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 Semaine du 10 au 16 décembre 2008, numéro 744

 

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Pascal Lamy, président de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), met en garde contre les tendances protectionnistes en ces temps de crise et prône plutôt l’ouverture des marchés. Mais il avoue que la tâche de conclure le cycle de Doha ne sera pas de tout repos.

« Réussir le cycle de Doha avant la fin de l’année est devenu l’objectif de tous les pays » 

Genève, Suisse
De notre envoyée spéciale

Al-ahram hebdo : Vous avez annoncé votre candidature pour la présidence de l’OMC pour un autre mandat. Quelles sont les principales lignes de votre prochain plan ?

Pascal Lamy : Oui, je me suis finalement décidé le 4 décembre dernier de me présenter pour un autre mandat de l’OMC. Le résultat sera annoncé le 31 décembre. Il s’agit en fait d’achever la tâche que j’avais déjà commencée et cela nécessite un maintien d’une même stratégie. 

— Justement, comment comptez-vous relancer les négociations du cycle de Doha en sur-place depuis plus de deux ans ? Les pays en développement attendent plus d’ouverture des marchés des Etats-Unis et de l’Union européenne. Et ces derniers trouvent que la récession économique n’est pas le moment propice pour accorder des concessions ...

— Le cycle de Doha est un long processus. Il regroupe actuellement 153 pays, dont les intérêts se divergent, et vise un agenda très compliqué, qui a débuté depuis 7 ans. Auparavant, il était plus facile de négocier et de conclure un accord vu la dimension des économies, plus petites. Maintenant, c’est beaucoup plus compliqué. Les acteurs des négociations se divisent en trois catégories : les pays développés comme les Etats-Unis et le Japon, ceux en voie de développement avec en tête l’Inde, le Brésil et les pays les moins avancés, comme le Bénin.

L’architecture générale des négociations a pris une autre dimension. Il s’agit au premier plan d’un marché plus ouvert et d’une discipline plus stricte. Les pays développés devront sacrifier les deux tiers et les pays en développement un seul tiers. Les pays les moins développés n’auront rien à sacrifier. Il s’agit donc d’un cycle pour les pays en développement.

Or, il ne s’agit pas de deux camps actuellement : les pays développés contre les pays en voie de développement. Certains pays en développement sont plus développés que d’autres. Ainsi, le marché brésilien ou celui indien constituent aujourd’hui un potentiel très important. Ils se sont bien organisés, leurs marchés sont ouverts, bref, ils sont complètement différents d’il y a 20 ans. Comme les bases d’un tel accord et la distribution de contribution ont été approuvées par tous les membres, la question n’est plus donc comment se mettre d’accord sur les grandes lignes, mais sur les détails. Et cela devient beaucoup plus difficile avec la crise financière actuelle.

— Vous avez mobilisé tous vos efforts pour faire réussir les négociations prévues mi-décembre, pensez-vous que les pays finaliseront vraiment un accord ?

— Ce n’est pas moi qui mobilise les efforts pour faire réussir les négociations. Faire réussir le cycle de Doha avant la fin de l’année est devenu l’objectif de tous les pays et pas de l’organisation seule. Je ne lutte pas seul contre le monde entier. Par contre, je suis comme la femme qui attend un bébé et essaye de s’assurer que tout va bien. Ma tâche ici est d’aider les pays membres et de préparer le terrain. J’essaye simplement de réaliser un équilibre équitable entre les pays partenaires. Mais je suis optimiste car 80 % du travail a été déjà conclu en juillet dernier et il ne reste que quelques détails à finaliser.

Et c’est ainsi que je prévois une réunion ministérielle urgente le 17 décembre. Cela dépend des offres et des études présentées par les différents pays.

— C’est justement sur ces détails que la conclusion bute. Prévoyez-vous la conclusion d’un accord avant la fin de l’année ?

— Se mettre d’accord sur les détails devient effectivement une tâche plus difficile, surtout avec la crise financière comme je l’ai déjà dit. Les pays, développés ou en développement, résisteront plus à ouvrir leur marché et à adopter des disciplines qu’ils avaient refusées en temps de prospérité. Comment la Chine, par exemple, acceptera-t-elle plus de concessions après les pertes qu’elle a subies à cause de la crise ? Notre tâche est de plus en plus difficile.

Or, en même temps, tous les pays se rendent compte de l’autre côté que fermer leur marché n’est plus le moyen propice pour affronter la crise financière. Nous savons bien tous que le fait de fermer les marchés au commerce ne contribuera qu’à des catastrophes supplémentaires. Ce scénario s’est déroulé en 1930 quand les pays ont décidé d’adopter des mesures protectionnistes pour faire face à la crise. Le résultat a été une détérioration complète du système commercial international. Les leaders de la planète sont bien conscients de cette affaire et j’espère qu’ils éviteront une telle orientation. Le plus important sur le court terme est de garder les marchés ouverts. D’autant plus que si les négociations sont conclues avant la fin de cette année, les pays n’auront rien à assumer. Il s’agit seulement d’un accord sur les modalités et les pays auront à présenter les étapes d’application. Cela ne sera pas mis en exécution avant 2010.

— Et si un accord n’est pas conclu ?

— Cela ne justifie pas l’orientation vers une politique protectionniste. A ce moment, il n’y aura pas seulement des « zéro gains » mais des gains négatifs (ndlr : une détérioration du système de commerce international). Mais si les pays s’orientent vers une libéralisation du marché, les pays réaliseront des gains positifs.

— Il s’agit d’un cycle des pays en développement. Quel sera le rôle de l’OMC si les pays développés refusent de soutenir ces pays ?

— Je ne suis pas la personne qui décide. Réduire les subventions agricoles accordées aux agriculteurs des pays développés est maintenant sur la table et les pays en développement appuient une telle réduction. Mais, jusqu’à maintenant, aucune décision n’a été adoptée. Il s’agit d’une politique précise. A l’OMC, toute décision est prise par consensus et personne ne peut obliger quelqu’un à adopter une décision ni le punir en cas de non adaptation. Mais, comme je vous le dis, ce cycle est bien différent. Plusieurs groupes sont plus forts actuellement comme le groupe africain et l’Amérique latine. Même l’Indonésie et ses alliés constituent un potentiel. La réalité est que les pays en développement sont devenus actuellement une force importante au sein de l’OMC.

Et si vous regardez l’économie mondiale au cours des années prochaines, vous trouverez que seules les économies des pays en développement continueront à accroître. Les pays développés en sont bien conscients.  Pour le moment, il y a un paquet sur la table et l’affaire ne sera conclue que quand tous les partenaires signeront.

— Les organisations non gouvernementales ont dénoncé à maintes reprises les concessions que les pays émergents ont été obligés d’accepter sur le long chemin du commerce libre. Ce qui, de leur point de vue, a eu de mauvaises répercussions sur leurs économies ...

— Ce n’est pas vrai. Si vous examinez les économies des pays émergents, vous réaliserez que les marchés libéralisés ont beaucoup mieux fonctionné que les marchés fermés. Cela a généré des investissements et des emplois. Par conséquent, une croissance. Les pays asiatiques n’ont-ils pas des meilleures infrastructures et performances que les pays africains ?

— Mais ce n’est pas le cas de la Chine …

— La situation de la Chine est différente. Elle a rejoint l’OMC trop tard, donc elle devait payer le prix. Elle n’a pas droit à profiter des privilèges dont ont profité les premiers adhérents à l’exemple des pays subsahariens (comme un espace entre les tarifs appliqués et le plafond qu’elle peut appliquer). Ces derniers par exemple appliquent 10 % des tarifs sur les importations agricoles alors qu’ils possèdent un plafond de 60 %, dont ils se servent en temps de crise. Par ailleurs, la Chine a profité, après son adhésion à l’OMC, des garanties contre les mesures protectionnistes, sinon elle aurait été accusée par la grande majorité des pays suite à son invasion de leurs marchés.

— Les Etats-Unis insistent à allouer d’énormes subventions au coton, au détriment des pays pauvres africains qui ne peuvent plus concurrencer sur le marché international. Quand prévoyez-vous une fin à cette injustice ? 

— La question du coton est une des questions qui soulèvent l’opposition des pays en développement. Les Etats-Unis en sont bien conscients. Et étant donné la réalité de la crise financière actuelle, je m’attends à un certain règlement de la part des Etats-Unis, se rendant compte de l’importance des économies émergentes en ce moment.

Propos recueillis par Névine Kamel

(Voir aussi  Dossier)

 




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