Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un pas décisif pour l’avenir du pays
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 novembre au 3 décembre 2008, numéro 742

 

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Iraq. Le Parlement devrait entériner ce mercredi l’accord américano-iraqien. Les députés chiites et kurdes qui soutiennent Maliki sont assez nombreux pour le faire adopter, mais le gouvernement œuvre à obtenir un plus large consensus. 

Un pas décisif pour l’avenir du pays 

C’est ce mercredi que le Parlement iraqien doit se prononcer sur l’accord signé la semaine dernière entre Bagdad et Washington et qui prévoit le retrait des forces américaines d’ici 2011. L’adoption du texte semble en bonne voie, même si les députés iraqiens ne s’entendent pas tous sur l’ensemble de ses articles. Pour être adopté, l’accord doit être approuvé par 138 voix sur 275. Pour l’heure, les voix acquises sont celles de deux groupes chiites, (58 sièges), ainsi que celles des chiites de l’Alliance unifiée iraqienne (85 députés). En revanche, les partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr (30 députés) se sont prononcés radicalement contre, de même que les chiites de Fadhila (15 députés), qui ont affiché leur hostilité. Deux autres groupes sunnites — le Front de la concorde (39 députés) et le Bloc arabe indépendant (8 sièges) — ont posé des conditions au premier ministre Nouri Al-Maliki, notamment la libération des prisonniers et une meilleure représentation des sunnites au gouvernement.

Si tout se passe comme prévu, l’accord sera donc adopté ce mercredi. Or, cela ne signifie en aucun cas la fin des maux des Iraqiens. Les discussions au Parlement, bien que la majorité semble être acquise, ne cachent pas les profondes divergences qui divisent les Iraqiens, une société profondément tribale où le communautarisme et le confessionnalisme sont mots d’ordre. Il s’agit donc pour chaque clan de séduire les siens pour apporter un soutien à l’accord actuellement en discussion. A cet égard en effet, le mouvement Sadr, qui a clairement affiché son opposition au texte dès la signature de l’accord la semaine dernière, a mobilisé ses partisans lors d’une manifestation vendredi dernier à Bagdad où il a rassemblé des milliers de chiites. « Si (les forces américaines) ne quittent pas le pays (...), je suis avec vous pour les faire sortir de la façon qui vous convient, du moins tant qu’elle n’est pas contraire à la religion », a affirmé Moqtada Sadr dans un message lu par un de ses lieutenants lors de la manifestation de vendredi. S’agit-il là d’une menace d’un recours à la force ? Il semblerait que oui vu que le mouvement Sadr est rendu responsable de nombreux actes de violence en Iraq.

Aussi, le climat reste tendu dans le pays. Après une certaine accalmie ces derniers mois, la violence a repris depuis qu’il est question de l’accord américano-iraqien. Trois attentats ont ainsi fait au moins 19 morts et 22 blessés lundi matin. Un engin piégé de forte puissance caché au bord d’une avenue a explosé au passage d’un autocar transportant des employés du ministère du Commerce dans un quartier de l’est de la capitale iraqienne. Moins d’une heure plus tard, un attentat suicide a été commis à l’une des entrées de la zone verte ultra-protégée du centre de Bagdad. C’est une femme dissimulant une bombe sous ses vêtements qui s’est fait exploser à l’extérieur de la zone verte, près de l’une des portes principales, à l’heure où de nombreux employés se pressaient pour aller travailler dans les administrations iraqiennes et les ambassades étrangères. Dans le même temps, un engin artisanal a explosé au passage d’une patrouille de la police à l’est de Bagdad.

 

Insécurité persistante

Or, que les forces américaines se retirent ou non, la question de la sécurité en Iraq reste préoccupante, d’autant plus qu’elle ne concerne pas l’Iraq uniquement. A ce sujet, les Etats-Unis ont appelé dimanche les voisins de l’Iraq à empêcher l’entrée de « terroristes » et de leurs armes dans ce pays, à l’occasion d’une réunion internationale à Damas sur la sécurité en Iraq. Cette réunion, qui s’est tenue moins d’un mois après un raid américain meurtrier mené en Syrie à partir de l’Iraq, a rassemblé notamment des représentants des pays voisins de l’Iraq et des cinq membres du Conseil de sécurité de l’Onu. Dans son communiqué final, la réunion a dénoncé « tous les actes terroristes visant l’Iraq et les pays voisins » et affirmé son « refus de l’utilisation du territoire de l’Iraq et de ceux des pays voisins comme le passage ou le point de départ d’actes terroristes qui menaceraient la sécurité et la stabilité de l’Iraq et de ses voisins ».

C’est dire que tout ce qui concerne l’Iraq ne concerne pas que l’Iraq. En effet, mettre un terme à l’instabilité dans ce pays ne peut se faire sans les pays voisins, dont le rôle s’est accru depuis la chute du régime de Saddam Hussein et qui ne peut être désormais ignoré.

D’où la crainte, pour certains, d’un retrait anticipé des forces américaines, susceptible d’engendrer encore plus de chaos dans le pays. C’est là l’avis du ministre iraqien de la Défense, qui a souligné samedi les dangers qu’entraînerait un retrait des forces américaines du pays avant la fin 2011, date prévue par l’accord de sécurité conclu avec Washington. Pour le général Abdel-Kader Djassim, un départ prématuré de l’armée américaine menacerait les exportations de pétrole iraqien, permettrait à des pays voisins d’empiéter sur le territoire national et laisserait le champ libre aux activités d’espionnage de toutes provenances. « Le délai fixé (par l’accord avec les Etats-Unis) nous laisse suffisamment de temps pour nous mettre au niveau dans les domaines de la formation, du combat et de la technique », a-t-il dit. Mais, a-t-il dit, « si nous chassons (les Américains) de façon soudaine, sans préparation, on aura vite affaire à la piraterie et notre potentiel d’exportation sera vraiment menacé ».

Cependant, Nouri Al-Maliki a déclaré dimanche que si le Parlement n’approuve pas l’accord de sécurité, Bagdad ne tentera pas de prolonger le mandat de l’Onu, qui expire le 31 décembre et qui justifie leur présence. Le premier ministre iraqien s’exprimait lors d’une conférence de presse après des entretiens à huis clos où le président Jalal Talabani et le premier ministre ont reçu des responsables politiques réservés au sujet du pacte. Mais les entretiens ont pris fin sans décision finale, a rapporté Hassan Al-Chimmari, chef du groupe parlementaire du parti chiite Fadhila, l’une des factions qui contestent l’accord. Pourtant, le premier ministre iraqien et plusieurs de ses ministres ont défendu avec ardeur le pacte, faisant valoir qu’il constitue pour le pays le plus sûr moyen de recouvrer sa souveraineté en s’épargnant le chaos sanglant des dernières années. Reste à savoir si les Iraqiens en sont convaincus, et si ce pacte évitera véritablement au pays de replonger dans le chaos.

Abir Taleb

 




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