stages à l’étranger et des tournois
internationaux. Mon niveau s’est nettement amélioré ».
Lorsque durant les stages, Mesbah ne savait pas comment
affronter un judoka inconnu, alors il laissait Al-Gharabawi
faire, pour découvrir le style de jeu convenable.
Cette simplicité fait que Mesbah est très apprécié par tous
ses entraîneurs. Il avoue avoir appris d’eux tout. « Bassel
Al-Gharabawi est le meilleur entraîneur que j’aie jamais eu,
mais j’ai eu la chance d’avoir travaillé avec des gens bien,
comme le Français Gagliano Christophe, qui avait pris en
charge notre équipe il y a 4 ans. Cet homme nous a beaucoup
donné. Il était jeune mais en même temps très expérimenté.
On est toujours en contact, et après Pékin, il m’a appelé
pour me féliciter », affirme Mesbah, regrettant le départ de
son actuel entraîneur, qui a été sollicité par la fédération
afin d’occuper le poste de directeur technique de l’équipe
nationale. La pire des choses est que Mesbah ne parvient pas
à contacter les responsables de la fédération, se retrouvant
tout d’un coup sans programme, sans entraîneur et sans
entraînement. « Je vise le titre olympique des JO de Londres
2012. Un objectif pas facile à atteindre, mais je crois en
être capable ». Pour y aboutir, il lui faut une bonne
préparation d’ici 2012. Il appréhende. « Il ne faut pas
perdre de temps comme ce qui s’est passé après les 5
médailles obtenues par l’Egypte aux JO d’Athènes 2004. On a
4 ans pour nous préparer. Si c’est le cas, l’Egypte pourra
remporter 4 ou 5 médailles aux JO de Londres », conclut le
seul médaillé olympique égyptien à Pékin sur un ton
confiant.
Doaa
Badr