Coopération. Marc Lavergne, nouveau
directeur du Cedej, expose le programme en direction du monde des affaires
qu’il met en place avec l’IRD, autre institution française de recherche en
Egypte. Une approche originale qui vise au développement des entreprises
françaises comme égyptiennes, grâce aux connaissances pluridisciplinaires
accumulées au fil des années par les deux organismes.
« Notre démarche s’inscrit dans le
cadre de l’Union pour la Méditerranée »
Al-Ahram Hebdo : Le Cedej, organisme de
recherche, développe un programme pour les entreprises. Pouvez-vous nous
expliquer les raisons d’une telle orientation ?
Marc Lavergne : Le Cedej a une mission qui n’est pas seulement de
recherche et de formation de jeunes Français, étrangers ou Egyptiens dans le
domaine académique. Il a aussi une mission de coopération pour le
développement. Les résultats de nos recherches, qui sont acquis, doivent être
mis à la disposition d’un large public, et en particulier à celle des
entreprises dont les responsables expatriés ne possèdent pas forcément toutes
les informations relatives au milieu dans lequel ils évoluent. L’idée de ce
programme est alors de rapprocher en Egypte les chercheurs et les hommes
d’affaires, égyptiens et français, qui ne sont peut-être pas conscients de
l’intérêt existant à mieux comprendre le système dans lequel ils évoluent au
sens le plus concret.
— Mais les chercheurs sont-ils assez en
prise avec les réalités pratiques de la vie économique égyptienne ?
— Bien
sûr, nous ne sommes pas dans une tour d’ivoire. Notre travail implique des
liens étroits avec la société, avec l’économie égyptienne. C’est pourquoi nous
voulons aussi développer nos interactions avec les milieux d’affaires français
comme égyptiens. L’Egypte est en période de bouleversements économiques et
sociaux, et je pense que le Cedej et l’IRD (Institut de Recherche pour le
Développement), avec qui ce programme est développé, apportent la compréhension
de ces changements.
— Ce nouveau programme du CEDEJ
comble-t-il vraiment un vide ?
— Oui,
car nous proposons une compréhension large de l’environnement égyptien, ce que
personne d’autre ne fait ici. Il peut s’agir de la conception du travail, de
celles de la discipline ou de la hiérarchie. Je constate que certains cadres
français ont besoin de comprendre le fonctionnement de l’administration
égyptienne et de ses composantes. Plus globalement encore, il existe un intérêt
à comprendre la société égyptienne, ses préoccupations d’aujourd’hui. Nous nous
inscrivons donc plus dans le long terme, pour cerner, voire anticiper, les
problèmes qu’une entreprise peut ou pourra rencontrer. Nous avons cette chance,
au Cedej comme à l’IRD, de posséder un vivier d’experts qui peut aider les
entreprises à mieux fonctionner.
— Même si vous évoquez l’aspect de la
coopération, ne craignez-vous pas que la mission du Cedej se retrouve à long
terme dénaturée ?
—
Comme je l’ai dit plus haut, l’une des missions du Cedej est de former des
jeunes chercheurs, et de produire de la connaissance scientifique. Cette
vocation ne peut se comprendre que par son prolongement qui est la diffusion,
la valorisation et la vulgarisation. Il en a toujours été ainsi, par le biais
des publications, des communications scientifiques destinées au grand public. Ce
n’est pas d’hier que les chercheurs sont sollicités par les médias pour
éclairer l’actualité, par exemple. Notre projet est de toucher un public
nouveau et de répondre à ses besoins spécifiques. Mais cela n’influe en rien
sur la mission initiale du Cedej, à mon sens. Cela ne devrait que renforcer la
démonstration, si besoin est, de l’utilité sociale d’institutions publiques
comme le Cedej.
— Vos prestations seront payantes. N’y
a-t-il pas ainsi un risque que le Cedej se retrouve financièrement dépendant
des entreprises ?
— Je
pourrais vous répondre sur le ton de la plaisanterie que ce serait plus un
espoir qu’un risque ! On pourrait certes considérer qu’il y aurait un risque à
soumettre les travaux des chercheurs aux préoccupations exclusives des
entreprises. Mais même dans ce cas, l’intérêt des entreprises peut coïncider
avec une démarche de chercheur en sciences sociales et humaines, en droit, en
économie, en sciences politiques … Il est aujourd’hui souhaitable, pour le
développement de nos instituts de recherche à l’étranger, que leur financement
public soit complété par des partenariats, des mécénats venant du secteur
privé. Mais au-delà de l’aspect financier des choses, je crois que cette
coopération est bénéfique en ce qu’elle manifeste une meilleure compréhension
des intérêts communs, qu’elle peut ouvrir des horizons nouveaux en termes de
ressources humaines et de carrière et qu’elle est un facteur de développement
économique d’une manière générale.
— Concrètement, que proposez-vous aux
entreprises ?
— Les
prestations que nous proposons sont en fait très variées. Elles peuvent
comprendre des actions de formation ou des services très personnalisés, car
certaines questions demandent une véritable expertise dans le domaine juridique
comme économique. Il peut également s’agir d’organiser des conférences sur un
thème particulier. Toutes ces actions sont organisées de manière à ne pas
perturber l’activité professionnelle des responsables d’entreprise, déjà très
chargée.
— Diriez-vous que ce programme
s’intègre dans le projet de l’Union pour la Méditerranée ?
— Tout
à fait, notre démarche peut se comprendre dans le cadre plus large du projet
Union pour la Méditerranée, lancé à Paris en juillet dernier. Elle vise en
effet à aider les milieux d’affaires des deux côtés à identifier les priorités,
les préoccupations et éventuellement les réticences de chacun pour accompagner
l’application de ce grand projet. C’est pourquoi nous encourageons vivement les
entreprises à prendre contact avec nous et à nous exprimer leurs
préoccupations. Il est également possible d’intégrer ces entreprises à nos
recherches en cours.
Propos recueillis par Taïmour Hubert