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CAF.
A l’encontre de tous les pronostics, le Club sportif sfaxien
a remporté la coupe, évinçant son rival l’Etoile du Sahel.
Sfax pour la troisième fois
Pour
la deuxième année consécutive, le Club Sportif Sfaxien (CSS)
remporte la coupe de la CAF après avoir obtenu, à Sousse, un
méritoire résultat de parité (2-2) à l’issue d’une finale
retour tuniso-tunisienne qui l’a opposé à l’Etoile Sportive
du Sahel (ESS).
Les Sfaxiens ont certainement retenu la leçon, d’il y a deux
ans, reçue d’Ahli d’Egypte. Ils pensaient alors avoir
réalisé l’essentiel en arrachant le nul (1-1) au Caire,
devant 80 000 supporters. Lors du match retour, alors qu’ils
se préparaient à faire la fête, ils ont dû déchanter chez
eux en s’inclinant par 0-1. La coupe quittait la Tunisie
pour prendre l’avion en direction du Caire.
Rira bien qui rira le dernier, dit le dicton. Malgré le
match nul qu’il a fait chez lui au match aller, le CSS n’a
pas baissé les bras et a créé la surprise au retour à Sousse
même, déjouant tous les pronostics, favorables à l’Etoile.
Réalisant un début de match en fanfare, le CSS se met
d’emblée dans le sens de la marche en ouvrant le score après
moins de 2 minutes de jeu par le Ghanéen Agyemang Opoko. Ce
dernier parvenait à prendre de vitesse Béjaoui pour
surprendre le gardien Mathlouthi dans un trou de souris. Ce
but a eu pour effet de débrider rapidement les débats entre
deux équipes qui se présentèrent en 4-4-2. Blaise Koissy et
Agyemang Opoko étaient les deux fers de lance du CSS, alors
que l’Etoile a aligné en pointe Tarek Ziadi et Emeka Opara.
On était rentré rapidement dans le vif du sujet. Avec un
milieu de terrain constitué de trois récupérateurs, à savoir
Haythem Mrabet, Chadi Hammami ainsi que Souma Nabi et, un
cran au-dessus (tantôt à droite, tantôt à gauche), à la
manœuvre, Abdelkrim Nafti, le CSS quadrille bien le terrain
et dirige à sa convenance l’aire de jeu.
« Ce but précoce nous a donné une bonne dose de confiance »,
remarque Ghazi Ghraïri, entraîneur du CSS. Et d’ajouter : «
Nous avons raté un deuxième but facile en première mi-temps.
A la reprise, mes joueurs étaient décidés à oublier le score
favorable pour aller chercher un second but. Ce fut chose
faite ».
La volonté des joueurs de l’Etoile de revenir rapidement
dans le match existait, mais l’équipe était à court
d’arguments, notamment dans un secteur aussi névralgique que
le milieu de terrain. Du coup, l’attaque sahélienne devenait
aphone, surtout que l’arrière-garde abusait des longues
balles que le « petit » Ziadi ne pouvait négocier face aux
gabarits de Rouid et Merdassi. Emeka se débattait seul face
à une défense vigilante, en vain.
Et comme si cela ne suffisait pas, en plus de
l’international Nafkha suspendu, l’Etoile perdait avant la
pause son arrière droit, Souhail Berradhia blessé.
Cela n’empêche pas les Etoilés de débuter la deuxième
mi-temps avec un autre état d’esprit, ratant deux occasions
d’égaliser par Ayman Abdelnour. Au moment où ceux-ci
cherchaient le but d’égalisation, Opoko au bout d’une course
folle de 50 mètres, sert d’un talonnage à Abdelkarim Nafti,
qui dribble le gardien de l’ESS, à 17 minutes de la fin de
la partie pour asséner un K.-O à l’Etoile.
L’euphorie qui s’installe dans le camp sfaxien, à ce moment
précis, engendre un relâchement au niveau de la
concentration, ce que Emeka Opara, l’avant de l’ESS, ne
manqua pas de mettre à profit en réduisant immédiatement le
score. Le CSS n’avait même pas le temps de reprendre ses
esprits qu’Ayman Abdelnour remettait à la 78e minute le
second but.
« Après notre deuxième but, nous avons senti que le match
était terminé et que nous avions déjà gagné. Nous étions en
pleine joie et avions perdu la concentration. C’est pour
cette raison que nous avons encaissé deux buts en moins de 4
minutes », explique la star sfaxienne, Abdelkrim Nafti. Et
de préciser : « Nous aurions tout perdu si nous n’étions pas
revenus rapidement dans le match ».
L’Etoile pourra toujours regretter que l’arbitre seychellois
Eddy Maillet n’ait pas sifflé un penalty évident dans les
arrêts de jeu pour que le match se termine sur le score de
(2-2) et la coupe de la CAF quitte Sousse avec le CSS en
direction de Sfax.
De son côté, Hervé Gauthier, entraîneur de l’Etoile, ne fait
même pas allusion à la prestation de l’arbitre qui fait
partie intégrante du jeu. Il revient sur le match pour dire
que « le facteur vent a gêné les deux équipes notamment l’Etoile,
qui devait prendre le jeu à son compte pour gagner. Le CSS a
marqué trop vite et cela a perturbé mes joueurs qui ont
tenté de rectifier le tir en deuxième mi-temps.
Malheureusement, les réajustements techniques n’ont rien
donné. Le premier but des Sfaxiens a fragilisé l’édifice. A
un quart d’heure de la fin, nous avons pu marquer à deux
reprises, mais c’était trop tard ».
Avec cette victoire, le CSS remporte la coupe de la CAF pour
la troisième fois de son histoire (1998, 2007 et 2008) et
rencontrera Ahli en Supercoupe d’Afrique le 6 février 2009
au Caire. La désillusion est grande pour l’Etoile du Sahel
qui perd sa première finale africaine à domicile. La ville
de Sousse n’a jamais vécu une soirée aussi triste !
Amr
Moheb
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La Tunisie en noir et blanc
« Da
mech normal … Da mech normal …
Rebehna wahda wahda el finale » (ce n’est pas normal, nous
avons remporté doucement la finale), scandent les dizaines
de supporters qui ont envahi la rue centrale du quartier
Al-Manar, cité résidentielle au nord de Tunis, où réside une
importante communauté de Sfaxiens veillant tard dans la
nuit.
Vélos, motos et voitures sillonnent la ville pour faire la
fête et pour accueillir leurs héros. Fumigènes, drapeaux,
tambours, youyous, danses, tout y passe. Même à Tunis, le
quartier d’Al-Manar, connu pour ses restaurants et ses
cafétérias, est partiellement couvert de drapeaux noirs et
blancs, couleurs du Club sportif sfaxien.
La majorité des clients des restaurants sont ce soir des
Sfaxiens, sortis fêter la victoire de leur club. Sur la
terrasse d’une cafétéria, Hadj Béchir, président d’une des
nombreuses associations « non officielles » des amoureux du
CSS, le cou entouré d’une grande banderole en noir et blanc
où est écrit « Fier d’être Sfaxien », assure qu’il n’y a
plus de supporters plus fidèles que les Sfaxiens. Il
explique : « L’amour du CSS est une culture chez nous. Nous
l’héritons d’une génération à l’autre. Mon père était
tellement fidèle au CSS qu’il m’a choisi le prénom de
Béchir, celui du fondateur de cette association ».
Et d’enchaîner avec son groupe de supporters « Ay ay ay ay
ya Sfaxsiya !!! » (refrain des supporters du CSS) puis «
Sfax ya daoula ». C’est que le CSS est une patrie dans la
patrie.
« Géographiquement, le Club sportif sfaxien est le club
phare du sud du pays. A Sfax, on respire le football. Chaque
petit patelin a son club, mais tous gravitent autour du
satellite principal, le CSS », explique Mohamad Saleh
Moustafa, journaliste tunisien. Il est l’un des plus anciens
clubs en Afrique. Il a été fondé en 1912 avant d’être
dissous par l’occupant français. Il reverra le jour le 28
mai 1928 sous l’appellation de Club tunisien, grâce
notamment au journaliste Zouheir Ayadi. Les couleurs du club
étaient alors le vert et le rouge. Ce n’est qu’en 1962 que
le club change son nom en Club sportif sfaxien avec les
couleurs noir et blanc. D’où le surnom de Juve (prestigieux
club italien) de Tunisie.
Mission impossible
Pour la finale, les fans étaient conscients de l’énormité de
la tâche qui attendait leur équipe. Reste qu’impossible ne
fait pas partie du dictionnaire des supporters sfaxiens. Il
faut y croire. A cœur vaillant, rien n’est impossible. Et,
ils étaient là pour faire face aux nombreux « diables rouges
» de l’Etoile, de surcroît dans leur antre. « Nous avons été
très mal reçus par les Etoilés, mais nous ne regrettons pas
d’y être allés », explique Ridha, membre de l’association de
Hadj Béchir, qui poursuit : « A Sfax, on parle de cette
finale depuis plus de 10 jours. Tel joueur revient de
blessure, un autre est dans le doute pour insuffisance de
rendement, l’attaque du CSS fait preuve de mutisme depuis
trois journées ».
Bref, les commentaires sont allés bon train, aux cafés, dans
les bureaux, à l’école, au lycée, à l’université et même
dans la maison. C’est l’effervescence qui précède ces grands
événements sportifs.
Pour un événement spécial, comportement spécial. Les
inconditionnels étaient prêts à casser leur tirelire pour
obtenir le précieux billet. Qu’importe le prix. Le marché
noir a fonctionné comme d’habitude à l’occasion de ces
rencontres qui marquent l’histoire. Relativement, ils sont
venus nombreux de Sfax pour soutenir leur équipe. 2 000
supporters bariolés, peut-être un peu plus, ont pris place
sur les gradins. Les Black and White Fighters, les
ultra-sfaxiens, le groupe des soccios, dernier-né à
l’occasion des festivités marquant le 80e anniversaire du
CSS, au printemps dernier.
Le chiffre peut sembler dérisoire, mais c’est que la
capacité du stade de Sousse ne dépasse pas les 28 000 places
et la demande est si importante. Environ 2 000 (ils auraient
pu être 20 000) qui n’ont jamais cessé d’y croire, en dépit
de la parité du match aller à domicile. Ces inconditionnels
ne sont pas venus pour voir leur équipe se faire dépecer par
une équipe sahélienne ayant joué 33 matchs à domicile sans
en perdre aucun. En outre, l’Etoile n’a jamais perdu une
finale africaine à Sousse.
D’après les analyses, toute cette effervescence tombera d’un
cran dans quelques jours et, en grand club qu’il est, le CSS
lorgnera de nouveau vers l’avenir, vers Ahli d’Egypte, qui
sera son prochain adversaire en Supercoupe (le 6 février
2009 au Caire). Un gros morceau en perspective. Ridha se
rappelle le jour où Ahli avait battu le Sfaxien en finale de
la Ligue des champions d’Afrique. « C’était une journée
noire » pour toute la ville de Sfax. Ridha assure que «
depuis ce jour, tous les Sfaxiens sont devenus des fans
zamalkaouis. Maintenant, l’heure est venue pour que nous
prenions notre revanche contre Ahli. Nous avons déjà préparé
des chansons spéciales pour ce match surtout qu’il y aura un
grand nombre de supporters qui vont faire le déplacement en
Egypte, afin de ramener la coupe et rendre la monnaie de sa
pièce à Ahli ».
A.M.
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