Iraq.
La question des insurgés provenant des pays voisins est
remise sur le tapis suite au récent raid américain contre la
Syrie. Ce qui vient compliquer l’accord en discussion sur la
future présence américaine.
Complications en perspective
Bagdad et damas ont décidé dimanche de surmonter la crise
née du raid américain mené le 26 octobre par des soldats
américains, débarqués d’hélicoptères venus d’Iraq, contre un
bâtiment d’un village syrien frontalier et qui a entraîné la
mort de civils. Lors d’un appel téléphonique du ministre
syrien des Affaires étrangères, Walid Al-Mouallem, à son
homologue iraqien Hoshyar Zebari, les deux hommes ont
discuté « des moyens d’améliorer les relations entre les
deux pays et d’apaiser la tension (...) à la suite du raid
», a affirmé un communiqué du ministère iraqien des Affaires
étrangères à Bagdad. Cependant, rien ne montre à l’heure
actuelle quelles sont les mesures que les deux pays
entendent prendre pour améliorer leurs relations.
En effet,
en réaction au raid et en protestation à des déclarations
gouvernementales iraqiennes le justifiant, les autorités
syriennes ont notamment reporté une réunion de la Haute
Commission syro-iraqienne prévue en novembre. Et, malgré
l’intention affichée des deux parties de surmonter cette
crise, aucune date n’a été fixée pour cette réunion.
D’autres
mesures ont également été prises de part et d’autre. L’Iraq
a dépêché des policiers supplémentaires à la frontière avec
la Syrie pour prévenir des infiltrations de djihadistes
après la décision de Damas d’y réduire ses effectifs
militaires en représailles au récent raid américain sur son
territoire. « Nous avons envoyé des membres de la police des
frontières et de la police d’Al-Anbar pour surveiller des
portions de la frontière susceptibles d’être utilisées (par
les insurgés) pour s’infiltrer en Iraq », a affirmé le
général Abdel-Karim Khalaf, porte-parole du ministère de
l’Intérieur. Le chef de la police d’Al-Anbar a confirmé à
l’AFP l’envoi de trois compagnies, environ 300 policiers,
pour, a-t-il dit, « combler le vide créé après le départ des
forces syriennes de certaines positions sur la frontière ».
« Nos forces contrôlent la frontière pour prévenir toute
infiltration », a souligné le général Tarek Youssef. Des
déclarations qui vont à l’encontre de la volonté de dépasser
cette crise.
A la
suite du raid américain, largement condamné, des médias
syriens avaient fait état de la décision de Damas de réduire
ses forces à la frontière avec l’Iraq comme mesure de
rétorsion. Dans le même temps, le ministre syrien des
Affaires étrangères Walid Mouallem avait assuré que son pays
faisait « tous les efforts possibles » pour contrôler sa
frontière avec l’Iraq. Mais, « comme nulle part dans le
monde, nous ne pouvons rendre la frontière à 100 % étanche
», a-t-il déclaré. Tout en ajoutant : « Vous avez besoin
d’un partenaire de l’autre côté pour contrôler sa partie de
la frontière. Nous n’avons pas de partenaire de l’autre côté
de la frontière pour partager des informations ».
Mauvais
point
Or, la
question est bien compliquée. Le raid américain de la
semaine dernière remet sur le tapis la question hautement
épineuse de l’infiltration en Iraq d’insurgés venus de
l’étranger. Une affaire embarrassante aussi bien pour Bagdad,
pour ses voisins, que pour les Etats-Unis, dont la présence,
le rôle et surtout l’efficacité en Iraq sont de plus en plus
remis en cause.
Qui plus
est, ce raid, le premier du genre, intervient alors que
Washington et Bagdad tentent de finaliser un accord sur le
cadre de la future présence américaine en Iraq. Et, en
frappant en Syrie, Washington a mis en relief l’incapacité
de Bagdad de contrôler les opérations américaines lancées
depuis son territoire. Un mauvais point de plus pour
l’accord de sécurité iraqo-américain que le gouvernement
aspire à faire adopter avant la fin de l’année.
Selon la
Syrie, les troupes et hélicoptères américains intervenus
près de la frontière iraqienne ont tué huit personnes. La
Syrie a convoqué le représentant iraqien à Damas pour
enjoindre l’Iraq d’ « assumer ses responsabilités » et
d’empêcher que son sol serve à une telle « agression contre
la Syrie ». En face, le commandement américain à Bagdad
s’est refusé officiellement à tout commentaire.
Mais
pour le député kurde Mahmoud Othman, quelles que soient les
raisons du raid, il dessert Bagdad à un moment critique. Le
gouvernement tente en effet de faire passer au Parlement un
texte prévoyant le maintien des troupes américaines en Iraq
jusqu’en 2011 pour former des forces iraqiennes et lutter
contre Al-Qaëda et les extrémistes chiites armés. Le nouvel
accord de sécurité doit être approuvé avant l’expiration du
mandat des Nations-Unies le 31 décembre, mais des députés
chiites doutent des chances de la version actuelle, et
Bagdad a reçu le feu vert pour renégocier avec Washington.
L’intervention de la semaine dernière « sera utilisée contre
l’accord et donnera des raisons aux Iraniens d’interférer
davantage contre l’accord. Maintenant, les pays voisins ont
une bonne raison de s’inquiéter du maintien de la présence
américaine en Iraq », estime Mahmoud Othman, cité par
l’agence Associated Press. Le raid envoie « le message que
l’Iraq ne contrôle pas ses propres affaires », juge
également un influent député chiite s’exprimant sous le
couvert de l’anonymat.
Les
Etats-Unis ont beau assuré que l’accord respectera la
souveraineté territoriale iraqienne, ses détracteurs
iraqiens craignent que leur pays ne devienne un vassal
américain, en le liant à la stratégie politique et militaire
de la Maison Blanche dans la région, ce qui nuirait aux
bonnes relations avec des voisins comme la Syrie et l’Iran,
en mauvais termes avec Washington. D’un autre côté, nombreux
sont ceux qui en privé souhaitent que les soldats américains
restent jusqu’à ce que les forces iraqiennes puissent
assurer la sécurité. En outre, certains estiment que
l’accord de sécurité, qui interdirait aux Etats-Unis, selon
le texte en projet, d’utiliser le territoire iraqien pour
lancer des attaques contre d’autres pays, permettra
précisément d’éviter que ne se reproduisent des raids comme
celui de dimanche en Syrie. Et Bagdad devrait pouvoir
s’opposer à certaines opérations militaires, celles-ci
devant être coordonnées avec une commission
américano-iraqienne.
Abir
Taleb