Caucase.
L’influence russe s’intensifie auprès de ses voisins de la
mer Caspienne : accords de paix entre Arménie et
Azerbaïdjan, intervention militaire en Géorgie,
assainissement de la vendetta ingouche …
Que
cherche Moscou dans cette région ?
Ambitions moscovites
La
russie ne cache pas ses ambitions caucasiennes. Son
président, Dmitri Medvedev, a signé avec ses homologues
azerbaïdjanais et arménien un accord prévoyant le règlement
du conflit du Nagorny Karabakh. Ce territoire oppose Arménie
et Azerbaïdjan depuis le début des années 1990. Les
présidents respectifs des deux pays, Serge Sarkissian et
Ilham Aliev, se sont donc rendus à la propriété du président
russe, Barvikha, auprès de Moscou, dimanche dernier. Ils y
ont signé un accord chargeant les ministres des Affaires
étrangères d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Russie de négocier
le statut du Nagorny Karabakh en coopération avec le Groupe
de Minsk. Ce dernier est une cellule réunissant les
Etats-Unis, la France et la Russie sous l’égide de
l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe
(OSCE). Il s’agit « d’assainir la situation dans le Caucase
du sud et d’y rétablir la stabilité et la sécurité par un
règlement politique du conflit au Nagorny Karabakh, sur la
base des normes du droit international », selon M. Medvedev.
Le
territoire en question regroupe 150 000 habitants, en
majorité arméniens. La guerre civile, terminée par un
cessez-le-feu en 1994, a laissé le pouvoir de facto aux
forces arméniennes indépendantistes, alors que le Nagorny
Karabakh est officiellement azerbaïdjanais. Aucun accord n’a
été établi depuis.
La
Russie joue ostensiblement la carte de la légalité dans le
règlement du conflit. Son intervention militaire unilatérale
en Géorgie lui étant toujours reprochée, Dmitri Medvedev
aimerait aplanir la situation politique du Caucase par la
norme. En effet, les indépendances de l’Ossétie du Sud et de
l’Abkhazie, grâce aux forces militaires russes, n’ont pas
porté tous les fruits escomptés. D’abord parce qu’elles sont
à peine effectives aux yeux de la communauté internationale
: seuls le Nicaragua et la Russie les ont reconnues. Ensuite,
parce que l’activité caucasienne, depuis l’été dernier, a
été rythmée d’interventions occidentales. Aslan Abachidze,
professeur de l’Institut des relations internationales de
Moscou (MGUIMO), explique que « c’est la troisième force qui
est gagnante : l’Otan et les Etats-Unis. L’Alliance va
automatiquement recevoir la possibilité d’installer des
bases militaires en Géorgie à proximité des frontières avec
la Russie ». D’autant plus que des accords d’amitié et de
coopération entre Russie, Ossétie du Sud et Abkhazie ont été
ratifiés par la Douma, à l’unanimité, le 29 octobre dernier.
Premier projet : l’installation de 7 600 soldats russes dans
les trois bases militaires prévues au sein des deux nouveaux
pays.
Dernier
indice de la mobilisation russe autour du Caucase :
l’Ingouchie. Cette république de la Fédération russe vient
de changer de président, Moscou ayant nommé un ancien
officier parachutiste pour remplacer Mourat Ziazikov. Ce
dernier peinait à calmer le jeu des indépendantistes
ingouches, qui menacent l’autorité d’une rébellion aux
accents islamistes. Iounous-Bek Evkourov, le remplaçant, est
donc chargé d’assainir la situation, ne serait-ce que pour
montrer aux voisins du Caucase que la Russie est l’acteur à
privilégier pour le contrôle de la région.
Le
Caucase a toujours été un carrefour entre l’Orient et
l’Occident. Ses nombreuses ressources naturelles, notamment
dans la Caspienne, intéressent aujourd’hui toutes les
puissances. Pour la Russie, intensifier l’activité
diplomatique dans cette région est vital. La guerre de
Géorgie a rompu l’avantageux équilibre qui y régnait
auparavant. Si le Kremlin reste l’autorité la plus influente
et la plus compétente pour peser sur le Caucase, les liens
avec ses voisins sont fragiles. L’Azerbaïdjan, avec son
président, récemment réélu Ilham Aliev, continue à jouer les
équilibristes entre l’Europe et Moscou. Ses hydrocarbures
partent majoritairement vers les marchés européens.
L’Arménie, quant à elle, bénéficie d’une importante diaspora
aux Etats-Unis. Autant de menaces pour la puissance russe
dont les rapports avec ses anciens satellites sont toujours
ambigus.
Vincent Fortin