Al-Ahram Hebdo, Visages | Hicham Mesbah;  Un pharaon en bronze
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 10 au 16 décembre 2008, numéro 744

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Visages

Le judoka Hicham Mesbah a décroché la médaille de bronze de la catégorie -90 kg aux Jeux olympiques de Pékin, seule médaille remportée par l’Egypte.  

Un pharaon en bronze 

Au club al-chams, le nom du judoka Hicham Mesbah est le mot-clé qui ouvre toutes les portes. Sans une permission de la part du bureau de sécurité du club, nous avons pu y rentrer, grâce à un coup de fil effectué par ce jeune homme. A 16h30, le club était quasiment vide et le judoka, médaillé de bronze en -90 kg aux Jeux Olympiques (JO) de Pékin 2008, parcourait le terrain. Tout le monde veut saluer le héros, afin de récompenser ses lauriers. Un enfant quitte la main de sa mère pour se ruer vers son idole. Hicham Mesbah l’embrasse chaleureusement. Puis, deux hommes, un peu âgés, lui serrent également la main. Il en est de même pour les agents de nettoyage, accueillant Mesbah à bras ouverts. Avec son beau sourire, il dit : « Cela ne me gêne pas du tout, par contre, cette chaleur humaine me donne beaucoup de joie. J’étais un peu habitué à ce genre de situation bien avant la médaille olympique, mais bien sûr après les JO, beaucoup de choses ont changé. Aujourd’hui, même les gens les plus âgés me connaissent et cela grâce au comité d’administration du club, présidé par Abdel-Moneim Al-Mallah, qui ne cesse de me rendre hommage ». Il faut quand même préciser que Mesbah ne s’est pas taillé le même intérêt que les 5 médaillés olympiques d’Athènes 2004. Il le ressent. « J’avais imaginé que mes photos seraient affichées dans les rues de l’Egypte, ou que j’allais recevoir des primes supplémentaires. Cependant, la joie de mes fans compense le tout ».

Cet Alexandrin de 26 ans mérite bien l’admiration de ses compatriotes. Grâce à sa médaille de bronze, le nom de l’Egypte a été inscrit sur le tableau des JO 2008. Car c’est lui qui a remporté la seule médaille égyptienne à Pékin et sans lui, le bilan des JO serait zéro. Ainsi, depuis août dernier, les Egyptiens sont très attachés à ce jeune au visage tranquille, tout le temps en jean et t-shirt, qui n’a rien d’un combattant.

En fait, Mesbah a un corps de gymnaste, une voix douce et des yeux pétillants qui ne cachent pas ses sentiments. « Dans ma catégorie (-90 kg), je ne suis pas un judoka fort, mais je suis talentueux et j’apprends les techniques très vite », souligne-t-il. Les fans du judo ne pourront pas oublier ses matchs durant les Jeux de Pékin, notamment celui où il a remporté la médaille de bronze. Face au Français Mathieu Dafreville, Mesbah a effectué un mouvement très spectaculaire, le te guruma, un mouvement qui exige de la vitesse, de la force et du talent. Donc, en une minute 29 secondes, il a gagné sur ippon. « Bassel Al-Gharabawi, mon ancien collègue et mon actuel entraîneur, et moi-même sommes les seuls à effectuer ce mouvement technique. Nous l’avons adapté à notre manière et c’est grâce à lui que j’ai remporté beaucoup de matchs à force d’entraînement ». Lors de ses préparatifs, Mesbah étudie bien ses adversaires pour connaître leurs points faibles et leurs points forts. Et à la veille de ses matchs, il a ses rituels dont le résultat est, selon lui, assuré. « La veille de mes rencontres, je n’arrive pas à dormir, car ma tête ne cesse d’imaginer les rencontres à venir. Je dessine un scénario pour chaque match avec des scénarios alternatifs ». Et d’ajouter : « Pour relaxer, j’essaye d’être très proche de Dieu. Chaque nuit, je ne dors pas sans lire du Coran et faire ma prière ».

A l’âge de 7 ans, il s’était dirigé au club Ittihad d’Alexandrie avec son frère aîné, Hani, pour pratiquer le judo et la lutte. « Après avoir passé un peu de temps en pratiquant les deux disciplines, j’ai préféré le judo, car c’est un sport de haute technique », dit-il. Encore tout jeune, il s’est distingué par la facilité à saisir et capter tout ce qu’on lui disait. Il apprenait vite les mouvements et nouvelles techniques. Une raison pour laquelle il a toujours été le champion d’Egypte dans sa catégorie. Lorsqu’il a atteint l’âge de 18 ans, il a intégré la sélection juniors. Un an plus tard, le judoka était le plus jeune athlète de la sélection seniors. A l’époque, il n’était pas encore titulaire de l’équipe.

L’année 2002 correspond à sa vraie naissance de star, lorsqu’il a remporté la médaille de bronze à la Coupe du monde, tenue à la République tchèque. « Cette médaille est très précieuse pour moi. Grâce à elle, je suis devenu le judoka titulaire de ma catégorie », se souvient Mesbah, qui a commencé depuis à rêver des titres mondiaux et olympiques. Ses ambitions deviennent sans limites.

Issu d’une famille moyenne de deux frères et une sœur, Mesbah a été quand même très soutenu par les siens. « Enfant, ma famille m’a toujours encouragé même aux mauvais moments, comme après ma défaite aux JO d’Athènes 2004 », se souvient avec tristesse le Pharaon. Cette famille, qui habite toujours un quartier populaire d’Alexandrie, est très fière de son propre fils qui, avant même de partir pour Pékin, avait annoncé ses fiançailles. Après une belle histoire d’amour, Mesbah a demandé une amie du club en mariage, pratiquant elle aussi le judo. Consciente de sa popularité, elle le soutient à sa façon. « Elle sait bien que j’ai des fans et que je dois saluer tout le monde avec chaleur, y compris les jeunes jolies filles. Elle en est sans doute jalouse comme toute autre femme, mais elle n’en parle pas ».

17e place aux JO d’Athènes 2004, 5e aux Championnats du monde de Rio de Janeiro (Brésil) 2007 et du Caire (Egypte) 2005, Mesbah a été l’Egyptien le plus proche de la médaille olympique. « Le jour de la compétition, j’ai dit à mon entraîneur que je remporterais une médaille. Même avant d’aller à Pékin, j’étais sûr de mon niveau. Car la médaille olympique ne vient pas par hasard, elle est le fruit d’un long travail se faisant par étapes. Il y avait donc des épilogues ... Il faut dire aussi qu’il y avait un bon cadre technique qui a participé à cette victoire », affirme-t-il. Une relation très forte lie le champion à son directeur technique, Bassel Al-Gharabawi. Ce dernier, qui a arrêté de jouer depuis deux ans seulement, est un ami de tous les judokas de la sélection, mais Mesbah est un cas particulier. « Al-Gharabawi n’est pas seulement mon ami intime, c’est un frère. Nous avions passé ensemble la plupart de notre temps depuis 8 ans. Nous partageons la même chambre lors des stages de préparation, où nous passons notre temps libre à jouer aux cartes. Il connaît les détails de ma vie privée et j’aime avoir son avis sur tout ce qui me concerne ». Après 8 ans passés ensemble, ils ont pratiquement les mêmes opinions sur tout. « Si chacun d’entre nous va faire du shopping tout seul, il achète les mêmes vêtements », confie Mesbah. En fait, la présence d’Al-Gharabawi en tête de la sélection nationale a joué un grand rôle quant à la médaille obtenue par Mesbah. L’entraîneur connaît parfaitement tous les points forts et faibles de son ami, il a bien travaillé dessus pour améliorer sa technique. De plus, il sait ce qu’un judoka a besoin de faire pour se préparer. Et a demandé à la Fédération égyptienne de leur offrir un grand nombre de stages de préparation à travers des tournois internationaux de haut niveau. « En sport de combat, il faut affronter les grands judokas du monde afin d’améliorer son niveau. Depuis l’arrivée de Bassel Al-Gharabawi en tête de la sélection nationale, nous avons commencé une préparation intensive pour les JO. Ce dernier a mis un programme assez strict avec des stages à l’étranger et des tournois internationaux. Mon niveau s’est nettement amélioré ». Lorsque durant les stages, Mesbah ne savait pas comment affronter un judoka inconnu, alors il laissait Al-Gharabawi faire, pour découvrir le style de jeu convenable.

Cette simplicité fait que Mesbah est très apprécié par tous ses entraîneurs. Il avoue avoir appris d’eux tout. « Bassel Al-Gharabawi est le meilleur entraîneur que j’aie jamais eu, mais j’ai eu la chance d’avoir travaillé avec des gens bien, comme le Français Gagliano Christophe, qui avait pris en charge notre équipe il y a 4 ans. Cet homme nous a beaucoup donné. Il était jeune mais en même temps très expérimenté. On est toujours en contact, et après Pékin, il m’a appelé pour me féliciter », affirme Mesbah, regrettant le départ de son actuel entraîneur, qui a été sollicité par la fédération afin d’occuper le poste de directeur technique de l’équipe nationale. La pire des choses est que Mesbah ne parvient pas à contacter les responsables de la fédération, se retrouvant tout d’un coup sans programme, sans entraîneur et sans entraînement. « Je vise le titre olympique des JO de Londres 2012. Un objectif pas facile à atteindre, mais je crois en être capable ». Pour y aboutir, il lui faut une bonne préparation d’ici 2012. Il appréhende. « Il ne faut pas perdre de temps comme ce qui s’est passé après les 5 médailles obtenues par l’Egypte aux JO d’Athènes 2004. On a 4 ans pour nous préparer. Si c’est le cas, l’Egypte pourra remporter 4 ou 5 médailles aux JO de Londres », conclut le seul médaillé olympique égyptien à Pékin sur un ton confiant.

Doaa Badr

Retour au sommaire

Jalons 

1982 : Naissance à Alexandrie.

2000 : Première sélection juniors.

2001 : Première sélection seniors.

2002 : Médaille de bronze à la Coupe du monde, en République tchèque.

2004 : 17e aux JO d’Athènes.

2005 : 5e aux Championnats du monde au Caire.

2007 : 5e aux Championnats du monde à Rio de Janeiro (Bra).

2008 : Médaille de bronze aux JO de Pékin.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.