Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy ; Adamo chante le Moyen-Orient au Caire
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Opinion

Adamo chante le Moyen-Orient au Caire
Mohamed Salmawy 

Mon Orient déchiré / Mon douloureux Orient / Ton beau ciel étoilé / A viré rouge sang. Ce sont les paroles qui composent le premier couplet de la dernière chanson d’Adamo, l’une des célèbres stars de la chanson française. Sur ses cassettes, un seul nom prédomine, le sien, car c’est lui en personne qui a composé les paroles et la musique et qui chante la mélodie. 

Salvatore Adamo a chanté au Caire la semaine dernière pour la première fois. Il était fasciné, comme il me l’a avoué, par la ville ; et ce, non pas pour ses monuments et sa magie qui fascinent tous ceux qui y arrivent pour la première fois, mais pour la chaleur qu’il a ressentie de la part du public égyptien. Surtout que la grande star ne savait pas comment le public égyptien allait l’accueillir. Mais très rapidement, Adamo a réalisé que la foule répétait après lui les paroles de ses célèbres chansons, qui se sont succédé au cours des 40 dernières années, depuis que sa célébrité a été confirmée en 1964, avec une des plus fameuses chansons des années 1960, à savoir « Tombe la neige ».

Tout chanteur de par le monde a un timbre de voix bien à lui qui le distingue, une personnalité qui lui est propre. Adamo se caractérise par une voix d’adolescent. Malgré son âge (65 ans), il a gardé sa voix de jeune des années 1960, de même que le même visage enfantin qui ne vieillit pas.

Salvatore Adamo appartient à l’univers de la chanson française, malgré ses origines italiennes et ses années vécues en Belgique. Il est né en Sicile et a été élevé en Belgique, où il habite encore.

Adamo a pris soin d’inclure parmi les chansons d’amour de son unique concert tenu au Caire la semaine dernière Mon douloureux Orient, chanson qu’il a rédigée lui-même, en compassion pour l’état actuel du Moyen-Orient. Pour cette tragédie qui perdure depuis plus de 50 ans.

J’ai été ravi qu’Adamo m’ait offert l’enregistrement original de la chanson de son récent album qui avait paru à Paris seulement quelques jours auparavant. J’y ai trouvé l’orchestration originale de la chanson qu’il n’a pas pu présenter au Caire, à cause du nombre limité de musiciens qui l’accompagnaient.

La chanson commence par une mélodie orientale authentique qui dégage une grande tristesse. Cette mélodie est jouée aux rythmes d’un instrument musical qui nous rappelle le rebab égyptien. Une mélodie qui domine toute la chanson alors que ses paroles scandent : Mon Orient tourmenté / Mon souvenir brûlant / Hier je t’ai chanté / Je te pleure à présent / Car j’étais près de toi / L’autre jour à Jénine / Quand tu criais pourquoi / Devant ta maison en ruines.

C’est là une allusion claire à la tragédie palestinienne et à l’égard de l’explosion d’une boîte de nuit à Tel-Aviv, où les victimes dans les deux cas étaient des civils. Dans sa chanson, Adamo exprime son impuissance face à cette série escaladante de la violence. Il se demande d’une certaine manière en clamant : Mon Orient déchiré / Mon Orient douloureux / Je ne sais plus que dire / Je n’y comprends plus rien / As-tu vécu le pire ou n’est-il que pour demain ? / Est-il fou d’espérer / Pouvoir un jour sur ta terre / Entre Allah et Yaveh / Vivre en paix, si ce n’est en frères ?

La chanson se termine sur une confirmation : Il faudra bien pourtant / Qu’il y ait un premier pas / Le début d’un instant / Où la haine s’oubliera / Par deux enfants qui enfin / Ignorant les frontières / Effacent main dans la main / Toutes les années d’enfer.

A mon avis, l’un des plus importants moments de la soirée musicale était celui de la chanson Mon Orient déchiré / Mon Orient douloureux que le public égyptien écoutait pour la première fois au Caire. Elle véhiculait un message noble où l’auteur affirmait que la tragédie de ces gens était la sienne et que la sympathie ressentie envers le Proche-Orient n’était pas nouvelle pour ce grand chanteur d’origine sicilienne. Il a été le premier chantre de la paix au Moyen-Orient à l’issue de la guerre de 1967 dans une chanson intitulée Inchaallah (si Dieu le veut). Mais les sentiments arabes qui étaient à l’époque dominés par la colère à cause de l’occupation israélienne des terres arabes n’a pas permis d’apprécier la chanson. Raison pour laquelle Adamo a décidé, à Paris avant de venir au Caire, de ne pas la chanter à la soirée en respect pour ces sentiments. Pourtant, Adamo a confirmé à travers sa nouvelle chanson que son appartenance émotionnelle à « son Orient », à notre Orient, est toujours vivante et intense. Il ressent par conséquent la même douleur que nous ressentons, se déchire et saigne, comme font nos cœurs au Moyen-Orient.

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