Terrorisme. L’influence
grandissante des Talibans et l’échec de la politique américaine en Afghanistan
mettent le futur président américain, Barack Obama, face à la lutte
antiterroriste.
Le grand challenge d’Obama
Cette
semaine, justement comme les précédentes, était très meurtrière en Afghanistan.
Dimanche, deux attentats suicide à la voiture piégée contre les forces
internationales ont tué deux civils afghans et blessé au moins trois soldats en
Afghanistan, au lendemain de la mort d’un soldat britannique dans une autre
explosion. Quelques heures plus tôt, la Force internationale d’assistance à la
sécurité (Isaf) avait annoncé qu’un soldat de l’Otan avait été tué, samedi,
dans l’explosion d’une bombe dans le sud de l’Afghanistan, alors qu’un deuxième
attentat s’est produit dans l’ouest de l’Afghanistan, à Herat, à l’extérieur
d’un camp militaire et deux soldats américains y ont été blessés. Comme
d’habitude, le même scénario s’est répété et les Talibans ont revendiqué ces
attentats. Malgré la présence de près de 70 000 soldats des deux forces
multinationales, l’une de l’Otan, l’autre sous commandement américain, cette
année était la plus meurtrière depuis la chute des Talibans en 2001 : 261
soldats étrangers étaient morts en 2008. Selon les experts, les violences ont
redoublé d’intensité cette année, car les Talibans ont réussi à réorganiser
leurs rangs et à s’équilibrer dans l’espoir de récupérer le pouvoir.
Reconnaissant
la difficulté de sa mission en Afghanistan, le ministre britannique de la
Défense, John Hutton, a, de son côté, averti cette semaine que 2009 serait «
une année très difficile » pour les troupes en Afghanistan. Déjà, le conseil
des mollahs de l’ouest de l’Afghanistan a brandi, samedi, la menace d’un appel
au Djihad, la guerre sainte, contre les forces internationales, si elles ne
mettent pas un terme aux bavures lors des bombardements, dont sont
régulièrement victimes les civils. Un défi qui promet une guerre longue et
difficile avec la milice islamiste ...
Cette
montée des Talibans soulève de nombreuses questions, notamment avec l’élection
d’un nouveau président à la tête des Etats-Unis. L’on se demande d’ores et déjà
quelle sera la politique future du président élu, Barack Obama, en matière de
lutte antiterroriste. Le nouveau chef de la Maison Blanche a-t-il déjà conçu
une stratégie bien efficace pour étouffer l’influence grandissante des Talibans
en Afghanistan et au Pakistan ? La réponse semble positive car tout au long de
sa campagne électorale, Obama n’a pas cessé de répéter que le dossier afghan,
comme celui du nucléaire iranien, constituera un vrai casse-tête, une
préoccupation par excellence : « Combattre Al-Qaïda et les Talibans et arrêter
Ossama bin Laden sera la priorité première du président américain. Al-Qaïda est
notre ennemi », a menacé un haut conseiller d’Obama.
Analysant
cet intérêt privilégié porté au dossier afghan, le Dr Hicham Ahmad, professeur
à la faculté des sciences politiques et économiques de l’Université du Caire,
explique : « L’Afghanistan est l’un des dossiers les plus épineux que le futur
président américain aura à gérer. Violences quotidiennes, gouvernement faible,
montée rapide des Talibans, décès quotidiens des soldats étrangers sur le
terrain, le Pakistan accusé de faiblesse dans la lutte anti-taliban. Plus
important encore, ni Obama ni son peuple n’ont oublié qu’Al-Qaëda était
l’auteur des attentats du 11 septembre 2002 qui ont fait environ 3 000 morts
américains. C’est pourquoi Obama a fait de la lutte antiterroriste sa priorité
par excellence et il s’est engagé à traquer Bin Laden. D’une part, il veut
prouver aux Américains qu’il a enfin pris la revanche du 11 septembre et
d’autre part, il tente de sauver la dignité de son pays qui s’est vue attaquer
d’une façon des plus violentes pour la première fois de son histoire. Si Obama
réussit son stratagème, il sera un héros aux yeux de son peuple et il
s’assurera un second mandat à la tête du pays ».
Entre menaces et dialogue
Face à
ce casse-tête, Obama a déjà tracé les grandes lignes de sa stratégie
antiterroriste, combinant toujours menaces et offres de dialogue. Commençant
par le langage de la menace, il a affirmé qu’il compte augmenter l’effectif des
forces américaines sur le terrain, en retirant l’essentiel des 145 000 soldats
américains stationnés en Iraq, d’ici l’été 2010, afin de libérer troupes et
argent pour la guerre en Afghanistan, où sont déployés 32 000 Américains. Sur
le terrain, le commandement militaire souhaite un renfort de 12 000 à 15 000
hommes en plus de la brigade promise pour le mois de février. Bien que la
plupart des pays européens aient été toujours opposés à l’augmentation de leurs
effectifs en Afghanistan, le Royaume-Uni a été le premier à affirmer, dimanche,
être « prêt » à étudier l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan à la
demande des Etats-Unis mais, à condition de « partager le fardeau » avec
d’autres pays, a indiqué le premier ministre britannique, Gordon Brown,
ajoutant que la coalition est composée de 41 pays, et il devrait y avoir un
juste partage du fardeau à la fois en termes d’équipement et en termes
d’effectifs. Avec 8 000 soldats sur place, le Royaume-Uni constitue le deuxième
contributeur de l’Isaf, emmené par l’armée américaine.
Second
pilier de la stratégie américaine antiterroriste : le dialogue. Un dialogue qui
se fera sur deux axes, selon Obama : dialogue entre les Etats-Unis et les pays
qui peuvent contribuer à casser l’épine des Talibans, d’une part, et dialogue
entre les Talibans et le gouvernement afghan pour parvenir à une
réconciliation, d’autre part. « En effet, les Etats-Unis ont bien réalisé que
la force ne cassera jamais l’épine des Talibans, car il y a 7 ans qu’ils ont
tout tenté pour les éliminer par force et ils n’ont pas réussi. Aussi, ont-ils
commencé à penser au dialogue entre les Talibans et le gouvernement afghan, qui
a commencé en septembre avec une médiation saoudienne et une bénédiction
américaine sous la direction de George W. Bush connu par son extrémisme. Il est
donc très probable qu’Obama, beaucoup plus modéré, va poursuivre la voie du
dialogue, parallèlement à celle de la menace », estime Mohamad Abbas, expert
politique.
Profitant
de la célèbre devise de Louis XIV « Diviser pour régner », Obama va tenter, les
jours à venir, d’attirer l’aile modérée des Talibans lors de la nouvelle série
de négociations et lui promettra de participer au gouvernement afghan à
condition de renoncer à la violence. Ainsi, va-t-il faire d’une pierre deux
coups : isoler et affaiblir l’aile dure des Talibans, d’une part, et profiter
de la participation de l’aile modérée des Talibans au pouvoir, d’autre part,
pour améliorer l’image du président Hamid Karzaï aux yeux du peuple afghan. «
Nul ne sait si ces négociations vont réussir ou pas, mais Je pense qu’Obama
fera de son mieux pour en tirer le plus de profit possible. Il va tenter de
rapprocher les points de vue autant que possible pour parvenir à un compromis
», prévoit le Dr Hicham.
Parallèlement
au dialogue interafghan, le président américain jouera sur une autre corde,
celle de la médiation étrangère. Ses choix sont déjà faits. Outre l’Arabie
saoudite qui pourrait avoir une certaine influence sur le déroulement des
choses en Afghanistan, Obama a laissé entendre qu’il envisage une approche plus
« régionale » de la question, souhaitant inciter le Pakistan à faire des
efforts et espérant impliquer dans le processus l’Inde, la Russie et l’Iran. L’Iran
? Ennemi numéro un des Etats-Unis? L’un des pays de « l’axe du mal » ? Oui,
c’est ce que le président américain a avoué — lui-même — cette semaine, car nul
ne peut nier que l’Iran est un acteur « influent » dans la région et, bien
plus, il joue un rôle de premier plan dans le soutien des Talibans pour causer
de graves troubles aux forces américaines et internationales en Afghanistan. Aussi,
Obama a-t-il décidé, cette semaine, d’engager d’éventuelles discussions avec
Téhéran, dans l’objectif de convaincre ce pays de cesser son soutien aux «
terroristes » et de peser de son poids pour instaurer la paix dans le pays. N’oublions
pas que l’Iran a des frontières communes avec l’Afghanistan, il reçoit un bon
nombre de réfugiés afghans sur son sol et il a des relations fortes avec
certaines tribus afghanes. Selon les experts, Obama a bien fait son choix, car
les deux pays ont un même objectif en Afghanistan, l’Iran à majorité chiite n’a
plus envie comme les Américains de voir des extrémistes sunnites prendre le
pouvoir en Afghanistan. Pourtant, il reste à savoir qu’impliquer l’Iran dans la
résolution du conflit afghan serait fructueux, tant que le problème du
nucléaire n’est pas encore réglé.
Maha Al-Cherbini