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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Iraq. Le Parlement a entamé lundi l’examen en première lecture de l’accord sur la présence américaine, adopté la veille par le gouvernement. Les débats s’annoncent houleux, le mouvement Sadr ayant annoncé son intention de tout faire pour bloquer sa ratification.

Les Iraqiens divisés

C’est le 24 novembre prochain que le Parlement iraqien doit se prononcer définitivement sur l’accord concernant le retrait des troupes américaines d’ici 2011. Après son adoption au Parlement, le texte devra être entériné par la présidence collective, le Conseil présidentiel. Puis le premier ministre, Nouri Al-Maliki apposera sa signature au côté du président américain George W. Bush.

L’examen du projet d’accord par les députés fait suite à son approbation par le gouvernement iraqien. L’Iraq et les Etats-Unis ont signé lundi le pacte bilatéral qui fixe à la fin 2011 le terme de la présence militaire américaine dans le pays, entamée avec l’invasion de mars 2003. Le ministre iraqien des Affaires étrangères, Hochiar Zebari, et l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Ryan Crocker, ont apposé leur signature sur le document négocié pendant près d’un an. A côté de l’accord sur le retrait, les deux hommes ont signé un document stratégique qui définit les liens bilatéraux pour des années dans les domaines « de l’économie, de la culture, de la science, de la technologie, de la santé, du commerce, pour n’en citer que quelques-uns », a déclaré Hochiar Zebari. Cela pour rappeler que parallèlement au retrait des forces américaines, « les deux pays développeront de nombreux autres types de relations », a dit le chef de la diplomatie iraqienne.

Mais l’essentiel aux yeux des Iraqiens reste le pacte bilatéral par lequel les Etats-Unis promettent de retirer leurs troupes — qui totalisent actuellement autour de 150 000 hommes — dans un délai de trois ans, d’ici le 31 décembre 2011.

En vertu du texte qui contient 31 articles, les forces américaines seront placées pour la première fois sous l’autorité du gouvernement iraqien. Le pacte prévoit aussi qu’à partir de la mi-2009, les troupes américaines ne patrouilleront plus dans les rues des villes et villages. Un calendrier sur lequel devra se pencher le président américain élu Barack Obama, qui a confirmé dimanche sa promesse faite lors de la campagne électorale de retirer l’ensemble des unités de combats d’ici mi-2010. Les forces américaines restitueront leurs bases à l’Etat iraqien dans le courant de 2009 et ne pourront plus décider elles-mêmes de mener des raids contre des habitations sans en avoir reçu l’ordre d’un magistrat iraqien ou sans avoir obtenu l’autorisation du gouvernement. Concernant l’immunité accordée aux soldats, un point litigieux, un comité conjoint déterminera si un militaire américain soupçonné de crime est éventuellement passible des tribunaux iraqiens. L’Iraq aura aussi le droit de fouiller les expéditions de matériel américain tandis que les dossiers des 16 400 Iraqiens détenus par l’armée américaine seront transférés à Bagdad pour jugement, a annoncé le porte-parole du gouvernement Ali Al-Dabbagh.

Le premier ministre Nouri Al-Maliki a précisé devant le gouvernement « les avancées et les points sur lesquels il n’a pas été possible d’obtenir ce que l’Iraq souhaitait », a pour sa part déclaré le ministre des Sciences et Technologie Raëd Jahed Fahmi. « Ce n’est pas l’accord idéal mais c’est le meilleur comparé aux autres alternatives. Un long chemin a été parcouru depuis le premier texte (...) qui était inacceptable », a-t-il cependant ajouté.

Pour les responsables de Bagdad, le fait d’avoir obtenu une date ferme est en soi une victoire dans leurs négociations avec les Américains, l’administration sortante de George Bush ayant longtemps refusé de s’engager sur ce point. Or, si la plupart des formations politiques iraqiennes estiment que l’accord de sécurité conclu entre l’Iraq et les Etats-Unis est la meilleure formule pour obtenir le départ des troupes étrangères, il reste à convaincre la population, une tâche compliquée, estiment des analystes.

Protestations des Sadristes

Les partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr, dont le pouvoir s’est affaibli ces derniers mois en raison d’une campagne de l’armée iraqienne contre sa milice, l’Armée du Mahdi, ont promis de manifester massivement contre l’accord. Leurs protestations peuvent les aider à se mobiliser à l’approche des élections provinciales prévues le 31 janvier, mais ils ignorent les avantages de l’accord, explique Tariq Al-Mamori, rédacteur en chef du journal iraqien Bilad Al-Youm, cité par l’AFP.

En effet, le bloc parlementaire de Moqtada Sadr a déclaré lundi avoir l’intention d’empêcher par « tous les moyens légaux » l’adoption par la Chambre des députés de l’accord de sécurité avec les Etats-Unis, et il « va essayer de constituer une alliance au sein du Parlement dans ce but », a affirmé le porte-parole du mouvement Sadr, Ahmad Al-Massoudi. Le courant anti-américain Sadr, qui a une trentaine de députés sur les 275, a l’intention de soumettre au Parlement une proposition de loi exigeant que l’accord, pour être valide, doit obtenir une majorité des deux tiers. « Il ne faut pas qu’il soit adopté à la majorité simple. Nous considérons que l’adoption à la majorité simple va à l’encontre des instructions de Ali Al-Sistani, qui souhaite un consensus national sur cet accord », a ajouté M. Massoudi, dont le mouvement exige un retrait immédiat et inconditionnel des troupes américaines d’Iraq. Le grand ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite d’Iraq, a donné vendredi implicitement son feu vert au texte mais demandé qu’il y ait un large consensus « car c’est un sujet qui concerne tous les Iraqiens ».

D’autre part, estime Joost Hiltermann, de l’International Crisis Group, également cité par l’AFP, « quoi qu’ils disent aujourd’hui (...) les partis au pouvoir veulent que les forces américaines restent ». « La présence américaine les maintient au pouvoir et ils sont conscients du fait qu’ils sont faibles et impopulaires avec une armée qui a été seulement partiellement reconstruite et reste tristement inefficace », ajoute-t-il.

Les Iraqiens ne sont donc pas au bout de leur peine. D’autant plus que la capacité des forces iraqiennes à assumer la sécurité de leur pays fait encore l’objet d’interrogations, surtout de la part des Etats-Unis. Nouri Al-Maliki peut se targuer de succès militaires qui ont ramené la violence à son plus bas niveau depuis 2004. Cependant, les responsables iraqiens le reconnaissent : de nombreuses failles existent encore. « Nous sommes autonomes sur beaucoup de plans, mais nous avons encore besoin d’aide (de la coalition dirigée par les Etats-Unis) pour la surveillance des frontières, l’armée de l’air, la marine, les outils sophistiqués de contre-terrorisme et nous devons progresser sérieusement en matière de renseignements », a reconnu le conseiller iraqien pour la sécurité nationale Mouaffak Al-Roubaïe.

Abir Taleb

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La présence militaire américaine en chiffres

L’accord approuvé dimanche par le gouvernement iraqien fixe les règles de conduite durant trois ans jusqu’à fin 2011 des soldats américains, 152 000 actuellement, présents en Iraq dans plus de 400 bases. Ils sont placés sous le commandement du général Raymond Odierno, qui a succédé en septembre au général David Petraeus, crédité d’avoir amélioré la sécurité dans le pays.

A Bagdad, la capitale, se trouvent au total 31 000 soldats américains ainsi que deux sections de Macédoniens, une section d’Estoniens, une section de Bosniaques et une section d’Albanais de la force multinationale dirigée par les Etats-Unis. Ils travaillent avec 48 000 militaires et commandos de police et 23 200 policiers iraqiens. Dans le nord, notamment dans les régions de Mossoul et de Diyala considérées comme les plus dangereuses, 25 000 soldats américains sont déployés. Dans l’ouest, 28 000 marines sont présents dans la province sunnite d’Al-Anbar aux côtés de 37 000 membres des forces de sécurité iraqiennes. Les soldats américains sont également présents dans le sud de l’Iraq sauf à Bassorah où se trouvent quelque 4 000 soldats britanniques. Au 15 novembre, 4 198 militaires américains avaient été tués en Iraq depuis l’invasion de mars 2003, selon un bilan établi par l’AFP à partir du site Internet indépendant www.icasualties.org.

 

 

 




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