Egypte-Liban.
Les travailleurs égyptiens dans le pays du Cèdre sont
enfin soulagés : ils sont exemptés de cotisation au fonds de
sécurité sociale. Une mesure qui s’appliquera réciproquement
aux Libanais en Egypte.
Un statut difficile régularisé
C’est
le dimanche 2 novembre. Un jour de congé. Une dizaine de
travailleurs égyptiens au Liban sont regroupés devant leur
ambassade à Beyrouth. Ils sont en train de lire un texte
affiché à l’entrée sur la conclusion d’un accord entre l’Egypte
et le Liban, au sujet de leurs permis de travail. C’est au
Caire, le vendredi 31 octobre qu’il a été signé par les deux
premiers ministres égyptien et libanais, Ahmad Nazif et
Fouad Siniora. La nouvelle s’est vite répandue, et aussitôt
d’autres travailleurs égyptiens rejoindront la foule.
Un air de soulagement règne. L’accord comprend l’exemption
des travailleurs de part et d’autre de leur cotisation à la
sécurité sociale. Des frais qui devraient s’élever à 50
dollars par mois. « C’est une somme énorme si l’on prend en
considération que le travailleur égyptien obtient en moyenne
300 dollars par mois, dont une partie doit être transférée à
sa famille en Egypte », explique Mohamad Chiha, conseiller
ouvrier auprès de l’ambassade. Et de raconter que
l’ambassade a hébergé deux sit-in ouvriers, qui se sont
déclenchés, à partir du 18 octobre dernier, suite à la
décision du ministre du Travail libanais Mohamad Feneiche,
de mettre en vigueur une loi approuvée depuis 1963. Cette
loi stipule que les travailleurs étrangers doivent cotiser
aux fonds de sécurité sociale, sinon leurs permis de travail
ne seront pas renouvelés.
La loi touche donc une trentaine de milliers d’Egyptiens qui
travaillent légalement au Liban. En théorie, la loi stipule
que c’est l’employeur (kafil ou garant) qui doit payer cette
somme, c’est ce qui explique que Feneiche, en première
réaction, ne voulait pas se plier aux demandes des Egyptiens,
« puisque la loi ne les concerne pas ». Cependant, en
réalité, le kafil est un statut qui offre à l’employeur, qui
recrute des travailleurs étrangers, des privilèges qui
portent atteinte à leurs droits civiques. C’est pourquoi ce
système est condamné par l’Organisation mondiale du travail.
Mais ce système très critiqué est toujours appliqué dans
plusieurs pays arabes, comme l’Arabie saoudite, les Emirats
arabes unis ou encore le Liban. C’est ainsi que l’employeur
libanais a pratiquement le droit de refuser de payer cette
somme, faisant risquer à l’employé de voir retirer son
autorisation de travail, ce qui l’oblige finalement
d’assumer lui-même ces frais.
Feneiche, lors d’une rencontre avec les responsables de
l’ambassade égyptienne, avait présenté deux propositions :
changer la loi, par le biais du Parlement, ou bien signer un
accord entre les deux pays, une formule qui a une puissance
plus grande que la loi locale, explique une source
égyptienne bien informée, qui a requis l’anonymat.
La seconde proposition sonnait mieux. Le vendredi 31 octobre
était la date prévue de la réunion du Haut Comité
égypto-libanais au Caire, présidé par les deux premiers
ministres. Sur l’agenda figurait une dizaine de demandes
libanaises, avec en tête deux accords pour importer du gaz
liquide, à partir de l’Egypte, et de l’électricité
égyptienne qui sera transmise par le réseau arabe commun. «
La coopération entre les deux pays dans le domaine de
l’électricité remonte aux années 1990 pendant la période de
reconstruction du Liban. L’Egypte a contribué au
réaménagement des stations d’électricité libanaises,
démolies par la guerre civile », raconte Helmi Echra,
conseiller médiatique à l’ambassade. Dernièrement, quand
Feneiche était ministre de l’Electricité, l’Egypte a
reconstruit plusieurs centrales, suite à l’agression
israélienne de 2005, comme cadeau au gouvernement libanais.
Bref, l’Egypte dispose des cartes de pression pas à
négliger. La partie égyptienne a réussi ainsi à mettre la
question des travailleurs égyptiens comme une priorité sur
l’agenda.
D’autant plus que les Libanais qui travaillent en Egypte ne
payent pas d’assurances sociales. D’ailleurs, le traitement
des travailleurs de part et d’autre n’était pas égal. Par
exemple, le président de la banque Audi en Egypte ne paie
que 40 dollars par an pour son permis de travail et sa carte
de résidence, « alors qu’un ouvrier égyptien au Liban doit
payer 2 500 dollars par an pour les deux cartes », explique
Mohamad Chiha. Pire encore, les Egyptiens sont les plus
concernés par la loi. Puisque cette dernière a exempté la
main-d’œuvre étrangère dans le secteur agricole et celle
dans les services à domicile. La première est surtout
syrienne et la seconde vient des pays asiatiques. Enfin,
l’Association des industriels était elle aussi contre la
loi, puisque les propriétaires des usines qui emploient des
étrangers, seront obligés de s’acquitter de la part de
chacun. Ce qui élève en gros les coûts de production, et
rend leurs produits moins compétents sur le marché.
Maher Meqled (avec Salma Hussein)