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 Semaine du 26 novembre au 3 décembre 2008, numéro 742

 

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Sports

CAF. A l’encontre de tous les pronostics, le Club sportif sfaxien a remporté la coupe, évinçant son rival l’Etoile du Sahel.

Sfax pour la troisième fois

Pour la deuxième année consécutive, le Club Sportif Sfaxien (CSS) remporte la coupe de la CAF après avoir obtenu, à Sousse, un méritoire résultat de parité (2-2) à l’issue d’une finale retour tuniso-tunisienne qui l’a opposé à l’Etoile Sportive du Sahel (ESS).

Les Sfaxiens ont certainement retenu la leçon, d’il y a deux ans, reçue d’Ahli d’Egypte. Ils pensaient alors avoir réalisé l’essentiel en arrachant le nul (1-1) au Caire, devant 80 000 supporters. Lors du match retour, alors qu’ils se préparaient à faire la fête, ils ont dû déchanter chez eux en s’inclinant par 0-1. La coupe quittait la Tunisie pour prendre l’avion en direction du Caire.

Rira bien qui rira le dernier, dit le dicton. Malgré le match nul qu’il a fait chez lui au match aller, le CSS n’a pas baissé les bras et a créé la surprise au retour à Sousse même, déjouant tous les pronostics, favorables à l’Etoile.

Réalisant un début de match en fanfare, le CSS se met d’emblée dans le sens de la marche en ouvrant le score après moins de 2 minutes de jeu par le Ghanéen Agyemang Opoko. Ce dernier parvenait à prendre de vitesse Béjaoui pour surprendre le gardien Mathlouthi dans un trou de souris. Ce but a eu pour effet de débrider rapidement les débats entre deux équipes qui se présentèrent en 4-4-2. Blaise Koissy et Agyemang Opoko étaient les deux fers de lance du CSS, alors que l’Etoile a aligné en pointe Tarek Ziadi et Emeka Opara. On était rentré rapidement dans le vif du sujet. Avec un milieu de terrain constitué de trois récupérateurs, à savoir Haythem Mrabet, Chadi Hammami ainsi que Souma Nabi et, un cran au-dessus (tantôt à droite, tantôt à gauche), à la manœuvre, Abdelkrim Nafti, le CSS quadrille bien le terrain et dirige à sa convenance l’aire de jeu.

« Ce but précoce nous a donné une bonne dose de confiance », remarque Ghazi Ghraïri, entraîneur du CSS. Et d’ajouter : « Nous avons raté un deuxième but facile en première mi-temps. A la reprise, mes joueurs étaient décidés à oublier le score favorable pour aller chercher un second but. Ce fut chose faite ».

La volonté des joueurs de l’Etoile de revenir rapidement dans le match existait, mais l’équipe était à court d’arguments, notamment dans un secteur aussi névralgique que le milieu de terrain. Du coup, l’attaque sahélienne devenait aphone, surtout que l’arrière-garde abusait des longues balles que le « petit » Ziadi ne pouvait négocier face aux gabarits de Rouid et Merdassi. Emeka se débattait seul face à une défense vigilante, en vain.

Et comme si cela ne suffisait pas, en plus de l’international Nafkha suspendu, l’Etoile perdait avant la pause son arrière droit, Souhail Berradhia blessé.

Cela n’empêche pas les Etoilés de débuter la deuxième mi-temps avec un autre état d’esprit, ratant deux occasions d’égaliser par Ayman Abdelnour. Au moment où ceux-ci cherchaient le but d’égalisation, Opoko au bout d’une course folle de 50 mètres, sert d’un talonnage à Abdelkarim Nafti, qui dribble le gardien de l’ESS, à 17 minutes de la fin de la partie pour asséner un K.-O à l’Etoile.

L’euphorie qui s’installe dans le camp sfaxien, à ce moment précis, engendre un relâchement au niveau de la concentration, ce que Emeka Opara, l’avant de l’ESS, ne manqua pas de mettre à profit en réduisant immédiatement le score. Le CSS n’avait même pas le temps de reprendre ses esprits qu’Ayman Abdelnour remettait à la 78e minute le second but.

« Après notre deuxième but, nous avons senti que le match était terminé et que nous avions déjà gagné. Nous étions en pleine joie et avions perdu la concentration. C’est pour cette raison que nous avons encaissé deux buts en moins de 4 minutes », explique la star sfaxienne, Abdelkrim Nafti. Et de préciser : « Nous aurions tout perdu si nous n’étions pas revenus rapidement dans le match ».

L’Etoile pourra toujours regretter que l’arbitre seychellois Eddy Maillet n’ait pas sifflé un penalty évident dans les arrêts de jeu pour que le match se termine sur le score de (2-2) et la coupe de la CAF quitte Sousse avec le CSS en direction de Sfax.

De son côté, Hervé Gauthier, entraîneur de l’Etoile, ne fait même pas allusion à la prestation de l’arbitre qui fait partie intégrante du jeu. Il revient sur le match pour dire que « le facteur vent a gêné les deux équipes notamment l’Etoile, qui devait prendre le jeu à son compte pour gagner. Le CSS a marqué trop vite et cela a perturbé mes joueurs qui ont tenté de rectifier le tir en deuxième mi-temps. Malheureusement, les réajustements techniques n’ont rien donné. Le premier but des Sfaxiens a fragilisé l’édifice. A un quart d’heure de la fin, nous avons pu marquer à deux reprises, mais c’était trop tard ».

Avec cette victoire, le CSS remporte la coupe de la CAF pour la troisième fois de son histoire (1998, 2007 et 2008) et rencontrera Ahli en Supercoupe d’Afrique le 6 février 2009 au Caire. La désillusion est grande pour l’Etoile du Sahel qui perd sa première finale africaine à domicile. La ville de Sousse n’a jamais vécu une soirée aussi triste !

Amr Moheb


 

La Tunisie en noir et blanc

« Da mech normal … Da mech normal … Rebehna wahda wahda el finale » (ce n’est pas normal, nous avons remporté doucement la finale), scandent les dizaines de supporters qui ont envahi la rue centrale du quartier Al-Manar, cité résidentielle au nord de Tunis, où réside une importante communauté de Sfaxiens veillant tard dans la nuit.

Vélos, motos et voitures sillonnent la ville pour faire la fête et pour accueillir leurs héros. Fumigènes, drapeaux, tambours, youyous, danses, tout y passe. Même à Tunis, le quartier d’Al-Manar, connu pour ses restaurants et ses cafétérias, est partiellement couvert de drapeaux noirs et blancs, couleurs du Club sportif sfaxien.

La majorité des clients des restaurants sont ce soir des Sfaxiens, sortis fêter la victoire de leur club. Sur la terrasse d’une cafétéria, Hadj Béchir, président d’une des nombreuses associations « non officielles » des amoureux du CSS, le cou entouré d’une grande banderole en noir et blanc où est écrit « Fier d’être Sfaxien », assure qu’il n’y a plus de supporters plus fidèles que les Sfaxiens. Il explique : « L’amour du CSS est une culture chez nous. Nous l’héritons d’une génération à l’autre. Mon père était tellement fidèle au CSS qu’il m’a choisi le prénom de Béchir, celui du fondateur de cette association ».

Et d’enchaîner avec son groupe de supporters « Ay ay ay ay ya Sfaxsiya !!! » (refrain des supporters du CSS) puis « Sfax ya daoula ». C’est que le CSS est une patrie dans la patrie.

« Géographiquement, le Club sportif sfaxien est le club phare du sud du pays. A Sfax, on respire le football. Chaque petit patelin a son club, mais tous gravitent autour du satellite principal, le CSS », explique Mohamad Saleh Moustafa, journaliste tunisien. Il est l’un des plus anciens clubs en Afrique. Il a été fondé en 1912 avant d’être dissous par l’occupant français. Il reverra le jour le 28 mai 1928 sous l’appellation de Club tunisien, grâce notamment au journaliste Zouheir Ayadi. Les couleurs du club étaient alors le vert et le rouge. Ce n’est qu’en 1962 que le club change son nom en Club sportif sfaxien avec les couleurs noir et blanc. D’où le surnom de Juve (prestigieux club italien) de Tunisie.

 

Mission impossible

Pour la finale, les fans étaient conscients de l’énormité de la tâche qui attendait leur équipe. Reste qu’impossible ne fait pas partie du dictionnaire des supporters sfaxiens. Il faut y croire. A cœur vaillant, rien n’est impossible. Et, ils étaient là pour faire face aux nombreux « diables rouges » de l’Etoile, de surcroît dans leur antre. « Nous avons été très mal reçus par les Etoilés, mais nous ne regrettons pas d’y être allés », explique Ridha, membre de l’association de Hadj Béchir, qui poursuit : « A Sfax, on parle de cette finale depuis plus de 10 jours. Tel joueur revient de blessure, un autre est dans le doute pour insuffisance de rendement, l’attaque du CSS fait preuve de mutisme depuis trois journées ».

Bref, les commentaires sont allés bon train, aux cafés, dans les bureaux, à l’école, au lycée, à l’université et même dans la maison. C’est l’effervescence qui précède ces grands événements sportifs.

Pour un événement spécial, comportement spécial. Les inconditionnels étaient prêts à casser leur tirelire pour obtenir le précieux billet. Qu’importe le prix. Le marché noir a fonctionné comme d’habitude à l’occasion de ces rencontres qui marquent l’histoire. Relativement, ils sont venus nombreux de Sfax pour soutenir leur équipe. 2 000 supporters bariolés, peut-être un peu plus, ont pris place sur les gradins. Les Black and White Fighters, les ultra-sfaxiens, le groupe des soccios, dernier-né à l’occasion des festivités marquant le 80e anniversaire du CSS, au printemps dernier.

Le chiffre peut sembler dérisoire, mais c’est que la capacité du stade de Sousse ne dépasse pas les 28 000 places et la demande est si importante. Environ 2 000 (ils auraient pu être 20 000) qui n’ont jamais cessé d’y croire, en dépit de la parité du match aller à domicile. Ces inconditionnels ne sont pas venus pour voir leur équipe se faire dépecer par une équipe sahélienne ayant joué 33 matchs à domicile sans en perdre aucun. En outre, l’Etoile n’a jamais perdu une finale africaine à Sousse.

D’après les analyses, toute cette effervescence tombera d’un cran dans quelques jours et, en grand club qu’il est, le CSS lorgnera de nouveau vers l’avenir, vers Ahli d’Egypte, qui sera son prochain adversaire en Supercoupe (le 6 février 2009 au Caire). Un gros morceau en perspective. Ridha se rappelle le jour où Ahli avait battu le Sfaxien en finale de la Ligue des champions d’Afrique. « C’était une journée noire » pour toute la ville de Sfax. Ridha assure que « depuis ce jour, tous les Sfaxiens sont devenus des fans zamalkaouis. Maintenant, l’heure est venue pour que nous prenions notre revanche contre Ahli. Nous avons déjà préparé des chansons spéciales pour ce match surtout qu’il y aura un grand nombre de supporters qui vont faire le déplacement en Egypte, afin de ramener la coupe et rendre la monnaie de sa pièce à Ahli ».

A.M.

 

 

 




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