Social.
Les retraités anticipés se révoltent. Ils réclament
l’application d’un verdict de la Cour constitutionnelle
stipulant la prise en compte des primes dans le calcul des
retraites.
Des
pensionnés qui se
rebiffent
« Nos droits … Nos droits … Boutros-Ghali a volé nos droits
», crient les retraités qui pour la troisième fois cette
semaine organisent un sit-in rue Al-Alfi, au centre du
Caire, devant le siège de l’Organisme des assurances
sociales. Ils revendiquent l’application d’un verdict de la
Cour constitutionnelle accordant aux retraités le droit de
bénéficier d’une retraite basée sur l’ensemble du salaire et
non sur le salaire de base. Les retraités insistent à
poursuivre leur sit-in jusqu’à ce que le ministre des
Finances, Youssef Boutros-Ghali, accède à leur demande.
L’histoire remonte à 2006/2007 lorsque des centaines de
retraités engagent des procès devant la Cour
constitutionnelle exigeant que les primes perçues durant
leur service soient prises en compte dans le calcul des
retraites et non seulement le salaire de base. Début 2008,
la Cour leur accorde ce droit. Ils se dirigent alors vers
les bureaux de l’Organisme des assurances sociales pour
réclamer une application du verdict. Mais ils se heurtent à
un refus catégorique. « Nous ne pouvons vous verser ces
sommes qu’après une réunion avec le président de
l’organisme. Passez dans une semaine », fut la réponse de
l’organisme. Face à ce refus, les retraités décident de
créer un mouvement pour faire entendre leur voix. Ils
s’adressent au président de l’Organisme des assurances
sociales mais toutes leurs tentatives échouent. Les
retraités décident alors de s’adresser directement au
ministère des Finances. C’était au mois d’août dernier. «
Là-bas, les responsables nous ont demandé un délai d’un mois
pour envoyer le verdict de la Cour constitutionnelle au
Conseil d’Etat pour consultation, mais ce délai s’est écoulé
et rien n’a été fait. Le ministère nous a trompés », lâche
Qotb Fayeq, président du mouvement des retraités. Al-Badri
Farghali, ancien député du parti du Rassemblement et
solidaire du mouvement, renchérit : « Il s’agit d’un verdict
annoncé par l’une des plus grandes cours de l’Etat. C’est
illogique de l’envoyer à une autre instance juridique pour
consultation. Il est clair que c’est une manœuvre du
ministère des Finances pour gagner du temps et jeter
l’affaire dans l’oubli ».
Selon lui, les retraités se trouvent dans un dénuement total
car mis à la retraite anticipée avant l’âge de 60 ans, les
travailleurs reçoivent en guise de compensation un pécule
qui varie entre 14 000 et 35 000 L.E., mais leur pension
mensuelle après la retraite se réduit au quart de ce que
percevait un travailleur retraité à l’âge de 60 ans. « Bien
que ces retraités subissent les conséquences sociales
négatives de la retraite anticipée, l’Etat refuse de leur
accorder l’un de leurs droits les plus simples », ajoute
Farghali. C’est ce qu’affirment les retraités : « Cela
faisait 15 ans que je travaillais. J’ai été mis à la
retraite anticipée par obligation il y a cinq ans. Ma
pension de retraite mensuelle est de 350 L.E., alors que je
suis responsable d’une famille composée de 4 enfants et je
n’arrive pas à trouver un nouvel emploi », assure
Abdel-Moëti, un des grévistes. Le gouvernement, lui, demande
un délai de six mois pour fournir aux retraités ces sommes
dont le montant s’élève à 4 milliards de L.E. « On ne peut
pas fournir cette grande somme d’une façon immédiate,
surtout que l’Etat s’est engagé à augmenter les pensions de
retraite de 10 % annuellement. On étudie la possibilité de
fournir ces sommes par étapes », affirme Talaat Ismaïl,
président de l’Organisme des assurances sociales. Mais les
grévistes, qui en ont assez des promesses du gouvernement,
refusent ces arguments et assurent poursuivre le parcours du
combattant jusqu’à obtenir gain de cause.
Marianne Youssef