Adamo chante le Moyen-Orient au Caire
Mohamed Salmawy
Mon
Orient déchiré / Mon douloureux Orient / Ton beau ciel
étoilé / A viré rouge sang. Ce sont les paroles qui
composent le premier couplet de la dernière chanson d’Adamo,
l’une des célèbres stars de la chanson française. Sur ses
cassettes, un seul nom prédomine, le sien, car c’est lui en
personne qui a composé les paroles et la musique et qui
chante la mélodie.
Salvatore Adamo a chanté au Caire la semaine dernière pour
la première fois. Il était fasciné, comme il me l’a avoué,
par la ville ; et ce, non pas pour ses monuments et sa magie
qui fascinent tous ceux qui y arrivent pour la première
fois, mais pour la chaleur qu’il a ressentie de la part du
public égyptien. Surtout que la grande star ne savait pas
comment le public égyptien allait l’accueillir. Mais très
rapidement, Adamo a réalisé que la foule répétait après lui
les paroles de ses célèbres chansons, qui se sont succédé au
cours des 40 dernières années, depuis que sa célébrité a été
confirmée en 1964, avec une des plus fameuses chansons des
années 1960, à savoir « Tombe la neige ».
Tout
chanteur de par le monde a un timbre de voix bien à lui qui
le distingue, une personnalité qui lui est propre. Adamo se
caractérise par une voix d’adolescent. Malgré son âge (65
ans), il a gardé sa voix de jeune des années 1960, de même
que le même visage enfantin qui ne vieillit pas.
Salvatore Adamo appartient à l’univers de la chanson
française, malgré ses origines italiennes et ses années
vécues en Belgique. Il est né en Sicile et a été élevé en
Belgique, où il habite encore.
Adamo a pris soin d’inclure parmi les chansons d’amour de
son unique concert tenu au Caire la semaine dernière Mon
douloureux Orient, chanson qu’il a rédigée lui-même, en
compassion pour l’état actuel du Moyen-Orient. Pour cette
tragédie qui perdure depuis plus de 50 ans.
J’ai été ravi qu’Adamo m’ait offert l’enregistrement
original de la chanson de son récent album qui avait paru à
Paris seulement quelques jours auparavant. J’y ai trouvé
l’orchestration originale de la chanson qu’il n’a pas pu
présenter au Caire, à cause du nombre limité de musiciens
qui l’accompagnaient.
La chanson commence par une mélodie orientale authentique
qui dégage une grande tristesse. Cette mélodie est jouée aux
rythmes d’un instrument musical qui nous rappelle le rebab
égyptien. Une mélodie qui domine toute la chanson alors que
ses paroles scandent : Mon Orient tourmenté / Mon souvenir
brûlant / Hier je t’ai chanté / Je te pleure à présent / Car
j’étais près de toi / L’autre jour à Jénine / Quand tu
criais pourquoi / Devant ta maison en ruines.
C’est là une allusion claire à la tragédie palestinienne et
à l’égard de l’explosion d’une boîte de nuit à Tel-Aviv, où
les victimes dans les deux cas étaient des civils. Dans sa
chanson, Adamo exprime son impuissance face à cette série
escaladante de la violence. Il se demande d’une certaine
manière en clamant : Mon Orient déchiré / Mon Orient
douloureux / Je ne sais plus que dire / Je n’y comprends
plus rien / As-tu vécu le pire ou n’est-il que pour demain ?
/ Est-il fou d’espérer / Pouvoir un jour sur ta terre /
Entre Allah et Yaveh / Vivre en paix, si ce n’est en frères
?
La chanson se termine sur une confirmation : Il faudra bien
pourtant / Qu’il y ait un premier pas / Le début d’un
instant / Où la haine s’oubliera / Par deux enfants qui
enfin / Ignorant les frontières / Effacent main dans la main
/ Toutes les années d’enfer.
A mon avis, l’un des plus importants moments de la soirée
musicale était celui de la chanson Mon Orient déchiré / Mon
Orient douloureux que le public égyptien écoutait pour la
première fois au Caire. Elle véhiculait un message noble où
l’auteur affirmait que la tragédie de ces gens était la
sienne et que la sympathie ressentie envers le Proche-Orient
n’était pas nouvelle pour ce grand chanteur d’origine
sicilienne. Il a été le premier chantre de la paix au
Moyen-Orient à l’issue de la guerre de 1967 dans une chanson
intitulée Inchaallah (si Dieu le veut). Mais les sentiments
arabes qui étaient à l’époque dominés par la colère à cause
de l’occupation israélienne des terres arabes n’a pas permis
d’apprécier la chanson. Raison pour laquelle Adamo a décidé,
à Paris avant de venir au Caire, de ne pas la chanter à la
soirée en respect pour ces sentiments. Pourtant, Adamo a
confirmé à travers sa nouvelle chanson que son appartenance
émotionnelle à « son Orient », à notre Orient, est toujours
vivante et intense. Il ressent par conséquent la même
douleur que nous ressentons, se déchire et saigne, comme
font nos cœurs au Moyen-Orient.