La grandeur de l’Egypte
dans une exposition sur Bonaparte
Mohamed Salmawy
L’animateur
de la BBC m’a appelé de Londres pour un entretien
téléphonique à propos de l’exposition de Bonaparte «
Bonaparte et l’Egypte : feu et lumières », inaugurée à
Paris, à la mi-octobre dernier par le ministre égyptien de
la Culture, Farouk Hosni. C’était au sujet des articles qui
dénonçaient l’exposition. Il voulait me demander quelles
autres critiques je pouvais ajouter à celles qui ont été
déjà faites.
Je répliquai : Mais qui vous a parlé de critiques que je
pouvais apporter ?
Il répondit : Il semble qu’il y a eu un rejet unanime de
cette exposition.
J’ajoutais : Ce n’est pas vrai. Vous n’avez pas étudié
minutieusement le sujet avant de l’attaquer. Si vous l’aviez
fait, vous auriez compris que les articles qui ont abordé
cette exposition se sont divisés en deux catégories. La
première est celle qui a attaqué l’exposition sans la voir
ni connaître son idée motrice et sans rien savoir sur les
pièces qui y étaient exposées. La seconde est celle qui
réunit les avis de ceux qui ont effectivement visité
l’exposition et qui en ont fait un éloge unanime.
—
Mais l’idée même de tenir une exposition sur Bonaparte
est-elle à approuver ?, m’a-t-il demandé.
J’ai répondu : Qui vous a dit que c’est là le thème
principal de l’exposition. Ceux qui ont visité l’exposition
et qui ont écrit à son propos dans la presse, dans les
journaux nationaux, ceux des partis ou indépendants l’ont
qualifiée de magnifique. L’un d’entre eux a dit que c’était
une exposition sur l’Egypte et sa civilisation à l’heure de
l’Expédition de Bonaparte qui n’a duré que trois ans. Un
autre a souligné la fierté qu’il a ressentie en admirant la
grandeur de l’Egypte. L’exposition a démontré combien les
conquérants français ont été admiratifs pour ce qu’ils
avaient vu en Egypte. Une troisième personne a déclaré que
l’exposition l’avait envahie d’une certaine tristesse pour
ce qui est advenu en Egypte, en comparant son état actuel à
ce qu’elle était à l’époque de Bonaparte.
En réalité, la plupart des pièces égyptiennes de
l’exposition illustrent les différentes facettes de la vie
en Egypte durant la période représentée par l’exposition.
Cela concerne les documents passant en revue le patrimoine
du pays, autant que les différents métiers et les industries
qui étaient très avancés à cette époque en plus de certaines
photos des dirigeants de l’Egypte et des hauts responsables
au moment de l’Expédition de Bonaparte et même après, à
l’exemple de Mohamad Ali, Ibrahim pacha et autres. Ceci sans
oublier le patrimoine de l’Egypte ancienne qui a ébloui les
Français, qu’ils soient savants ou soldats. D’ailleurs, on
retrouve de nombreux modèles et traces dans cette
exposition. Citons à titre d’exemple une main géante d’une
des statues de Ramsès occupant l’espace d’une table et qui a
attiré l’attention des visiteurs éblouis.
Quant aux pièces françaises de l’exposition, elles étaient
moins nombreuses par rapport aux pièces égyptiennes. Elles
ont été choisies pour démontrer l’égyptomanie des Français,
ce qui les prenait face à la grandeur de ce qu’ils ont
découvert dans ce pays qu’ils ont envahi. Evoquons à ce
propos, les tableaux célèbres dessinés avec le pinceau des
grands artistes français représentant différentes scènes
égyptiennes. Ces tableaux ont permis la naissance d’une
nouvelle école dans les arts plastiques européens, qui était
connue sous le nom des Orientalistes. Parmi ces tableaux, il
y avait celui du grand artiste Jean-Léon Gérôme illustrant
Bonaparte à cheval devant le Sphinx, et également le tableau
de Nicolas Conté, inventeur du crayon et responsable de la
publication du célèbre livre La Description de l’Egypte.
Dans le premier tableau de peinture à huile, Bonaparte
paraît extrêmement petit devant la taille gigantesque du
sphnix et sa grandeur. Alors que le sphinx regarde le
commandant français du haut de son omniprésence. Dans le
second tableau, il s’agit d’une aquarelle où Conté illustre
un nombre de soldats français devant les pyramides et le
sphinx, comme de petits insectes dont il est difficile de
cerner les aspects.
L’animateur a alors remarqué : Etait-il nécessaire au cas où
l’exposition aurait pour thème la grandeur de l’Egypte, de
la lier à l’Expédition militaire de Bonaparte ?
J’ai rétorqué : Oui, parce que l’Expédition de Bonaparte a
été le commencement qui a permis au monde de découvrir la
civilisation ancienne de l’Egypte et sa grandeur. Les
monuments étaient, il est vrai, présents avant cette date,
mais ce sont les savants de l’expédition qui ont déchiffré
leurs mystères. Leur arrivée en Egypte leur a permis de
rentrer en contact avec la civilisation arabe contemporaine
à cette époque. Ils ont été éblouis par cette découverte
comme ils l’avaient été par la civilisation ancienne.
Cependant, à mon avis, l’importance de cette exposition
réside dans la déclaration de Robert Solé, écrivain
français, après avoir fait un tour dans cette exposition : «
C’est une exposition dont le sujet est l’Egypte et non pas
Bonaparte ».