Al-Ahram Hebdo, Visages | Marcel Ghanem
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Visages

Marcel Ghanem, star du talk-show libanais, remporte des succès d’audience avec Kalam al-nass (On en parle), son émission du jeudi soir sur LBC. Egalement avocat et professeur d’université, il défend à la télé la cause des Libanais de tous bords.

 Plaidoiries cathodiques

C’est désormais une coutume. Celle du jeudi soir sacrée et consacrée à la télévision libanaise, la LBC en l’occurrence. Les statistiques le prouvent : une audience record est enregistrée lors du talk-show politique à la sauce Marcel … Captivant, éloquent, l’animateur parle, bouge. Avec lui, le verbe s’est fait cher. Ses paroles sont fréquemment percutantes, sans être blessantes. Raison pour laquelle il met tout droit la flèche au but, sûrement, sans fard ni feinte. Et pourtant, à le voir au naturel, c’est tout le charme d’une personnalité marquée par un charisme particulier. Un amalgame de fermeté et de bonté que Marcel sait concilier à merveille.

Quand la politique stagne, il bouge et remue l’économique en passant par le social ou encore assortit ses émissions de ces trois volets. Un cocktail qui a fait ses preuves auprès du public et c’est là tout l’essentiel. Sur les huit chaînes télévisées diffusant des talk-shows de qualité et représentant les quelque dix-huit communautés religieuses du Liban, la LBC l’emporte de loin. Il est vrai que le débat politique riche en animateurs et invités fait partie intégrante du patrimoine libanais, mais la différence réside en la manière de mener le débat, dans l’audace et la fermeté dudit animateur. Karim Al-Zein, un enfant du Centre St Jude frappé d’un cancer, fait son apparition à la télé dans le cadre de Kalam al-nass (on en parle), le programme étroitement lié au nom et à la vie de Marcel Ghanem. Il manifeste son désir de rencontrer le président de la République libanaise. Paroles innocentes mais qui ont visé le but. Le vœu du jeune garçon est exaucé et son entrevue sera diffusée la semaine suivante sur la LBC. Donc un écho positif, un succès, mais aussi et surtout une marque de confiance et de crédibilité à l’actif de Kalam al-nass et de son promoteur Marcel. Ainsi, chaque semaine, de nombreuses plaintes et réclamations faites à travers cette émission sont assurées par les responsables et officiels concernés.

Qu’on soit pour ou contre, le succès ne change pas. Car un travail bien fait ne peut qu’être récompensé soit par des éloges, soit par des critiques. « L’éloge me fait peur, s’empresse-t-il de dire, il me pousse à travailler davantage et à assumer plus de responsabilités. La bonne critique est toujours la bienvenue », ajoute-t-il. En tout cas, l’objectif est atteint : une audience de plus en plus accrue, fidèle et attentive. Témoin de ce succès, Hiba Bridi, étudiante en droit, affirme : « Toujours souriant et proche du public, Marcel respecte son interlocuteur et ne l’interrompt jamais. Il est réputé pour son impartialité et ses questions pertinentes. Il faut dire aussi que son sourire est caractéristique ».

Ainsi donc va la vie pour Marcel Ghanem, avocat de profession, professeur d’université (la LAU) et star du talk-show libanais. « L’émission Kalam al-nass occupe la meilleure part dans ma vie. Elle renferme en elle les deux autres activités. C’est le pivot autour duquel tourne ma vie quotidienne », confie-t-il tout simplement.

Et qui veut voyager loin ménage sa monture. Il recueille les propos et attentes du public, les présente aux responsables et discute, preuves à l’appui, avec l’intervention des téléspectateurs et des responsables. Le public lui rend la pareille en admiration et respect.

Pour pouvoir entrer en contact avec Ghanem, il nous a fallu plusieurs interventions. Ce n’était pas par vanité ou prétention mais plutôt par ses multiples préoccupations, surtout qu’il avait à préparer un programme spécial, le dimanche, consacré aux Iraqiens vivant au Liban, Al-Iraq hona (l’Iraq ici).

Finalement, il nous accueille en tenue décontractée à laquelle les téléspectateurs sont peu habitués, en jean et chemise noire à l’hôtel Le Royal, à Dbaye, dans la banlieue de Beyrouth, où il a l’habitude d’élire domicile.

A travers des émissions-chocs, spéciales pour le moment, il prouve à tous les Libanais comme aux Arabes et au monde entier que ce minuscule pays, de 10 452 km2, grouille de cerveaux qui s’expatrient pour donner vie et richesse à leur terre natale fière d’eux. « Le travail se fait par équipe, mais à la fin mon avis s’avère être le meilleur à la lumière des résultants. Depuis cinq ans, je varie mes programmes, car il arrive un moment où les gens sont saturés de politique et du déjà entendu et vu, souligne Marcel Ghanem. J’attaque les problèmes économiques et sociaux car je palpe et suis conscient de ce qui intéresse le public, j’écoute les gens simples qui constituent la base ». Et d’ajouter : « Comme cette année le visage du Liban était terni, il a fallu montrer le revers de la médaille, des exemples de personnes qui font honneur à elles-mêmes et à leur pays ».

Un singulier contraste avec l’apparence prétentieuse que le téléspectateur remarque à distance. C’est la première impression mais elle n’est pas la bonne car les apparences sont la plupart du temps trompeuses. Ce qui est le cas pour ce journaliste du petit écran. « Je vis dans l’inquiétude et l’anxiété avant chaque émission. La concurrence me hante, je dois montrer un programme à la hauteur de toutes les attentes, toujours une première, pour transmettre à fond et dans le vif la douleur des gens. Et pour faire bouger les choses et les responsables », lance-t-il avant de remonter un peu dans le temps pour évoquer son enfance. « J’ai bénéficié d’une enfance très heureuse au sein d’une famille chrétienne croyante. Nous sommes trois frères et deux sœurs. Je suis le seul célibataire endurci, dit-il en souriant avant d’ajouter : Je suis très bien entouré par ma famille que j’adore. Je réunis toute la famille une fois par semaine chez moi ». Son père est décédé en 1997 à la suite d’un cancer. La mère joue un rôle central dans sa vie. Confiance totale en elle, mais aussi en son avis tranchant et sincère après chaque émission. En premier.

Côté amis, ils se comptent sur les doigts d’une main. Même pas. « C’est un groupe de trois personnes très uni et loin de nos tracas professionnels. Nous évoquons les souvenirs inoubliables de notre vie. Mes amis représentent un soutien moral très important », souligne-t-il. Et de poursuivre : « Je regrette maintenant de n’avoir pas profité de la belle époque passée à l’université, vu que j’enseignais le matin à l’école et que je travaillais le soir à Radio Liban Libre (RLL) ».

Il a vécu, comme tout le monde, les moments amers des quinze années de guerre civile et préfère ne conserver de souvenirs que les rares instants heureux vécus durant cette période.

De 1991 à 1993, il a présenté sur LBC et RLL un talk-show, Kalam massoül (paroles de responsable), avec sa collègue May Chidiac. En 1995, cheikh Pierre Daher, PDG de LBC, lui demande de présenter seul d’autres paroles, Kalam al-nass, celles des gens, à la manière de Larry King mais aussi à la sauce libanaise. « Tout doit être très bien préparé, étudié. Sinon je ne m’aventure pas », assure-t-il. Voilà pourquoi il est toujours en mouvement perpétuel. Le sport l’aide à extérioriser le stress,  tous les genres de sports. Mais cela ne l’empêche pas de plonger également et pendant des heures dans la lecture de livres philosophiques, poétiques, religieux et autres. Son grand faible ? Les belles montres et les tableaux de maîtres sans oublier les tapis anciens. Une passion du beau, de l’antique authentique qui va même jusqu’à la cuisine, bien sûr libanaise, qu’il préfère traditionnelle, celle de grand-mère. « Tous les plats traditionnels comme la moujaddara et la harisse (purée de lentilles et riz, et à base de blé) », dit-il fermement. Le cellulaire sonne plusieurs fois et le ramène à la réalité. Encore une mission à accomplir avec l’aide des responsables. Ces derniers sont nombreux à l’écouter et à donner suite à son intervention. « Je vise à concrétiser les rêves des gens à travers le bureau de Kalam al-nass, pour en faire une institution destinée à être la médiatrice entre les gens du pays et ceux de l’émigration. Les Libanais n’ont rien appris ni oublié. Nous sommes un peuple qui n’a pas totalement effacé les séquelles de la guerre. La haine est toujours présente dans les cœurs », remarque-t-il tristement. Et d’ajouter : « Je voudrais mener une enquête vive, en circulant dans la rue et côtoyer les gens qui ont une cause à défendre, et la faire parvenir au monde entier », plaide-t-il.

A l’occasion de la Journée mondiale du sida, il prépare une émission à la hauteur du phénomène, et rêve d’en faire un film. Les idées foisonnent dans la tête de Marcel qui a plein de projets à réaliser en novembre et encore plus en décembre, à Noël. C’est là le secret du chef et la surprise à attendre. Dans la foulée joyeuse de ces événements, il n’oublie pas la période de son éloignement forcé du pays à cause de menaces sérieuses. Il l’évoque avec amertume. « A Paris, je ne me sentais pas moi-même, loin de ma famille et des gens. Ce n’était pas mon pouls », dit-il

Le 14 février 2006, c’est la commémoration du premier anniversaire de l’assassinat du premier ministre libanais Rafiq Hariri. « Une personnalité qui m’a beaucoup marqué, tout comme le Sayed Hassan Nasrallah (le chef du Hezbollah) et le leader druze Kamal Joumblatt », confie-t-il. Ghanem présente également, en direct de Washington via satellite, un entretien avec Condoleezza Rice, chef de la diplomatie américaine, pour discuter des aides accordées au Liban. « C’est une femme très intelligente, qui a une vaste culture et qui sait attirer l’attention du monde entier. Les interlocuteurs étrangers ne vont pas par quatre chemins, ils vont droit au but, sans détour », résume-t-il.

Le 23 mai 2008, à quelques heures près de l’arrêt des combats sanglants qui ont mis le pays à feu et à sang, il se dirige en premier au centre-ville, en plein Beyrouth encore saignant et réunit des Libanais de tous bords entre responsables politiques, personnalités du monde économique, diplomatique, artistique et autres. Retransmise en direct, l’émission fut un coup de fouet, la réanimation, le réveil du cœur de Beyrouth qu’on croyait arrêté à tout jamais l’espace d’un jour, de quelques heures. Ce fut aussi un succès retentissant pour Marcel qui reprend espoir en ces Libanais : « Tous ces Libanais, sans exception, qui adorent la vie, dit-il. L’important est qu’ils trouvent un dénominateur commun qui les lie à tout jamais », ajoute-t-il.

De quel Liban rêve-t-il ? « D’un Liban fort de son peuple respectueux de la souveraineté de la loi et de son environnement. D’un retour aux sources et aux valeurs humaines universelles et éternelles et d’un respect total des droits civiques. Tout cela nous protégera sûrement du fanatisme religieux et du fondamentalisme meurtrier. Ainsi, le pays sera en droit de prouver qu’il est à la pointe du progrès, sans toutefois renoncer à son authenticité », énumère-t-il.

Cette authenticité lui rappelle à tout moment qu’il fait partie intégrante d’un monde arabe alentour, souffrant lui aussi d’un mal qui dure depuis plus d’un demi-siècle, à savoir le problème palestinien. Son avis là-dessus est sec et cassant : « Il n’y a guère de solution à ce problème tant qu’Israël renie aux Palestiniens leur droit à la vie au sein d’un Etat ». Et de poursuivre : « La cause palestinienne n’intéresse toujours pas les Arabes. Aucune résolution commune n’a été prise jusque-là dans ce sens ». Un jugement sans appel pour Marcel. Tout comme le problème du fondamentalisme qui ronge les Arabes, influencés d’une manière exagérée par l’étranger.

Un autre appel téléphonique le ramène à la réalité libanaise enchevêtrée. Le bien et le juste auront-ils droit de citer au pays des miracles ? C’est là le défi majeur que Marcel Ghanem doit relever à travers ce petit écran qui fait sa grande popularité.

Mireille Bouabjian

Retour au sommaire

Jalons

1964 : Naissance à Beyrouth. Licence en droit.

1985 : Présentation de News Room à RLL.

1986-1997 : Avocat.

1991-1993 : Présentation du programme Kalam massoül (Paroles de responsable) sur LBC et RLL.

1995 : Début de l’émission Kalam al-nass sur LBC.

2005-2006 : Diffusion depuis Paris pour cause de guerre au Liban.

 

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.