Le Parti National Démocrate.
Azzam Abdel-Wahab, responsable du PND en province, assiste
pour la deuxième année à la conférence du parti. Portrait
d’un militant de l’arrière-garde.
« Je suis considéré comme un dirigeant de poids »
Demi-dieu
dans son bled, Abdel-Wahab passe inaperçu lors de cette
kermesse, qui regroupe les grandes figures du PND, pourtant
il a réussi à quadrupler le nombre d’adhésions au parti à
Qous, dans le gouvernorat de Qéna. Rien que l’année
dernière, les membres dans cette circonscription qui compte
25 villages, sont passés de 2 460 à 8 740. Agé de 42 ans, il
a adhéré au parti il y a deux ans. « Mes responsabilités
consistent à recevoir les directives des supérieurs et les
appliquer. Nous devons aussi aller vers les gens et les
écouter ». Les dernières « directives » qu’il a reçues
portaient sur des problèmes de nourriture. Le parti a mis à
sa disposition des provisions alimentaires, de l’huile, du
sucre, et de la farine pour les vendre à des prix réduits
aux habitants. Les bureaux du parti servaient de centre de
vente. « On vendait le sucre à 2,25 L.E. le kilo alors qu’au
marché, il coûtait 3,5 L.E ». Abdel-Wahab a commencé à
s’intéresser à la vie politique lorsqu’il était étudiant à
l’université. Le PND n’attirait particulièrement pas son
attention « mais récemment, j’ai constaté l’évolution de ce
parti et je me suis senti proche de sa nouvelle pensée ».
Abdel-Wahab n’est pas un nanti mais il n’a pas hésité à se
déplacer vers la capitale pour prendre part à la conférence
de son parti. Il est pris entièrement en charge par la
formation du président. « C’est le parti qui m’a payé le
ticket du train climatisé et je suis logé, comme beaucoup de
mes collègues, à Dar Al-Mochah (un hôtel militaire) ». Au
Palais des congrès, où se déroule la réunion, il est muni,
comme tous les autres, de coupons pour l’eau, les boissons
et le repas.
Participer à ce genre de manifestations pourrait être
bénéfique pour ce troisième rang de responsables. « Cela
permet d’obtenir les informations nécessaires pour pouvoir
parler aux gens du village. Je fais la connaissance de mes
collègues dans les autres villes et villages, on discute de
certains problèmes. Nous essayons aussi de faire parvenir
nos idées aux supérieurs qui peuvent prendre connaissance de
nos idées et éventuellement décider de nous accorder plus de
responsabilités ». Mais Abdel-Wahab est venu cette année
muni d’une demande: Assurer une indépendance financière aux
bureaux locaux du PND, « parce qu’actuellement nous comptons
sur les échelons supérieurs, ainsi que sur les donations de
quelques habitants riches ».
Son ambition ? Trouver une solution aux problèmes dont se
plaignent les habitants de sa localité, notamment celui du
chômage qui « touche plus de 50 % des jeunes chez nous ». «
En écoutant le discours du président, j’ai senti qu’il
faisait l’écho de ce qui me préoccupe, j’espère qu’il fera
pression pour mettre en œuvre tous ces projets ». Il se
plaint du fait que le parti permet à ses députés du
Parlement de monopoliser la « distribution » des
offres d’emplois dans la fonction publique, alors que les
responsables locaux sont privés d’un tel pouvoir. D’après
lui, le secrétariat général du parti met annuellement à la
disposition de chaque député 5 emplois dans chaque
circonscription. « Si seulement, on me donne un emploi à
offrir tous les mois à un jeune, cela donnera au PND un
immense attrait auprès des habitants des villages. Mais là,
rien ne me permet de rivaliser avec les Frères musulmans
qui, eux, ont leurs propres sources de financement ». Le
responsable ambitieux se définit comme un bénévole. Il
affirme ne toucher aucun salaire du parti et compte plutôt
sur son métier d’avocat mais il reconnaît avoir profité de
son appartenance au PND. « Je suis considéré comme un
dirigeant, dont la présence a un poids et une signification,
que ce soit au commissariat de police, aux administrations
publiques ou auprès des gens ». Ceci outre la facilité avec
laquelle il peut mener toute démarche administrative, pour
renouveler un permis de conduire ou payer une facture, il
met également son pouvoir au service des simples citoyens
qui se font arrêter injustement lors de rafles policières. «
Chez nous, les policiers peuvent débarquer dans un café et
rassembler une centaine de personnes ». Les plus chanceux
attendent un coup de fil d’un responsable comme lui, pour
pouvoir dormir chez eux. Est-ce que c’est son épanouissement
personnel qui explique l’optimisme affiché d’Abdel-Wahab ? «
Notre société a tendance à favoriser le pessimisme. Dans mon
agglomération, l’achat des bijoux, des voitures et des
terrains agricoles est répandu, il y a aussi un boom de
l’immobilier, mais cela est accompagné d’un taux de chômage
grandissant, une baisse de la qualité des services et de
l’infrastructure. Je ne sais vraiment pas si on progresse ou
on fait marche arrière ? ».
Chérif Albert