Inde-Pakistan.
Les attentats qui ont ébranlé Bombay, la semaine dernière,
ont fortement perturbé les relations entre les deux pays.
Une escalade qui fait craindre le pire.
Alerte maximale
Plus
d’une semaine après les attaques de Bombay, l’Inde vit
toujours en état d’alerte dans la crainte de nouvelles
attaques sur son sol. Dans un climat sécuritaire extrêmement
tendu, les principaux aéroports d’Inde ont été placés depuis
samedi en état d’alerte. Les autorités affirment avoir reçu
il y a quelques jours un courrier électronique avertissant
d’éventuelles attaques contre des infrastructures
aéroportuaires avec prises d’otages, voire de possibles
détournements d’avions. « Le niveau de sûreté est au plus
haut depuis un moment déjà, mais à la suite des attaques de
Bombay, tous les aéroports de l’ouest de l’Inde et les
aéroports internationaux sont en état d’alerte maximum, en
particulier ceux de New Delhi, Bangalore (sud) et Madras
(sud-est) », a déclaré Moushmi Chakravarty, porte-parole du
ministère de l’Aviation civile. Plus d’une semaine après ces
attentats, qui ont entraîné la chute du ministre de
l’Intérieur, le nouveau titulaire du poste a admis, cette
semaine, des « défaillances » dans les systèmes de
renseignement et de sécurité de ce géant asiatique, très
régulièrement frappé par des attentats depuis plus de trois
ans.
Soucieuse de venir à bout des investigations le plus vite
possible, la police indienne a procédé, samedi, aux
premières arrestations dans le cadre de l’enquête sur les
attentats, en interpellant deux hommes soupçonnés d’avoir
fourni au commando islamiste des cartes de téléphones
portables, a annoncé un officier. Ces suspects ont été
appréhendés à Calcutta, dans l’est de l’Inde. Outre
l’arrestation à Bombay du 10e auteur des attentats, il
s’agit là des toutes premières interpellations officielles
dans l’enquête sur ces attaques islamistes.
Outre cette déstabilisation sans précédent du pays, ces
attentats ont fort alimenté les tensions historiques entre
New Delhi et son frère ennemi, Islamabad. Samedi, le
gouvernement indien a affirmé que tous les assaillants
venaient du Pakistan, et a remis à son frère ennemi une
liste de 20 suspects dont il exige l’arrestation et
l’extradition. Sur la liste figurent plusieurs responsables
du Lashkar-e-Taïba (LeT), un groupe islamiste interdit, basé
au Pakistan et actif dans la région himalayenne du
Cachemire. Parmi les suspects, figure le propre fils de
Hafiz Saeed, Talha, qui dirigerait un camp d’entraînement à
Um Al-Qura, dans le Cachemire pakistanais.
Réfutant ces accusations infondées, le président pakistanais
a demandé cette semaine des preuves concrètes de
l’inculpation d’éléments pakistanais dans ces attentats,
affirmant craindre des représailles indiennes contre son
pays. « Le Pakistan est en train de mener sa propre enquête
et attend que des preuves concrètes lui soient remises. Et
puis, même si les activistes sont liés au Lashkar-e-Taïba,
qui croyez-vous que nous sommes en train de combattre ? », a
demandé Zardari. Refusant l’idée de l’extradition, Zardari a
souhaité juger au Pakistan les suspects réclamés par l’Inde
s’il y a suffisamment de preuves. « Si nous avions des
preuves, nous les jugerions devant nos tribunaux et nous les
jugerions sur notre territoire et nous les condamnerions »,
a-t-il déclaré. Craignant une nouvelle escalade entre les
frères ennemis, des responsables pakistanais ont demandé à
l’Inde d’œuvrer avec le Pakistan pour combattre le
terrorisme et éviter de tenir un discours de confrontation
avec son voisin.
Dans une tentative de désamorcer la crise qui risque
d’éclater entre les deux pays, la secrétaire d’Etat
américaine, Condoleezza Rice, a été dépêchée dans la région
ces derniers jours, pour calmer le jeu entre les frères
ennemis. Lors de sa visite en Inde jeudi, elle a demandé au
gouvernement indien de ne pas prendre de mesures qui
pourraient empirer la situation, et a espéré que le Pakistan
et l’Inde maintiendraient la communication ouverte.
Effectuant une visite-surprise au Pakistan, Mme Rice a
rencontré le président pakistanais, Asif Ali Zardari, et le
premier ministre, Yousuf Raza Gilani, pour apaiser les
tensions. « Cela n’aide pas de faire quelque chose qui
pourrait empirer le problème ou avoir des conséquences non
désirées », a déclaré Mme Rice lors de sa brève visite à
Islamabad. « La réponse doit être efficace pour traduire les
personnes en justice et pour empêcher une autre attaque »,
a-t-elle déclaré. Interrogée sur toute possible frappe
indienne contre les éléments au Pakistan, elle a déclaré que
le moyen le plus efficace était de répondre à travers la
coopération internationale qui inclut l’Inde et tout autre
Etat, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le
Pakistan.
Seuls les jours à venir traceront l’itinéraire des relations
indo-pakistanaises à la lumière des attentats de Bombay.
Mais, une nouvelle donne va probablement aider à contenir la
crise naissante, à savoir l’élection de Barack Obama qui
doit prendre son poste à la tête des Etats-Unis le 20
janvier. Un président qui fait déjà de l’axe Inde-Pakistan
son premier atout dans sa lutte contre le terrorisme en
Afghanistan.
Maha
Al-Cherbini