Palestine.
La possible convocation d’élections générales anticipées de
la part du président palestinien et leur refus par le Hamas
laissent présager une recrudescence des tensions entre les
deux ailes du pouvoir.
L’entente de moins en moins possible
Volonté
de mettre fin aux luttes intestines entre le Fatah et le
Hamas ou un leurre visant à isoler davantage le mouvement
islamiste, et pourquoi pas s’en débarrasser une fois pour
toutes ? Ce sont les interrogations qui ont surgi quand le
président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbass a
évoqué son intention de convoquer des élections générales
anticipées début 2009 si des négociations d’unité n’étaient
pas ouvertes d’ici là entre le Fatah et le Hamas. M. Abbass,
qui s’exprimait à Ramallah devant le Comité Central de
l’Organisation de Libération de la Palestine (CCOLP), a
indiqué que ce scrutin viserait à renouveler non seulement
la présidence mais aussi le Parlement palestinien à majorité
Hamas. « Nous attendrons jusqu’au début de l’an prochain, et
si des pourparlers de réconciliation nationale n’ont pas
débuté, je prendrais un décret présidentiel appelant à ces
élections », a-t-il déclaré. Le chef de l’Autorité autonome
a déclaré devant la direction de l’Organisation de
libération de la Palestine, qu’il préside, qu’il prendrait
éventuellement un décret en ce sens début 2009. « Si le
dialogue avec le Hamas échoue, au début de l’an prochain,
j’appellerai à des élections présidentielles et législatives
simultanées », a-t-il dit, sans avancer de date. Les
élections pourraient avoir lieu 90 jours après la
publication de ce décret. Toutefois, M. Abbass a présenté au
vote du CCOPL un texte, basé sur une proposition égyptienne
d’accord, qui doit servir de point de départ à un nouveau
round de discussion avec le Hamas.
Le président palestinien a ainsi appelé à un « nouveau
dialogue sans condition » afin de réaliser « l’unité » des
Palestiniens, divisés politiquement et géographiquement
depuis la prise du pouvoir des islamistes dans la bande de
Gaza en juin 2007.
Le document, qu’il a lu devant les membres du CCOLP, prévoit
« la création d’un gouvernement provisoire accepté par
toutes les factions et respectant le programme de l’OLP »,
qui reconnaît Israël et a accepté le principe de deux Etats
israélien et palestinien vivant côte à côte. Il prévoit
aussi « la réforme des services de sécurité palestiniens »,
une question qui a provoqué de nombreux conflits entre le
Fatah, le mouvement de M. Abbass, et le Hamas.
Une nouvelle fois, M. Abbass a accusé le Hamas d’être
responsable de l’échec d’une rencontre au Caire, qui était
prévue début novembre, mais à laquelle le Hamas a refusé de
participer en raison d’arrestations de ses militants en
Cisjordanie. L’Egypte s’efforce vainement depuis des mois de
réconcilier les deux camps, qui se rejettent la
responsabilité de l’échec des discussions.
Manœuvre politique
L’organisation d’élections palestiniennes semble toutefois
peu probable, l’autorité du gouvernement modéré de Mahmoud
Abbass ne s’exerçant qu’en Cisjordanie depuis la prise de
contrôle de la bande de Gaza par le Hamas. Le mouvement
islamiste considère en outre que le mandat de M. Abbass
arrive à son terme le 9 janvier prochain, alors que
l’intéressé affirme disposer d’une année supplémentaire, la
présidentielle devant selon lui se tenir en même temps que
les législatives en janvier 2010.
Ce faisant, le Hamas a rejeté l’invitation de M. Abbass, y
voyant une manœuvre politique. « Cet appel reflète les
intentions réelles du président », a dénoncé Fawzi Barhoum,
porte-parole du Hamas à Gaza. « Il ne veut une
réconciliation nationale que pour prolonger son mandat.
Comme il ne peut y parvenir par la discussion, il essaie
d’atteindre son but par la pression en menaçant de convoquer
des élections ». Le Hamas voit en effet que convoquer des
élections anticipées équivaut à contourner la volonté des
Palestiniens et à leur nommer de nouveaux représentants dans
des circonstances anormales. Pour ce mouvement islamiste,
les élections anticipées sont un coup monté contre la
volonté palestinienne et un moyen d’évincer le Hamas de la
scène politique. Bien plus, Mahmoud Abbass n’a donné aucune
idée de la manière dont pourraient être organisées des
élections sur le territoire contrôlé par le Hamas ni
envisagé un boycott de la part du mouvement de la résistance
islamique.
Le Hamas a remporté les dernières élections législatives
palestiniennes de janvier 2006. Analystes et observateurs se
posent les questions suivantes : A supposer que des
élections soient organisées et que le Hamas décide au
dernier moment d’y participer et qu’il les gagne, la
position internationale à l’égard du Hamas changera-t-elle ?
Bien sûr que non. Et de plus qu’est-ce qui garantit que les
autres acteurs ne falsifient pas les résultats des élections
en Cisjordanie ? Tout le monde sait que le Hamas, Israël
n’en veut pas, les Etats-Unis non plus et l’Europe pas
davantage. Et si le Fatah gagne cette fois-ci la majorité,
le Hamas acceptera-t-il de bon cœur ce résultat ? Et que
peut présenter le Fatah au peuple ? La fin de l’occupation,
le droit de vivre en sécurité ? Israël n’a pas pris le
moindre engagement dans ce sens, et tout le monde le sait.
Dans ce chaos, le seul gagnant est Israël qui en profite
pour resserrer davantage l’étau autour des Palestiniens,
seul perdant. Outre les pénuries alimentaires qui frappent
750 000 Palestiniens, soit la moitié environ de la
population de la bande de Gaza, l’Office de secours et de
travaux des Nations-Unies pour les réfugiés de Palestine
(UNRWA) a fait savoir que, faute de liquidités, il ne
pourrait plus distribuer d’argent à 98 000 Gazaouis pauvres.
Rania
Adel