Al-Ahram Hebdo,Environnement | Au-delà de l’insupportable
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 novembre au 3 décembre 2008, numéro 742

 

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Environnement

Déchets. Envahi par des amas de détritus qui mettent en péril la santé des habitants, le quartier Al-Nozha 2, à l’est du Caire, attend que les projets d’assainissement annoncés par le gouvernement améliorent l’atmosphère. Reportage.  

Au-delà de l’insupportable 

C’est à l’est du Caire, parallèlement à la route d’Ismaïliya, que se situe Al-Nozha 2, rattaché au quartier Al-Salam. On s’y sent plutôt dans un village très pauvre, boudé par tous les plans de développement, que dans un quartier administré par le gouvernorat du Caire.

De loin, les tas d’immondices ressemblent à des immeubles de 3 étages. Ils représentent des tonnes de détritus : plastique, carton, verre, papier, boîtes de conserve, tissus, aluminium, cuivre, acier sont dispersés à perte de vue. Des rats, des mouches, de divers insectes et même des serpents vivent là, dérangés par les chiens affamés. Vient s’ajouter à cela l’odeur nauséabonde du canal Abou-Régueila avoisinant, long de 9 km pour 10 m de large, utilisé comme décharge. « Les égouts de toute la région de l’est du Caire sont aussi déversés dans ce canal, construit en 1922 », avoue un responsable du quartier Al-Salam.

« Pour nous plaindre de cette situation, nous avons organisé des manifestations, mais en vain », annonce un des habitants d’Al-Nozha 2. Mais selon le président du quartier Al-Salam, Rabie Hachem, son département exécute actuellement un projet de drainage sanitaire qui sera prêt à fonctionner le 31 décembre 2009. « Le grand projet que nous construisons pour un coût de plus de 50 millions de L.E. réglera définitivement le problème », note-t-il. Quant aux responsables de l’Organisme de la propreté et de l’embellissement du Caire du quartier Al-Salam, ils s’estiment étrangers à la situation. Pour eux, les vrais fautifs sont les sociétés étrangères en charge du ramassage des ordures. Ces dernières rejettent en bloc ces charges.

 

Pénurie d’eau potable

Al-Nozha 2 est donc une catastrophe écologique, dont la liste des effets néfastes sur la santé de ses habitants est très longue. « Mon fils de 6 ans est atteint d’une bronchite asthmatique. Son état s’aggrave de jour en jour. Le pédiatre m’a conseillé de déménager pour éviter la poussière et la pollution qui se concentrent dans notre quartier, mais nous n’en avons pas les moyens », note Racha, habitante du quartier. Quant à Raymond, professeur, qui habite la rue Al-Khamsine, il regrette d’avoir acheté un appartement dans cette localité. « On n’arrive plus à y vivre. Je dois rentrer chez moi avant la tombée de la nuit, à 18h maximum. Sinon, je risque de tomber dans les trous de la chaussée, faute d’éclairage. Il y a 4 mois que je suis marié et personne n’est venu me rendre visite. Maintenant, j’ai honte d’inviter mes collègues et amis », note-t-il. Raymond habitait avant avec ses parents dans le quartier huppé d’Héliopolis. « Cela fait quatre ans que les responsables font des promesses. Pour eux, tous ces problèmes d’environnement seront réglés dans les prochains mois, mais rien ne change », déplore-t-il. 

Mohamad Al-Samahi, conseiller juridique, habite ce quartier depuis 15 ans. Il a acheté tout un immeuble pour y grouper sa famille. « Mais mes enfants (instituteur, médecin et avocat) refusent de s’installer au milieu de cette pollution. Grâce à Dieu, nous possédons un autre immeuble dans le quartier d’Héliopolis », avoue-t-il du volant de sa Mercedes qui scintille dans les ruelles sinueuses.

Les habitants n’ont d’autre choix que d’accepter leur sort. Selon eux, le pire de tous c’est la pénurie d’eau potable. Alors ils attendent de pied ferme les camions-citernes qui passent toutes les trois heures. A ce sujet, Rabie Hachem affirme que « le réseau d’eau potable sera complètement opérationnel dans les deux mois à venir. Ce nouveau projet aura coûté 750 000 de L.E. ».

Le ministère de l’Environnement, interrogé sur ces conditions environnementales calamiteuses, ne se montre, étonnement, pas très surpris de la situation. Pour lui, « ces problèmes ne touchent pas seulement les quartiers du Caire. Ils concernent également de nombreux villages et bidonvilles d’Egypte », avoue franchement un responsable ayant requis l’anonymat. Une réponse lourde de sens et qui n’annonce pas de jours meilleurs.

Manar Attiya

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3 questions à
Dr Emad Adli, président du Bureau Arabe pour les Jeunes et l’Environnement (BAJE). 

« L’individu, la société et même le gouvernement ne respectent pas l’environnement » 

Al-Ahram Hebdo : A titre général, est-ce qu’une ONG qui travaille sur les questions écologiques en Egypte pourrait améliorer les conditions de vie des habitants ?

Dr Emad Adli : Bien sûr. On a déjà déployé de grands efforts à la cité Al-Salam en 1999. On a réussi à remblayer le canal de Tewfiqiya qui était une source de pollution et où les habitants jetaient les ordures de toute la région. On a organisé des séminaires qui ont duré 3 années consécutives pour sensibiliser les gens au sein du siège de l’administration du quartier Al-Salam. A ces séminaires a assisté notamment le gouverneur du Caire pour écouter les problèmes et pouvoir y remédier à fond. Ces réunions ont donné lieu à des discussions entre les responsables et les citoyens. On a constaté au début que les choses ont commencé à changer. Mais est-ce que cette propreté a duré longtemps ? Non. Parce qu’il n’existe pas de loi qui sanctionne les responsables des infractions écologiques.

— Voulez-vous dire que le gouvernement ne réagit pas et que les responsables ne sont pas au courant ?

— L’individu, la société et même le gouvernement ne respectent pas l’environnement. La négligence est quasi totale, personne ne s’en inquiète. Chacun fait ce qu’il veut dans ce pays sans se demander quelles en seront les conséquences. Il faut une prise de conscience générale. En Egypte, seules 4 ONG concernées par l’environnement sont actives ! Le problème est que leur budget est basé sur les donations. En plus, l’Etat ne leur apporte pas d’assistance financière. Par exemple, notre bureau est responsable d’un projet écologique à Hélouan, dont les frais annuels s’élèvent à 40 000 L.E. (ouvriers, éboueurs, camions de ramassage d’ordures … ). Quand on demande à l’Etat de nous donner un support, il nous accuse de travailler de manière limitée puisque nous ne visitons les lieux que 3 fois par semaine. De plus, on est astreint à verser 100 L.E. en tant que sanction, car les rues ne sont pas propres. Evidemment, les citoyens doivent nous aider et ne pas jeter leurs sacs-poubelles par les fenêtres ou leurs luxueuses voitures.

— Comment les habitants au sein de la capitale acceptent-ils de vivre dans de telles conditions ?

— Pour les responsables, la propreté va de pair avec les quartiers. Cela veut dire qu’un quartier huppé comme Doqqi, Mohandessine ou Héliopolis doit être propre car ses habitants versent énormément d’argent, tandis qu’un autre populaire doit rester sale, étant donné que sa population est démunie. Moi, je vois que les habitants des deux sont des humains qui doivent jouir d’une même protection écologique, d’une bonne santé, d’eau potable saine, de bon drainage sanitaire et de respirer un air pur .

Propos recueillis par M. A.

 




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