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 Semaine du 10 au 16 décembre 2008, numéro 744

 

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Inde-Pakistan. Les attentats qui ont ébranlé Bombay, la semaine dernière, ont fortement perturbé les relations entre les deux pays. Une escalade qui fait craindre le pire.

Alerte maximale

Plus d’une semaine après les attaques de Bombay, l’Inde vit toujours en état d’alerte dans la crainte de nouvelles attaques sur son sol. Dans un climat sécuritaire extrêmement tendu, les principaux aéroports d’Inde ont été placés depuis samedi en état d’alerte. Les autorités affirment avoir reçu il y a quelques jours un courrier électronique avertissant d’éventuelles attaques contre des infrastructures aéroportuaires avec prises d’otages, voire de possibles détournements d’avions. « Le niveau de sûreté est au plus haut depuis un moment déjà, mais à la suite des attaques de Bombay, tous les aéroports de l’ouest de l’Inde et les aéroports internationaux sont en état d’alerte maximum, en particulier ceux de New Delhi, Bangalore (sud) et Madras (sud-est) », a déclaré Moushmi Chakravarty, porte-parole du ministère de l’Aviation civile. Plus d’une semaine après ces attentats, qui ont entraîné la chute du ministre de l’Intérieur, le nouveau titulaire du poste a admis, cette semaine, des « défaillances » dans les systèmes de renseignement et de sécurité de ce géant asiatique, très régulièrement frappé par des attentats depuis plus de trois ans.

Soucieuse de venir à bout des investigations le plus vite possible, la police indienne a procédé, samedi, aux premières arrestations dans le cadre de l’enquête sur les attentats, en interpellant deux hommes soupçonnés d’avoir fourni au commando islamiste des cartes de téléphones portables, a annoncé un officier. Ces suspects ont été appréhendés à Calcutta, dans l’est de l’Inde. Outre l’arrestation à Bombay du 10e auteur des attentats, il s’agit là des toutes premières interpellations officielles dans l’enquête sur ces attaques islamistes.

Outre cette déstabilisation sans précédent du pays, ces attentats ont fort alimenté les tensions historiques entre New Delhi et son frère ennemi, Islamabad. Samedi, le gouvernement indien a affirmé que tous les assaillants venaient du Pakistan, et a remis à son frère ennemi une liste de 20 suspects dont il exige l’arrestation et l’extradition. Sur la liste figurent plusieurs responsables du Lashkar-e-Taïba (LeT), un groupe islamiste interdit, basé au Pakistan et actif dans la région himalayenne du Cachemire. Parmi les suspects, figure le propre fils de Hafiz Saeed, Talha, qui dirigerait un camp d’entraînement à Um Al-Qura, dans le Cachemire pakistanais.

Réfutant ces accusations infondées, le président pakistanais a demandé cette semaine des preuves concrètes de l’inculpation d’éléments pakistanais dans ces attentats, affirmant craindre des représailles indiennes contre son pays. « Le Pakistan est en train de mener sa propre enquête et attend que des preuves concrètes lui soient remises. Et puis, même si les activistes sont liés au Lashkar-e-Taïba, qui croyez-vous que nous sommes en train de combattre ? », a demandé Zardari. Refusant l’idée de l’extradition, Zardari a souhaité juger au Pakistan les suspects réclamés par l’Inde s’il y a suffisamment de preuves. « Si nous avions des preuves, nous les jugerions devant nos tribunaux et nous les jugerions sur notre territoire et nous les condamnerions », a-t-il déclaré. Craignant une nouvelle escalade entre les frères ennemis, des responsables pakistanais ont demandé à l’Inde d’œuvrer avec le Pakistan pour combattre le terrorisme et éviter de tenir un discours de confrontation avec son voisin.

Dans une tentative de désamorcer la crise qui risque d’éclater entre les deux pays, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a été dépêchée dans la région ces derniers jours, pour calmer le jeu entre les frères ennemis. Lors de sa visite en Inde jeudi, elle a demandé au gouvernement indien de ne pas prendre de mesures qui pourraient empirer la situation, et a espéré que le Pakistan et l’Inde maintiendraient la communication ouverte. Effectuant une visite-surprise au Pakistan, Mme Rice a rencontré le président pakistanais, Asif Ali Zardari, et le premier ministre, Yousuf Raza Gilani, pour apaiser les tensions. « Cela n’aide pas de faire quelque chose qui pourrait empirer le problème ou avoir des conséquences non désirées », a déclaré Mme Rice lors de sa brève visite à Islamabad. « La réponse doit être efficace pour traduire les personnes en justice et pour empêcher une autre attaque », a-t-elle déclaré. Interrogée sur toute possible frappe indienne contre les éléments au Pakistan, elle a déclaré que le moyen le plus efficace était de répondre à travers la coopération internationale qui inclut l’Inde et tout autre Etat, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Pakistan.

Seuls les jours à venir traceront l’itinéraire des relations indo-pakistanaises à la lumière des attentats de Bombay. Mais, une nouvelle donne va probablement aider à contenir la crise naissante, à savoir l’élection de Barack Obama qui doit prendre son poste à la tête des Etats-Unis le 20 janvier. Un président qui fait déjà de l’axe Inde-Pakistan son premier atout dans sa lutte contre le terrorisme en Afghanistan.

Maha Al-Cherbini

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