Egyptologie.
Une mission présidée par Zahi Hawas, secrétaire général du
Conseil suprême des antiquités, a découvert cette semaine la
pyramide de la reine Sécheséchet, mère du roi Téti,
fondateur de la VIe dynastie.
Intrigues de femmes
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300 ans. C’est la distance dans le temps qui nous
éloigne de l’époque de la construction de la pyramide,
dédiée à la reine mère Sécheséchet, mère du roi Téti Ier,
fondateur de la VIe dynastie qui a régné de 2323 à 2291 av.
J.-C., c’est-à-dire sous l’Ancien Empire. Découverte cette
semaine à Saqqarah, et à 20 km au sud du Caire, la pyramide
fait partie du complexe pyramidal du roi Téti. « La base de
cette pyramide est carrée dont le côté atteint les 22
mètres, la hauteur est de 5 mètres, c’est ce qui reste de
celle originale qui faisait 15 mètres de hauteur lors de la
construction. Quant à l’angle, il est de 51 degrés. La
pyramide est aussi entourée d’une épaisse muraille », a
déclaré Zahi Hawas, secrétaire général du Conseil Suprême
des Antiquités (CSA). Et d’ajouter, la pyramide conserve
encore une partie de la couche lisse externe, composée de
blocs de calcaire blanc que cherchaient les anciens
bâtisseurs des carrières de Tora.
Pour lui, c’est la première fois qu’on retrouve une telle
couche de cette époque lointaine. « D’où s’explique
l’importance d’une telle trouvaille », souligne Hawas. En
même temps, cette révélation est le fruit de deux mois de
travail assidu. L’équipe égyptienne devait creuser 20 mètres
pour mettre au jour la base de la pyramide ainsi que ses
côtés. A cet emplacement, avant de commencer le creusement,
la mission égyptienne avait dégagé une tombe datée du Nouvel
Empire « dont les reliefs sont inédits », explique Ossama
Al-Chimi, directeur de site. Pour lui, il faudrait conserver
cette tombe avec tous ses contenants et notamment ses
reliefs originaux, mais en même temps, il fallait continuer
les fouilles pour retrouver la pyramide, bien que leurs
conditions soient très difficiles. Les opérations ont donc
été reprises avec précaution, pendant deux mois, pour donner
naissance aux degrés de la pyramide en question. Au bout de
cette période, « nous étions sûrs de dégager une pyramide
attendue certes, mais dont l’emplacement était encore
inconnu pour les spécialistes », commente Al-Chimi. Ainsi,
lors de la découverte et du nettoyage, les spécialistes ont
constaté que la structure architecturale de la pyramide mise
à jour correspond à celle des Ve et VIe dynasties.
Politique d’une mère
Autre importance, cette pyramide, qui abritait la dépouille
de la reine mère Sécheséchet, témoigne la transmission du
règne de l’Egypte d’une dynastie, la Ve, à une autre, celle
de la VIe, et le rôle de la reine mère à ce sujet. En effet,
il est déjà connu qu’une telle transmission avait eu lieu
sans la moindre violence. D’ailleurs, Téti, fondateur de la
VIe dynastie, était connu pour sa fidélité au roi Ounas,
dernier roi de la Ve dynastie. Mais pour les égyptologues,
introniser Téti était ambigu et illégitime. Sécheséchet, qui
n’était que fille adoptive d’Ounas, a intrigué, selon les
égyptologues, pour donner le pouvoir à Téti Ier. Ainsi, la
découverte de la pyramide de Sécheséchet, dont le nom
circulait pour son rôle à la fois primordial et clandestin
concernant le règne de son fils Téti et la fondation de la
VIe dynastie, pourrait résoudre une telle énigme toujours
présente jusqu’à l’instant. Si à l’intérieur de l’édifice on
peut retrouver des papyrus, gravures et autres vestiges
explicitant ce rôle.
D’autre part, la trouvaille de la pyramide de la reine mère
représente la 3e tombe de l’un des membres de la cour royale
du roi Téti. « Nous avions commencé à opérer à ce site
depuis vingt ans », reprend Hawas. Résultat : l’équipe
égyptienne avait redécouvert la pyramide de la reine Khwite,
la femme favorite du roi Téti, ensuite a été dégagée celle
de la reine Ipoute, l’une de ses femmes secondaires. La
découverte de la pyramide de la reine mère, Sécheséchet,
fait partie d’une série de pyramides des femmes de la cour
royale qui serait encore incomplète.
Les fouilles ne sont pas encore terminées, selon les
déclarations de Hawas. Il reste à atteindre la salle
funéraire où était déposée la dépouille royale. Pour ce
faire, il faut attendre encore au moins une quinzaine de
jours. Hawas espère y trouver l’inscription du nom royal.
Quant au mobilier funéraire, il ne s’attend pas sans le
retrouver. Selon lui, il paraît que le site était usurpé
pendant la période pharaonique, surtout que la région a été
réutilisée au cours du Nouvel Empire, soit 1 000 ans plus
tard.
Pyramide de la reine mère, celles des reines Khwite et
Ipoute, fidélité et illégitimité. Autant et autant de
paradoxe et d’ambiguïté entourent la personnalité du roi
Téti, ainsi que celle de sa mère Sécheséchet, voire toute
cette période délicate de l’Histoire égyptienne. En tout
cas, « Saqqarah, voire toute la terre d’Egypte, n’a délivré
que 30 % de ses secrets », conclut Ossama Al-Chimi.
Doaa
Elhami