Cinéma.
La troisième édition de la Caravane des films euro-arabes,
tenue du 26 au 30 octobre au Caire, a rendu un hommage
particulier au cinéma documentaire et aux courts métrages.
Bilan.
Une caravane, plusieurs succès
Au
bout de cinq jours de projections, de discussions et de
rencontres entre cinéphiles arabes et européens, le bilan de
cette troisième visite de la Caravane du cinéma euro-arabe
pour Le Caire s’avère déjà remarquable. Après le succès des
deux précédentes éditions de la Caravane des courts métrages
et des documentaires, la troisième édition a mis la barre
très haut, notamment en faisant le choix d’une programmation
exigeante et diversifiée. Le public a pu partir à la
découverte du court métrage et du genre documentaire encore
méconnu, à travers une programmation très variée.
Celle-ci avait trois fils directeurs, les films occidentaux
racontant des histoires du Sud « Histoires du Sud, visions
du Nord », la diversité de la société méditerranéenne «
Monde d’espoir et de souffrance » et le rassemblement des
expériences signées par les jeunes cinéastes « Jeunes focus
», mais tout s’est rassemblé naturellement autour de la
force et de la richesse humaines et culturelles des peuples
méditerranéens et de leurs cinéastes.
« Les œuvres présentées cette année reflètent l’évolution de
ces deux genres cinématographiques qui ont souvent été
inexplorés, à travers des projections qui présentent
l’émancipation des réalisateurs méditerranéens pour affirmer
un cinéma documentaire assez mûr », souligne Youssef Rachad,
critique syrien.
Parrainé par l’Union européenne, ce rendez-vous
cinématographique vise à renforcer la coopération
audiovisuelle et culturelle entre les pays des deux rives de
la Méditerranée.
Regroupant de nombreuses révélations et certaines œuvres
majeures, la Caravane est restée fidèle à sa recherche pour
les cinémas différents et sérieux. Sa ligne artistique s’est
resserrée. La Caravane a programmé un nombre plus limité de
films, laissant plus de place au débat.
Les séances ont ponctué en fait cette manifestation afin de
faire découvrir au grand public le parcours de cinéastes en
devenir ou confirmés depuis leurs premiers pas dans le court
métrage ou leurs essais documentaires.
A commencer par le long documentaire de l’ouverture :
Durakovo, le village des fous du Français Nino Kirtadwe.
Le cinéaste y a présenté un modèle de « démocratie dirigée
», un concept en vogue dans la Russie de Vladimir Poutine, à
travers ce village Durakovo, à une centaine de kilomètres de
Moscou. Homme d’affaires ayant fait fortune, le héros du
film, Morozov, chrétien orthodoxe convaincu, a créé une
micro-société placée sous ce qu’il appelle « l’autorité de
Dieu », fonctionnant sur un modèle quasi féodal, hérité de
l’époque des tsars. Il règne alors en maître sur le village
de Durakovo, littéralement « le village des fous » en russe.
Y viennent ceux, souvent jeunes, qui souhaitent rompre avec
la vie moderne et ses tentations, l’alcool ou la drogue, et
aspirent à une discipline de fer. « L’humeur paraissait
cette année aux films engagés, tant sociaux que politiques,
n’hésitant pas à jouer de la séduction des images pour faire
passer les messages les plus enragés », souligne le critique
syrien.
Le court métrage égyptien figurait en bonne place avec trois
œuvres assez innovantes : à savoir Lawn al-haya (couleur de
la vie) de Emad Mabrouk, Carte chahn bi achra guéneih (carte
de recharge de 10 L.E.) d’Al-Zamakhchari Abdallah et Kan
yama kan (il était une fois) de Chadi Al-Anani. Trois façons
de filmer et de voir les choses. Trois réalisateurs. Enfin,
trois angles d’attaque et d’expériences diverses dans le
milieu cinématographique, cependant liés par une seule
passion, l’amour de l’image et de la réalisation.
D’après sa trajectoire, la Caravane du cinéma euro-arabe
veut désormais étendre son festival à tous les pays
méditerranéens, invitant ainsi chaque année un pays du
pourtour de la Méditerranée. Et c’est la Palestine qui
prenait cette année la marche. Parmi les grands moments qui
ont marqué la programmation de la Caravane, était une
journée spéciale dédiée à la Palestine et animée par le
cinéaste palestinien Aouni Lababidi.
« Dans les festivals dédiés au court métrage, les
documentaires peinent à trouver l’intérêt qu’ils méritent,
puisque la fiction y règne de manière quasi hégémonique,
tandis qu’ils manquent de visibilité dans les festivals de
documentaire, où les courts métrages attirent l’attention »,
indique Lababidi.
Un parti pris qui, selon les programmateurs, se retrouvait
dans pas mal de films présentés cette année. Pendant ces
cinq journées, on a réussi à aller directement au but :
discuter profondément et objectivement tous les problèmes et
rêves ayant trait aux documentaires et courts métrages.
A travers un débat ouvert, documentaristes et jeunes
cinéastes ont souligné encore une fois que le film
documentaire est souvent considéré comme un sous-produit,
alors qu’il doit également s’agir de films d’auteur. Selon
eux, il faut mettre en place des programmes et des
événements autour de ces films, ne pas se limiter à leur
simple diffusion et aller plus loin en créant de vraies
rencontres.
« Notre objectif était de présenter des films qui trouvent
un écho dans le travail quotidien des associations les plus
actives de la société civile méditerranéenne. Et les séances
étaient l’occasion de débats animés par des personnalités
reconnues pour leurs compétences dans les sujets abordés »,
précisent les responsables de la société Semat,
organisatrice de cet événement.
Yasser Moheb