Le Parti National Démocrate.
Il a tenu sa 5e conférence annuelle du 1er au 3 novembre,
sous le thème « Nouvelle pensée ... pour l’avenir de notre
pays ». Critiquée par l’opposition pour son alignement sur
les riches, la formation du président tente de se présenter
comme le défenseur des plus démunis en affichant en priorité
la justice sociale.
Le PND fait circuler une nouvelle image
Ahmad
Ezz, l’homme fort du parti au pouvoir, franchit la porte qui
mène au bureau de Alieddine Hilal, secrétaire pour les
médias. Il est immédiatement empêché d’entrer par la
secrétaire parce que, dit-elle, « il est interviewé par la
télé ». Le magna du fer rebrousse chemin et va attendre dans
une salle à côté. Une scène inimaginable quelques mois
auparavant. Est-ce la disgrâce ou encore l’incessant duel
entre l’ancienne garde et la nouvelle génération au sein du
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), pour lequel
cette bataille s’est soldée en faveur des caciques comme
Safouat Al-Chérif et Zakariya Azmi. Ces derniers, avec
Hilal, détiennent presque tous les fils de la 5e conférence
annuelle du parti du président Moubarak, qui s’est tenue du
1er au 3 novembre dans le Complexe des conférences à Madinet
Nasr.
Ezz, le chef du tanzim, a été ainsi relégué au second plan,
parce que d’après un cadre du comité des jeunes au sein du
PND, préférant parler sous couvert de l’anonymat, « ce
changement d’attitude émane d’une crainte de Gamal Moubarak
de voir l’homme le plus proche de lui se présenter aux
élections présidentielles de 2011, d’autant plus que son
pouvoir s’est largement étendu ces deux dernières années ».
Les observateurs estiment que même si une lutte intestinale
trouve place au parti, la marginalistaion de Ezz et de ses
confrères hommes d’affaires n’est qu’une simple manœuvre du
parti et ne serait que temporaire.
Le PND a entamé sa conférence annuelle avec une image ternie
notamment à cause des affaires de corruption ou des procès
qui touchent ses hommes d’affaires les plus influents. Le
plus récent est celui de Hicham Talaat Moustapha, accusé
d’incitation au meurtre. Avant lui, c’était Hani Sourour et
Mamdouh Ismaïl et même Ahmad Ezz qui est accusé de monopole.
Le parti contre-attaque
Ce constat a mis sur la défensive les membres les plus
éminents du PND qui se sont mobilisés tout au long des deux
semaines qui ont précédé leur rencontre annuelle pour
défendre leur parti contre ce déluge d’attaques lancées par
l’opposition. « Notre parti ne permet pas aux personnes
corrompues d’occuper ses rangs (...) Le PND n’est pas un
lieu où les auteurs de délits bénéficient de l’immunité », a
lancé Safouat Al-Chérif, secrétaire général du parti. Un
lifting était plus que jamais nécessaire d’autant plus que
le parti du président Moubarak cherche à se présenter cette
année comme le parti du « peuple », celui qui défend les «
causes des plus pauvres ». « Nous protégerons les pauvres et
contrecarrerons la pauvreté, nous soutiendrons les habitants
des bidonvilles et la classe moyenne et poursuivrons nos
efforts pour élargir la base de la justice sociale », a
ainsi lancé le chef de l’Etat à l’inauguration de la
réunion. Et comme c’est la coutume, des promesses
pharaoniques accompagnent chaque conférence et trouvent leur
place dans presque chaque discours des hauts responsables,
qui se succèdent sur le créneau pour s’adresser à ces
quelque 3 000 personnes présentes dans la salle. On parle de
l’amélioration des services, du développement de
l’éducation, des moyens de transports, de la réforme du
système médical, du logement pour les jeunes ... « 3,7
milliards pour développer les services dans les 1 000
villages les plus pauvres d’Egypte, 500 millions pour
financer un fonds pour les bidonvilles ». A côté de ces
engagements qui, en grande partie, reprennent les promesses
lancées par le président Moubarak lors des présidentielles
de 2005, le parti au pouvoir table pour la première fois sur
la stratégie de projets pilotes.
Il s’agit par exemple de tester la décentralisation d’abord
en matière d’éducation et dans seuls trois gouvernorats. Le
développement des villages les plus pauvres se fera sur un
nombre limité avant de s’élargir à 1 000 villages. (Lire
encadré). L’idée est novatrice pour un parti
traditionnellement créateur de slogans, tous sur base de «
Nouvelle pensée ». Pour 2008, c’est la « Nouvelle pensée
pour l’avenir de notre pays ». Le PND qui dirige le pays
depuis une trentaine d’années s’efforce de s’identifier à l’Egypte.
L’avenir du pays est celui du parti, c’est désormais le
message que ses cadres tentent de faire passer. « C’est le
parti du peuple ... Non le parti du pouvoir ni celui du
gouvernement », lance Ezz lors de son discours. Et les
chiffres servent d’argument. Un PND avec 2,9 millions de
membres détient 333 sièges au Parlement et 244 à la Chambre
haute. Pour l’opposition, c’est la preuve que ce parti
bloque la réforme politique et monopolise la vie politique
égyptienne, mettant les entraves constamment devant les
autres 15 partis d’Egypte.
Pire encore, les cadres du PND se sont abstenus de fournir
des réponses ou donner des signes sur l’avenir politique de
l’Egypte, un avenir fortement nébuleux. Selon Amr Hachem
Rabie, spécialiste des partis politiques, le PND ne cesse de
tourner autour des problèmes sans les attaquer de front.
Ainsi, « aucune discussion sur la passation du pouvoir n’a
eu lieu et le parti n’a pas cherché à éliminer les doutes
sur la succession à la tête du pays ». Ils se
contentent de répéter le même discours tel que « la
Constitution réglemente la passation du pouvoir et
l’élection du président ». Pas question de dire aujourd’hui
qui serait le candidat du PND lors des présidentielles de
2011, alors qu’il doit être un des 40 membres du comité
suprême du parti, créé l’an dernier. « Qui peut désigner un
candidat 3 ans auparavant ? », s’indigne Ahmad Ezz,
simplement car ceci relève du secret-défense. L’opposition,
elle, n’a aucun doute qu’il s’agirait bel est bien du fils
du président, sauf coup de théâtre. Le flou passe comme mot
d’ordre.
Lorsque ces cadres parlent même de justice sociale,
ils avancent la prime salariale, décidée par le président en
mai dernier. En revanche pas un seul mot sur une nouvelle
législation contre le monopole par exemple, ni aucun mot sur
la séparation entre les richesses et le pouvoir. Parce que
désormais les affairistes détiennent le pouvoir. Ils sont
membres du fameux comité suprême des politiques ou occupent
les portefeuilles-clés au gouvernement ou encore
représentent le PND aux deux chambres du Parlement. Cette
omission, loin d’être involontaire, laisse l’opposition
aussi bien que la rue sceptiques sur les serments du «
National Démocrate » en matière de pauvreté. Sur l’avenue
Qasr Al-Eini, s’élève un des sièges du parti au pouvoir, en
ce moment, il fait l’objet de travaux des égouts.
Abdel-Hamid, un des ouvriers sur le chantier, n’est même pas
au courant qu’une conférence du PND se tient un peu plus
loin dans le nord de la capitale. « J’ai simplement envie
d’éduquer mes enfants et d’avoir de quoi leur acheter un
dîner tous les soirs », dit-il. Et le PND, vous le
connaissez ? « Vous voulez dire le gouvernement ? Le
président ? Oui, je crois que j’en ai entendu parler à la
télé. Dieu est Généreux ».
Un lifting permanent
Les chefs du parti devraient être déçus par un tel discours
et surtout après plusieurs semaines, où tous les services de
l’Etat ont été mobilisés en leur faveur. Des émissions
spéciales à la télé, un flux d’entretiens avec les
différents cadres étalés dans la presse gouvernementale, des
spots de publicité, la formation du président de la
République n’a en effet pas lésiné, comme lors de chaque
conférence, sur les campagnes médiatiques. Sur radio Nogoum
FM, on hurle « l’Egypte est notre patrie, notre mère à tous
», puis une question est posée : « Votre patrie ? », « L’Egypte
», répond le citoyen, « Votre ville ? », « Assiout ». Et le
citoyen se déchaîne pour louer les avantages du parti et
formuler des espoirs pour faire avancer le pays. Parce qu’on
« ne peut pas affronter les problèmes du futur avec les
méthodes du passé », lance le président Moubarak. Le
discours change et flirte avec les pauvres, les méthodes
aussi. Les cadres du parti n’hésitent pas à s’attaquer
ouvertement à l’opposition et à la presse indépendante, en
pleine conférence. Tous se sont déchaînés, de Gamal à Ezz en
passant par Al-Chérif ou Azmi, dénonçant « l’agenda » des
journaux indépendants et « les bloggueurs qui utilisent des
sites populaires tels que Facebook pour attaquer le parti ».
Sur le fond, le PND reste pourtant le même, menant sans
cesse un lifting pour dissimuler les effets des années qui
passent.
Samar
Al-Gamal