Iraq.
Le Parlement devrait entériner ce mercredi l’accord
américano-iraqien. Les députés chiites et kurdes qui
soutiennent Maliki sont assez nombreux pour le faire
adopter, mais le gouvernement œuvre à obtenir un plus large
consensus.
Un pas décisif pour l’avenir du pays
C’est
ce mercredi que le Parlement iraqien doit se prononcer sur
l’accord signé la semaine dernière entre Bagdad et
Washington et qui prévoit le retrait des forces américaines
d’ici 2011. L’adoption du texte semble en bonne voie, même
si les députés iraqiens ne s’entendent pas tous sur
l’ensemble de ses articles. Pour être adopté, l’accord doit
être approuvé par 138 voix sur 275. Pour l’heure, les voix
acquises sont celles de deux groupes chiites, (58 sièges),
ainsi que celles des chiites de l’Alliance unifiée iraqienne
(85 députés). En revanche, les partisans du chef radical
chiite Moqtada Sadr (30 députés) se sont prononcés
radicalement contre, de même que les chiites de Fadhila (15
députés), qui ont affiché leur hostilité. Deux autres
groupes sunnites — le Front de la concorde (39 députés) et
le Bloc arabe indépendant (8 sièges) — ont posé des
conditions au premier ministre Nouri Al-Maliki, notamment la
libération des prisonniers et une meilleure représentation
des sunnites au gouvernement.
Si tout se passe comme prévu, l’accord sera donc adopté ce
mercredi. Or, cela ne signifie en aucun cas la fin des maux
des Iraqiens. Les discussions au Parlement, bien que la
majorité semble être acquise, ne cachent pas les profondes
divergences qui divisent les Iraqiens, une société
profondément tribale où le communautarisme et le
confessionnalisme sont mots d’ordre. Il s’agit donc pour
chaque clan de séduire les siens pour apporter un soutien à
l’accord actuellement en discussion. A cet égard en effet,
le mouvement Sadr, qui a clairement affiché son opposition
au texte dès la signature de l’accord la semaine dernière, a
mobilisé ses partisans lors d’une manifestation vendredi
dernier à Bagdad où il a rassemblé des milliers de chiites.
« Si (les forces américaines) ne quittent pas le pays (...),
je suis avec vous pour les faire sortir de la façon qui vous
convient, du moins tant qu’elle n’est pas contraire à la
religion », a affirmé Moqtada Sadr dans un message lu par un
de ses lieutenants lors de la manifestation de vendredi.
S’agit-il là d’une menace d’un recours à la force ? Il
semblerait que oui vu que le mouvement Sadr est rendu
responsable de nombreux actes de violence en Iraq.
Aussi, le climat reste tendu dans le pays. Après une
certaine accalmie ces derniers mois, la violence a repris
depuis qu’il est question de l’accord américano-iraqien.
Trois attentats ont ainsi fait au moins 19 morts et 22
blessés lundi matin. Un engin piégé de forte puissance caché
au bord d’une avenue a explosé au passage d’un autocar
transportant des employés du ministère du Commerce dans un
quartier de l’est de la capitale iraqienne. Moins d’une
heure plus tard, un attentat suicide a été commis à l’une
des entrées de la zone verte ultra-protégée du centre de
Bagdad. C’est une femme dissimulant une bombe sous ses
vêtements qui s’est fait exploser à l’extérieur de la zone
verte, près de l’une des portes principales, à l’heure où de
nombreux employés se pressaient pour aller travailler dans
les administrations iraqiennes et les ambassades étrangères.
Dans le même temps, un engin artisanal a explosé au passage
d’une patrouille de la police à l’est de Bagdad.
Insécurité persistante
Or, que les forces américaines se retirent ou non, la
question de la sécurité en Iraq reste préoccupante, d’autant
plus qu’elle ne concerne pas l’Iraq uniquement. A ce sujet,
les Etats-Unis ont appelé dimanche les voisins de l’Iraq à
empêcher l’entrée de « terroristes » et de leurs armes dans
ce pays, à l’occasion d’une réunion internationale à Damas
sur la sécurité en Iraq. Cette réunion, qui s’est tenue
moins d’un mois après un raid américain meurtrier mené en
Syrie à partir de l’Iraq, a rassemblé notamment des
représentants des pays voisins de l’Iraq et des cinq membres
du Conseil de sécurité de l’Onu. Dans son communiqué final,
la réunion a dénoncé « tous les actes terroristes visant
l’Iraq et les pays voisins » et affirmé son « refus de
l’utilisation du territoire de l’Iraq et de ceux des pays
voisins comme le passage ou le point de départ d’actes
terroristes qui menaceraient la sécurité et la stabilité de
l’Iraq et de ses voisins ».
C’est dire que tout ce qui concerne l’Iraq ne concerne pas
que l’Iraq. En effet, mettre un terme à l’instabilité dans
ce pays ne peut se faire sans les pays voisins, dont le rôle
s’est accru depuis la chute du régime de Saddam Hussein et
qui ne peut être désormais ignoré.
D’où la crainte, pour certains, d’un retrait anticipé des
forces américaines, susceptible d’engendrer encore plus de
chaos dans le pays. C’est là l’avis du ministre iraqien de
la Défense, qui a souligné samedi les dangers
qu’entraînerait un retrait des forces américaines du pays
avant la fin 2011, date prévue par l’accord de sécurité
conclu avec Washington. Pour le général Abdel-Kader Djassim,
un départ prématuré de l’armée américaine menacerait les
exportations de pétrole iraqien, permettrait à des pays
voisins d’empiéter sur le territoire national et laisserait
le champ libre aux activités d’espionnage de toutes
provenances. « Le délai fixé (par l’accord avec les
Etats-Unis) nous laisse suffisamment de temps pour nous
mettre au niveau dans les domaines de la formation, du
combat et de la technique », a-t-il dit. Mais, a-t-il dit, «
si nous chassons (les Américains) de façon soudaine, sans
préparation, on aura vite affaire à la piraterie et notre
potentiel d’exportation sera vraiment menacé ».
Cependant, Nouri Al-Maliki a déclaré dimanche que si le
Parlement n’approuve pas l’accord de sécurité, Bagdad ne
tentera pas de prolonger le mandat de l’Onu, qui expire le
31 décembre et qui justifie leur présence. Le premier
ministre iraqien s’exprimait lors d’une conférence de presse
après des entretiens à huis clos où le président Jalal
Talabani et le premier ministre ont reçu des responsables
politiques réservés au sujet du pacte. Mais les entretiens
ont pris fin sans décision finale, a rapporté Hassan Al-Chimmari,
chef du groupe parlementaire du parti chiite Fadhila, l’une
des factions qui contestent l’accord. Pourtant, le premier
ministre iraqien et plusieurs de ses ministres ont défendu
avec ardeur le pacte, faisant valoir qu’il constitue pour le
pays le plus sûr moyen de recouvrer sa souveraineté en
s’épargnant le chaos sanglant des dernières années. Reste à
savoir si les Iraqiens en sont convaincus, et si ce pacte
évitera véritablement au pays de replonger dans le chaos.
Abir
Taleb