Déchets.
Envahi par des amas de détritus qui mettent en péril la
santé des habitants, le quartier Al-Nozha 2, à l’est du
Caire, attend que les projets d’assainissement annoncés par
le gouvernement améliorent l’atmosphère. Reportage.
Au-delà de l’insupportable
C’est
à l’est du Caire, parallèlement à la route d’Ismaïliya, que
se situe Al-Nozha 2, rattaché au quartier Al-Salam. On s’y
sent plutôt dans un village très pauvre, boudé par tous les
plans de développement, que dans un quartier administré par
le gouvernorat du Caire.
De loin, les tas d’immondices ressemblent à des immeubles de
3 étages. Ils représentent des tonnes de détritus :
plastique, carton, verre, papier, boîtes de conserve,
tissus, aluminium, cuivre, acier sont dispersés à perte de
vue. Des rats, des mouches, de divers insectes et même des
serpents vivent là, dérangés par les chiens affamés. Vient
s’ajouter à cela l’odeur nauséabonde du canal Abou-Régueila
avoisinant, long de 9 km pour 10 m de large, utilisé comme
décharge. « Les égouts de toute la région de l’est du Caire
sont aussi déversés dans ce canal, construit en 1922 »,
avoue un responsable du quartier Al-Salam.
« Pour nous plaindre de cette situation, nous avons organisé
des manifestations, mais en vain », annonce un des habitants
d’Al-Nozha 2. Mais selon le président du quartier Al-Salam,
Rabie Hachem, son département exécute actuellement un projet
de drainage sanitaire qui sera prêt à fonctionner le 31
décembre 2009. « Le grand projet que nous construisons pour
un coût de plus de 50 millions de L.E. réglera
définitivement le problème », note-t-il. Quant aux
responsables de l’Organisme de la propreté et de
l’embellissement du Caire du quartier Al-Salam, ils
s’estiment étrangers à la situation. Pour eux, les vrais
fautifs sont les sociétés étrangères en charge du ramassage
des ordures. Ces dernières rejettent en bloc ces charges.
Pénurie d’eau potable
Al-Nozha
2 est donc une catastrophe écologique, dont la liste des
effets néfastes sur la santé de ses habitants est très
longue. « Mon fils de 6 ans est atteint d’une bronchite
asthmatique. Son état s’aggrave de jour en jour. Le pédiatre
m’a conseillé de déménager pour éviter la poussière et la
pollution qui se concentrent dans notre quartier, mais nous
n’en avons pas les moyens », note Racha, habitante du
quartier. Quant à Raymond, professeur, qui habite la rue
Al-Khamsine, il regrette d’avoir acheté un appartement dans
cette localité. « On n’arrive plus à y vivre. Je dois
rentrer chez moi avant la tombée de la nuit, à 18h maximum.
Sinon, je risque de tomber dans les trous de la chaussée,
faute d’éclairage. Il y a 4 mois que je suis marié et
personne n’est venu me rendre visite. Maintenant, j’ai honte
d’inviter mes collègues et amis », note-t-il. Raymond
habitait avant avec ses parents dans le quartier huppé
d’Héliopolis. « Cela fait quatre ans que les responsables
font des promesses. Pour eux, tous ces problèmes
d’environnement seront réglés dans les prochains mois, mais
rien ne change », déplore-t-il.
Mohamad Al-Samahi, conseiller juridique, habite ce quartier
depuis 15 ans. Il a acheté tout un immeuble pour y grouper
sa famille. « Mais mes enfants (instituteur, médecin et
avocat) refusent de s’installer au milieu de cette
pollution. Grâce à Dieu, nous possédons un autre immeuble
dans le quartier d’Héliopolis », avoue-t-il du volant de sa
Mercedes qui scintille dans les ruelles sinueuses.
Les habitants n’ont d’autre choix que d’accepter leur sort.
Selon eux, le pire de tous c’est la pénurie d’eau potable.
Alors ils attendent de pied ferme les camions-citernes qui
passent toutes les trois heures. A ce sujet, Rabie Hachem
affirme que « le réseau d’eau potable sera complètement
opérationnel dans les deux mois à venir. Ce nouveau projet
aura coûté 750 000 de L.E. ».
Le ministère de l’Environnement, interrogé sur ces
conditions environnementales calamiteuses, ne se montre,
étonnement, pas très surpris de la situation. Pour lui, «
ces problèmes ne touchent pas seulement les quartiers du
Caire. Ils concernent également de nombreux villages et
bidonvilles d’Egypte », avoue franchement un responsable
ayant requis l’anonymat. Une réponse lourde de sens et qui
n’annonce pas de jours meilleurs.
Manar
Attiya