Le Parti National Démocrate.
Alieddine Hilal,
secrétaire du PND pour les médias, affirme que la dimension
sociale a toujours figuré dans la politique du PND.
Interview
« Notre boussole est plutôt l’intérêt du citoyen »
Al-Ahram
Hebdo : Que veut dire le PND par le slogan de son congrès «
Nouvelle pensée pour l’avenir de notre pays » ?
Alieddine Hilal :
Ce slogan témoigne des défis du moment actuel, notamment la
crise financière mondiale. Un défi nouveau et non
conventionnel, qui donc nécessite des solutions, qui ne
doivent pas être elles aussi conventionnelles et pour ce, il
faut une nouvelle pensée.
— Mais cette nouvelle pensée n’existait-elle pas dans les
slogans du parti depuis 6 ans ?
— Lorsque Tony Blair est arrivé au parti du Travail en
Grande-Bretagne, on parlait de nouvelle image, on parlait du
Nouveau Travail (New Labour). L’idée est de donner
l’impression que quelque chose de nouveau se passe au sein
du PND. C’est une pensée courageuse qui s’attaque aux
problèmes. Nous avons ouvert des dossiers que personne
auparavant n’avait traités, comme le dossier des impôts et
celui de la construction sur les terrains agricoles ...
Cette pensée se caractérise par la flexibilité et non par
l’idéologie. On n’est obsédé ni par l’idéologie de gauche ni
par celle de droite, notre boussole est plutôt l’intérêt du
citoyen et de la tranche la plus large des Egyptiens. La
politique qui sert donc cet intérêt, nous la mettons en
œuvre. Si ceci s’avère contre le citoyen, nous changeons de
politique.
Un autre aspect aussi important dans cette pensée est qu’il
existe une responsabilité de l’individu et que le
gouvernement ne parviendra à lui seul à résoudre tous les
problèmes. La dépendance absolue à l’égard de l’Etat ne
trouve plus de place dans le nouveau monde.
— Mais au moment où le PND brandit des slogans de l’avenir,
des observateurs parlent d’un recul de l’Egypte à tous les
niveaux avec une détérioration accrue des services ...
— Ce sont des déclarations qui n’aident pas. Je parie
qu’aucun autre parti en Egypte, le Tagamoe par exemple, ne
dispose d’études documentées sur l’avenir du logement ou de
l’énergie en Egypte. Lorsque le PND parle de l’avenir, il ne
s’agit pas simplement de mots mais de papiers qui étalent sa
vision de l’avenir et comment atteindre cet avenir. Le
réexamen doit être là. Est-ce que ce parti a réfléchi, a
observé la réalité sociale et les défis actuels et ceux du
futur ? C’est le PND qui a ouvert il y a deux ans le dossier
de l’énergie, c’est lui-même qui s’est attaqué à la question
de l’eau ... On peut certes avoir des remarques sur
l’exécutif de telles visions. D’ailleurs, l’objectif
principal de la conférence annuelle est de permettre aux
dirigeants du parti d’examiner ce qui a été fait dans
l’année écoulée, d’échanger les expériences et les
problèmes, non pour punir ou récompenser mais pour lever les
entraves.
— La conférence coïncide avec une crise financière mondiale,
le PND est-il prêt à revoir ses politiques économiques pour
éviter une récession importante en Egypte ?
— L’Egypte sera touchée tôt ou tard par la crise économique
et donc l’idée est de savoir comment changer de politiques
et quelles initiatives prendre pour atténuer les
conséquences néfastes de la crise, en attendant que la scène
soit moins brouillante mais surtout en évitant que ces
changements ne pèsent sur le peuple. Parce que certes, le
tourisme sera touché, les exportations aussi. Beaucoup
d’idées sont ainsi avancées. Certains proposent des
solutions comme par exemple la baisse du taux d’intérêts sur
les crédits pour passer de 15 % à 6 ou 7 %, comme partout
dans le monde, pour permettre à l’Egypte de rester sur le
marché de compétitivité, d’autres proposent des subventions
indirectes sur les exportations. Le défi est de s’adapter à
ce climat international, tout en poursuivant nos objectifs
initiaux. Et ici, nous sommes guidés par les déclarations du
président Moubarak, qui a dit que les pauvres ne devront pas
assumer la charge de la réforme économique.
— La justice sociale a occupé une place importante lors de
cette conférence, pourquoi ce retard du PND pour s’attaquer
à la pauvreté alors qu’elle a toujours était là ?
— La dimension sociale a toujours figuré dans la politique
du PND. Il fallait laisser mûrir la politique de ciblage
démographique et géographique. Ainsi, nous ciblons les 1 000
villages les plus pauvres qui ont figuré dans le rapport du
Pnud. L’idée était de savoir comment procéder. Deux villages
ont été choisis en Haute-Egypte, Néna et Assayda comme
projets pilotes. L’idée était de mesurer les obstacles lors
de l’application et les coûts de développement. Pour
améliorer le niveau de vie, il ne suffit pas d’augmenter les
recettes dans le budget, nous devrons créer des écoles,
améliorer le logement, l’eau et l’électricité, c’est un tout
... La prochaine étape consiste à développer 150 villages.
Les déclarations sont faciles mais diriger le changement est
très difficile.
— Pourquoi le parti a-t-il omis la question de séparation
entre richesse et pouvoir, alors que des hommes d’affaires
du PND comme Hicham Moustapha ou Ahmad Ezz ont déprécié son
image ?
— L’image du parti serait touché, s’il avait tenté de
protéger Hicham Moustapha. Le procès contre lui est une
preuve suffisante que le parti au pouvoir ne tolère pas le
favoritisme. Quant à Ezz, pour que nous soyons justes, il a
demandé au ministère de l’Industrie de dévoiler au grand
jour le dossier du monopole et s’il dispose vraiment
d’accusations contre lui et le ministère s’est abstenu. Ceci
n’empêche qu’une nouvelle législation doit être promulguée
pour régulariser la gestion des sociétés des hommes
d’affaires au moment où ils briguent des postes au pouvoir
pour éviter les conflits d’intérêts. Les changements
mûrissent lentement en Egypte, c’est tout.
Propos recueillis par Samar Al-Gamal