Piraterie
Devant l’explosion incontrôlable de la piraterie au
large de la Somalie et dans le golfe d’Aden, les pays
arabes riverains de la mer Rouge, réunis jeudi dernier
au Caire, se sont engagés à coopérer pour lutter contre
la menace des pirates somaliens, sans toutefois annoncer
de mesures concrètes. Pourtant, les enjeux économiques
sont énormes et le temps presse. L’Egypte redoute un
impact négatif de la piraterie sur le Canal de Suez, qui
lie la mer Rouge à la Méditerranée, les droits de
passage constituant la troisième source de revenus du
pays. Actuellement, 7,5 % du commerce mondial transite
par cette voie. Les pays arabes riverains de la mer
Rouge craignent un déroutement du trafic maritime par le
cap de Bonne-Espérance.
Défié par les pirates somaliens, le monde peine à
trouver la riposte : une démonstration de force navale
ou une opération coup de poing contre leurs repaires
seraient difficiles à monter et pas forcément efficaces.
Pourtant, l’Otan a envoyé fin octobre une flottille de
quatre navires de guerre croiser dans les parages, et
l’Union européenne doit prendre le relais le 8 décembre
avec cinq ou six bateaux assistés par des avions de
patrouille maritime. Des bateaux de nombreux pays
participent aussi déjà à la sécurisation d’une zone
vitale pour le commerce mondial. Entre 20 000 à 30 000
navires de commerce transitent chaque année par ce
secteur.
Mais le fait que les pirates aient déjà trouvé la parade
face à cette démonstration de force navale en capturant
un super pétrolier saoudien le Sirius Star, à 800 km au
large du Kenya, confirme la difficulté de la tâche.
Grâce à l’argent des rançons — déjà 100 millions de
dollars — les pirates ont accru leurs moyens, portant à
1 000 km leur rayon d’action. Le déploiement des armadas
internationales pourrait les pousser à porter leurs
attaques plus loin encore. Une vingtaine de navires,
même aidés d’avions de surveillance, seraient alors
incapables de surveiller ces milliers de kilomètres
carrés.
Devant cette situation, l’ambassadeur russe à l’Otan,
Dmitri Rogozine, a été le premier à évoquer
l’éventualité de l’envoi d’une force terrestre
internationale pour nettoyer la côte somalienne de ses
nids de pirates. Mais un militaire de l’Otan estime que
des actions ne suffiraient pas non plus à ramener à la
raison des pêcheurs poussés à se transformer en pirates
par la misère et l’insécurité dans un pays éclaté, en
proie depuis 1991 à la guerre civile. Nul doute que la
clé du problème se trouve en territoire somalien. Mais à
l’aune des expériences afghane, iraqienne et congolaise,
il faudrait du temps pour établir un Etat fort, sans
parler d’un Etat de droit, en Somalie. Or, le spectre de
l’intervention chaotique de 1993 en Somalie plane
toujours, et ni les Etats-Unis ni leurs alliés, déjà
débordés par les missions en cours dans le monde, ne
sont prêts à renouveler l’expérience.