Avocats.
Leurs élections prévues le 14 novembre ne seront pas tenues,
suite à une décision du comité judiciaire ad hoc. Ils
craignent un premier pas sur le chemin de la tutelle
judiciaire.
Un syndicat dans l’impasse
Le
torchon brûle à l’Ordre des avocats, à la suite de la
décision du comité judiciaire dirigeant actuellement le
syndicat d’arrêter la tenue des élections, censées avoir
lieu le 14 novembre prochain. Les avocats ont commencé un
sit-in jusqu’à l’appel à de nouvelles élections.
Conférences, réunions et consultations sont tenues par les
candidats de toutes tendances qui n’ont pas manqué de
rejeter la responsabilité l’un sur l’autre et de se lancer
des accusations réciproques. Mais le souci commun reste de
sauver l’Ordre des avocats de tomber sous la tutelle
judiciaire. La Cour d’assises, présidée par le conseiller
Adel Andraos, président du comité actuellement à la tête de
l’Ordre des avocats, avait approuvé le verdict de la Cour
administrative suspendant la tenue des élections en arguant
du fait qu’il se reporte là à l’aspect d’urgence jusqu’à ce
que le fond même du procès soit tranché. L’affaire remonte à
quelques mois lorsque le comité judiciaire, qui gère l’Ordre
des avocats, a appelé à procéder à des élections
conformément à la nouvelle loi sur la profession qui lui
attribue le droit d’appeler à la tenue des élections et de
les surveiller. Des prérogatives que certains avocats ont
jugées illégales vu que la loi 100 sur les syndicats
professionnels stipule que c’est la Cour du sud du Caire qui
est responsable de telles procédures. Des recours ont été
donc présentés à la Cour administrative, qui a décidé
d’arrêter les élections jusqu’à l’étude du problème.
Le report des élections de l’Ordre des avocats a été
accueilli par beaucoup de colère et d’angoisse de la part
des avocats tant et si bien que certains parlent d’un
complot étatique visant à le dominer, alors que d’autres
estiment qu’il s’agit d’une transaction entre le bâtonnier,
Sameh Achour, et l’Etat. Mais dans tous les cas, plusieurs
scénarios sont prévus en ce qui concerne le sort du
syndicat. Sameh Achour, bâtonnier nassérien, a tenu une
conférence de presse pour dénoncer la suspension des
élections et mobiliser l’ensemble des avocats en vue d’y
faire face. Côté Frères musulmans, une autre conférence de
presse a été tenue dans le même but. Mais ceux-ci ont accusé
Achour de complicité avec l’Etat et d’être derrière cette
décision. Quant à Ragaï Attiya, principal concurrent de
Achour pour le siège du bâtonnier, il refuse la
titularisation de Achour qui a occupé le siège de bâtonnier
pour 3 ans sans légitimité et affirme qu’il est le seul
bénéficiaire du report des élections.
Pour sa part, Sameh Achour a critiqué la décision d’arrêt
des élections, accusant le gouvernement et la confrérie des
Frères musulmans de vouloir mener le syndicat au tunnel de
la tutelle judiciaire. « L’indépendance de l’Ordre des
avocats représente une ligne rouge à ne pas franchir. On ne
permettra pas à quiconque, que ce soit l’Etat, les Frères
musulmans, la justice ou n’importe quel autre courant
politique d’y toucher ou de conduire le syndicat à la
tutelle judiciaire. Si la date des élections ne sera pas
fixée, le comité judiciaire doit quitter le syndicat. Il est
inadmissible qu’il reste occupé par la justice », déclare
Achour. Il a accusé le comité judiciaire, désigné pour
diriger le syndicat, de complicité avec l’Etat pour arrêter
les élections et geler ses activités. Une réunion avec les
chefs des comités syndicaux aux gouvernorats s’est tenue
cette semaine pour étudier les procédures aptes à sauver
l’Ordre des avocats.
Pour les observateurs, la balle est actuellement dans le
camp du gouvernement, qui doit intervenir immédiatement pour
éviter la colère et la révolte des avocats déterminés à
mener la bataille jusqu’au bout. Khaled Abou-Kreicha,
candidat appartenant au front des nationalistes, explique :
« Il est difficile de maintenir les bonnes intentions à
l’égard de l’Etat dans ces conditions curieuses. L’instance
concernée (la Cour du sud du Caire) garde le silence alors
que l’instance non concernée (le comité judiciaire) arrête
les élections et le ministère de la Justice est absent dans
tout ceci. Si le but de ce jeu est de garder l’Ordre des
avocats sous la tutelle judiciaire, l’Etat doit donc
s’attendre à une bataille acharnée avec les avocats qui
useront de tous les moyens de pression pour libérer leur
syndicat », précise-t-il. Des réactions que Saïd Al-Far,
candidat du PND, trouve exagérées, puisqu’il s’agit d’une
question de procédures ni plus ni moins. « Le verdict de la
Cour administrative ne signifie pas que c’est la Cour du sud
du Caire qui est chargée de tenir les élections. Le PND et
le gouvernement n’ont aucun intérêt à remettre les élections
du syndicat ou de tergiverser sur les procédures. Cela
affecterait aussi sans doute les autres conseils
d’administration des syndicats des gouvernorats dont la
mandature prendra fin en mars prochain. Je pense que dans
deux mois l’affaire sera tranchée », affirme Al-Far.
L’activité des propagandes électorales à l’Ordre des avocats
a donc disparu quelques semaines après l’ouverture de la
porte à la candidature. Aujourd’hui, ce sont l’inquiétude,
les soupçons et les prévisions qui y règnent. L’Ordre des
avocats se trouve face à plusieurs scénarios. D’abord, les
tergiversations du comité judiciaire, ce qui aboutira à
d’énormes mutations et à des heurts violents entre l’Etat et
les avocats ou la remise des élections jusqu’à la nouvelle
session parlementaire, où les amendements de la loi 100
devront être discutés. Le dernier scénario dépend de
l’ampleur des pressions exercées par l’assemblée générale,
lesquelles obligeraient l’Etat d’intervenir et de pousser la
Cour du sud du Caire à appeler à la tenue des élections.
May
Al-Maghrabi