Iraq.
Le Parlement a entamé lundi l’examen en première lecture de
l’accord sur la présence américaine, adopté la veille par le
gouvernement. Les débats s’annoncent houleux, le mouvement
Sadr ayant annoncé son intention de tout faire pour bloquer
sa ratification.
Les Iraqiens divisés
C’est
le 24 novembre prochain que le Parlement iraqien doit se
prononcer définitivement sur l’accord concernant le retrait
des troupes américaines d’ici 2011. Après son adoption au
Parlement, le texte devra être entériné par la présidence
collective, le Conseil présidentiel. Puis le premier
ministre, Nouri Al-Maliki apposera sa signature au côté du
président américain George W. Bush.
L’examen du projet d’accord par les députés fait suite à son
approbation par le gouvernement iraqien. L’Iraq et les
Etats-Unis ont signé lundi le pacte bilatéral qui fixe à la
fin 2011 le terme de la présence militaire américaine dans
le pays, entamée avec l’invasion de mars 2003. Le ministre
iraqien des Affaires étrangères, Hochiar Zebari, et
l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Ryan Crocker, ont
apposé leur signature sur le document négocié pendant près
d’un an. A côté de l’accord sur le retrait, les deux hommes
ont signé un document stratégique qui définit les liens
bilatéraux pour des années dans les domaines « de
l’économie, de la culture, de la science, de la technologie,
de la santé, du commerce, pour n’en citer que quelques-uns
», a déclaré Hochiar Zebari. Cela pour rappeler que
parallèlement au retrait des forces américaines, « les deux
pays développeront de nombreux autres types de relations »,
a dit le chef de la diplomatie iraqienne.
Mais l’essentiel aux yeux des Iraqiens reste le pacte
bilatéral par lequel les Etats-Unis promettent de retirer
leurs troupes — qui totalisent actuellement autour de 150
000 hommes — dans un délai de trois ans, d’ici le 31
décembre 2011.
En vertu du texte qui contient 31 articles, les forces
américaines seront placées pour la première fois sous
l’autorité du gouvernement iraqien. Le pacte prévoit aussi
qu’à partir de la mi-2009, les troupes américaines ne
patrouilleront plus dans les rues des villes et villages. Un
calendrier sur lequel devra se pencher le président
américain élu Barack Obama, qui a confirmé dimanche sa
promesse faite lors de la campagne électorale de retirer
l’ensemble des unités de combats d’ici mi-2010. Les forces
américaines restitueront leurs bases à l’Etat iraqien dans
le courant de 2009 et ne pourront plus décider elles-mêmes
de mener des raids contre des habitations sans en avoir reçu
l’ordre d’un magistrat iraqien ou sans avoir obtenu
l’autorisation du gouvernement. Concernant l’immunité
accordée aux soldats, un point litigieux, un comité conjoint
déterminera si un militaire américain soupçonné de crime est
éventuellement passible des tribunaux iraqiens. L’Iraq aura
aussi le droit de fouiller les expéditions de matériel
américain tandis que les dossiers des 16 400 Iraqiens
détenus par l’armée américaine seront transférés à Bagdad
pour jugement, a annoncé le porte-parole du gouvernement Ali
Al-Dabbagh.
Le premier ministre Nouri Al-Maliki a précisé devant le
gouvernement « les avancées et les points sur lesquels il
n’a pas été possible d’obtenir ce que l’Iraq souhaitait », a
pour sa part déclaré le ministre des Sciences et Technologie
Raëd Jahed Fahmi. « Ce n’est pas l’accord idéal mais c’est
le meilleur comparé aux autres alternatives. Un long chemin
a été parcouru depuis le premier texte (...) qui était
inacceptable », a-t-il cependant ajouté.
Pour les responsables de Bagdad, le fait d’avoir obtenu une
date ferme est en soi une victoire dans leurs négociations
avec les Américains, l’administration sortante de George
Bush ayant longtemps refusé de s’engager sur ce point. Or,
si la plupart des formations politiques iraqiennes estiment
que l’accord de sécurité conclu entre l’Iraq et les
Etats-Unis est la meilleure formule pour obtenir le départ
des troupes étrangères, il reste à convaincre la population,
une tâche compliquée, estiment des analystes.
Protestations des Sadristes
Les partisans du chef radical chiite Moqtada Sadr, dont le
pouvoir s’est affaibli ces derniers mois en raison d’une
campagne de l’armée iraqienne contre sa milice, l’Armée du
Mahdi, ont promis de manifester massivement contre l’accord.
Leurs protestations peuvent les aider à se mobiliser à
l’approche des élections provinciales prévues le 31 janvier,
mais ils ignorent les avantages de l’accord, explique Tariq
Al-Mamori, rédacteur en chef du journal iraqien Bilad
Al-Youm, cité par l’AFP.
En effet, le bloc parlementaire de Moqtada Sadr a déclaré
lundi avoir l’intention d’empêcher par « tous les moyens
légaux » l’adoption par la Chambre des députés de l’accord
de sécurité avec les Etats-Unis, et il « va essayer de
constituer une alliance au sein du Parlement dans ce but »,
a affirmé le porte-parole du mouvement Sadr, Ahmad
Al-Massoudi. Le courant anti-américain Sadr, qui a une
trentaine de députés sur les 275, a l’intention de soumettre
au Parlement une proposition de loi exigeant que l’accord,
pour être valide, doit obtenir une majorité des deux tiers.
« Il ne faut pas qu’il soit adopté à la majorité simple.
Nous considérons que l’adoption à la majorité simple va à
l’encontre des instructions de Ali Al-Sistani, qui souhaite
un consensus national sur cet accord », a ajouté M. Massoudi,
dont le mouvement exige un retrait immédiat et
inconditionnel des troupes américaines d’Iraq. Le grand
ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité religieuse
chiite d’Iraq, a donné vendredi implicitement son feu vert
au texte mais demandé qu’il y ait un large consensus « car
c’est un sujet qui concerne tous les Iraqiens ».
D’autre part, estime Joost Hiltermann, de l’International
Crisis Group, également cité par l’AFP, « quoi qu’ils disent
aujourd’hui (...) les partis au pouvoir veulent que les
forces américaines restent ». « La présence américaine les
maintient au pouvoir et ils sont conscients du fait qu’ils
sont faibles et impopulaires avec une armée qui a été
seulement partiellement reconstruite et reste tristement
inefficace », ajoute-t-il.
Les Iraqiens ne sont donc pas au bout de leur peine.
D’autant plus que la capacité des forces iraqiennes à
assumer la sécurité de leur pays fait encore l’objet
d’interrogations, surtout de la part des Etats-Unis. Nouri
Al-Maliki peut se targuer de succès militaires qui ont
ramené la violence à son plus bas niveau depuis 2004.
Cependant, les responsables iraqiens le reconnaissent : de
nombreuses failles existent encore. « Nous sommes autonomes
sur beaucoup de plans, mais nous avons encore besoin d’aide
(de la coalition dirigée par les Etats-Unis) pour la
surveillance des frontières, l’armée de l’air, la marine,
les outils sophistiqués de contre-terrorisme et nous devons
progresser sérieusement en matière de renseignements », a
reconnu le conseiller iraqien pour la sécurité nationale
Mouaffak Al-Roubaïe.
Abir
Taleb