L’après-raid américain sur la Syrie
Hassan Abou-Taleb
Deux
jours après le raid américain sur la région d’Abou-Kamal en
Syrie sur les frontières avec l’Iraq, le département d’Etat
américain a annoncé que le raid visait l’un des plus
importants membres d’Al-Qaëda. Celui-ci serait responsable
d’une grande cellule d’éléments armés et de terroristes qui
s’infiltreraient à l’intérieur de l’Iraq. Ceci a été nié par
les autorités syriennes qui ont annoncé que toutes les
victimes étaient des civils et des enfants qui ne peuvent en
aucun cas être en relation avec des organisations
terroristes. La négation syrienne avait été précédée par des
réclamations appelant les Etats-Unis à s’excuser d’avoir
violé les territoires et la souveraineté syriens et à
présenter un éclaircissement concernant ce qui s’est passé.
Or, les Etats-Unis n’ont accordé aucune importance à ces
réclamations.
Ce n’est
pas la première fois que la Syrie est attaquée. Il y a trois
ans, des avions israéliens avaient survolé le palais
présidentiel, puis bombardé un site douteux à proximité des
frontières avec la Turquie.
Or, pour
nombreux, le raid américain et la réaction syrienne étaient
surprenants. En général, de pareilles opérations ne sont pas
accomplies sans l’approbation du président Bush. Donc,
l’affaire a plus d’un sens politique et pratique. Il est
connu qu’il y a une coopération syro-américaine au niveau de
la sécurité et des services de renseignements secrets. Cette
coopération constitue la cause essentielle du recul du taux
d’infiltration des éléments armés à travers les frontières
syriennes à environ la moitié, au cours des 6 derniers mois.
C’est ce qui a été annoncé il y a 4 mois par des directions
militaires américaines siégées en Iraq.
Cependant, la manière dont le raid a été effectué signale
que le président Bush n’est pas satisfait du volume de
coopération avec la Syrie dans ce domaine et que les
Etats-Unis ont voulu adresser un message clair. On remarque
aussi que les défenses aériennes syriennes et qui sont
répandues dans la région n’ont entrepris aucun acte de
défense contre les avions américains. Ce qui suscite aussi
de nombreuses questions.
Selon le
droit international, cet acte américain est considéré comme
une violation de la souveraineté d’un autre Etat et une
agression inacceptable selon la Charte des Nations-Unies. En
effet, les deux pays ne sont pas en état de guerre et la
tension politique entre eux ne peut justifier un acte pareil.
Il est fort probable que l’Administration Bush a voulu
rappeler au monde entier qu’elle tenait jusqu’à ses derniers
jours à la guerre et aux frappes préventives. Ainsi qu’au
principe de l’autodéfense selon ses propres estimations, qui
ne sont nécessairement acceptées par d’autres parties
internationales. L’Administration américaine a également
voulu confirmer sa vision envers la Syrie qu’elle considère
comme étant un Etat protégeant le terrorisme et responsable
de la mort de nombreux soldats américains en Iraq. Ce
message est en relation étroite avec les élections
américaines où le candidat républicain McCain connaît un
recul important par rapport à son concurrent démocrate Barak
Obama.
C’est
ainsi que le président américain a voulu rappeler aux
électeurs américains que la question de la sécurité
nationale et de la guerre contre le terrorisme devait
s’imposer sur le combat électoral qui s’est plutôt orienté
vers la crise monétaire mondiale et sur la responsabilité
qu’assument les Républicains à ce propos. Bien que le
candidat républicain ait assuré la nécessité du raid,
signalant qu’il se serait comporté de la même manière, il
semble que le raid n’a pas réalisé les résultats électoraux
désirés. Ceci a été exprimé par les différents sondages
dernièrement effectués et qui ont assuré le succès du
candidat démocrate.
Ici, le
facteur temps aide à parvenir à d’autres déductions. Le raid
américain a eu lieu alors qu’une polémique se déroule autour
d’un accord sécuritaire prévu entre les Etats-Unis et l’Iraq
qui vise à organiser l’action des forces américaines après
l’achèvement de l’année courante. Ce raid a réanimé les
craintes arabes de voir l’Iraq se transformer en base
américaine servant à attaquer n’importe lequel des voisins
arabes ou régionaux. Il est vrai que le gouvernement iraqien
n’était pas au courant du raid et l’a condamné, mais il a
lié le raid à la réclamation de la Syrie de déployer plus
d’efforts pour contrôler les frontières et empêcher
l’infiltration des éléments armés. Cette réclamation
justifie partiellement le raid.
Tout
ceci n’est pas loin de la polémique qui se déroule
actuellement entre l’Iraq et l’Administration américaine
autour de l’accord de sécurité. En effet, le gouvernement
iraqien et les membres du Parlement ont exprimé des réserves
sur certaines clauses de l’accord. Les Iraqiens veulent que
le programme de retrait des forces américaines soit clair et
qu’il y ait un contrôle sur les exportations et les
importations concernant les forces américaines. Ces
réclamations sont refusées par l’Administration américaine
qui tente de faire passer l’accord conformément à
l’avant-projet présenté au gouvernement d’Al-Maliki sans
aucune modification.
Si ceci
a lieu, l’Iraq pourra se transformer en base militaire d’où
s’élanceront des raids en direction de la Syrie ou de l’Iran
selon les circonstances. Il est donc prévu que les Etats
voisins qui craignent cette situation relâchent relativement
les efforts déployés pour empêcher l’infiltration des
éléments armés à l’intérieur de l’Iraq ou baisser le niveau
de coopération avec le gouvernement iraqien dans le domaine
de la sécurité. Ceci est clair dans la décision syrienne de
suspendre les contacts avec le gouvernement iraqien et de
diminuer les forces présentes sur les frontières entre les
deux pays, longues de 630 km. La Syrie a également décidé
d’annuler la réunion du comité de coopération sécuritaire
qui était prévue pour les 12 et 13 novembre à Bagdad.
Il est
évident que toutes ces procédures ont des significations
importantes.
Si la
Syrie ne peut pas répondre militairement et de façon directe,
elle possède d’autres moyens indirects pour faire face à
ceux qui se permettent de violer ses frontières. La Syrie
veut rappeler au gouvernement iraqien que l’accord de
sécurité nécessite une coopération volontaire de la part des
deux côtés. Ceci avait été mentionné par Walid Al-Moallem,
ministre syrien des Affaires étrangères, qui a déclaré que
son pays attendait « un éclaircissement officiel des
résultats des investigations » de la part des deux
gouvernements américain et iraqien et non des
justifications. Et ce, avant que les autorités syriennes
n’entreprennent d’autres procédures, faisant ainsi allusion
à l’existence « de choix que les Etats-Unis savent être
douloureux ».