Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Double jeu de Khartoum
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Soudan. Plusieurs mouvements rebelles accusent Khartoum d’avoir violé le cessez-le-feu juste après son annonce par le président Béchir. Ce dernier est aussi suspecté de vouloir détourner l’attention des accusations de crimes de guerre portées contre lui.

Double jeu de Khartoum

En annonçant un cessez-le-feu au Darfour, le président soudanais, Omar Al-Béchir, semble vouloir jouer une dernière carte pour sauver sa peau, alors qu’il risque d’être poursuivi par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité dans cette région de l’ouest du Soudan, en proie à une guerre civile depuis trois ans. Or, à peine décrété, le couvre-feu a été violé. Et le scénario est toujours le même : un bombardement de l’armée, suivi d’une accusation lancée par les rebelles au régime d’avoir violé le cessez-le-feu, suivi de la justification classique donnée par l’armée pour souligner qu’il ne s’agit pas d’une rupture de la trêve.

Ainsi, l’armée soudanaise a annoncé dimanche que des heurts avaient opposé ses troupes à des « voleurs » dans la région du Darfour. Auparavant, des commandants rebelles avaient accusé le régime soudanais d’avoir bombardé vendredi la région de Kurbia, dans le Nord-Darfour, en dépit de l’annonce mercredi par le président Omar Al-Béchir d’une trêve immédiate. Quatre mouvements rebelles du Darfour ont ainsi annoncé samedi que l’aviation soudanaise avait bombardé leurs positions la veille. Un membre du personnel des Nations-Unies ayant requis l’anonymat a également fait état de bombardements signalés par des rebelles et des civils présents dans le secteur situé entre les camps de Kourbia et d’Oum Mahareik, non loin d’un axe routier important du Nord-Darfour. Selon Ibrahim Al-Hillo, un commandant de l’Armée de libération du Soudan (SLA), les attaques de l’armée ont fait un mort et blessé deux garçons. Deux autres personnes sont portées disparues et le bétail a été décimé, toujours selon M. Hillo, qui a qualifié M. Béchir de « menteur ». « Nous avons des sources crédibles (...) en provenance du Darfour disant que les forces aériennes du gouvernement ont mené une campagne de bombardements dans le village de Kurbia, visant ce qui semblerait être des combattants de la SLA », a déclaré de son côté Tahir Al-Faki, un membre du JEM basé à Londres. Nimir Mohammed Abdelrahman, un autre porte-parole de la SLA, a accusé le gouvernement d’attaques dans la zone de Disa, à proximité du secteur dont parlent les deux autres responsables.

Mais l’armée a démenti, assurant qu’elle s’en tenait à l’ordre du chef de l’Etat, et a affirmé qu’aucun mouvement n’a eu lieu dans ce secteur. Le porte-parole de l’armée, le général Mohamed Osman Al-Aghbash, cité par le site Internet Sudan Media Centre, considéré proche des services de renseignements, a déclaré qu’un « convoi humanitaire de camions a été pris dans une embuscade par des voleurs dans la région de Kurbia », et que « l’armée est intervenue et a commencé à affronter les voleurs. Ces derniers se sont enfuis et l’armée n’a subi aucune perte ». Evidemment, le gouvernement a démenti les bombardements de vendredi, ajoutant que toute opération future serait menée en état de légitime défense.

 

Déclaration de principe

De son côté, Mohammed Mandour Al-Mahadi, ténor du Parti du congrès national (NCP, au pouvoir), a établi une distinction entre les rebelles et les bandits. « Les autres, les bandits, sont-ils inclus dans le cessez-le-feu ? », a-t-il déclaré à la presse. « Je ne le crois pas. Si on a un voleur au Darfour, il faut l’affronter ». Mais encore faut-il être clair sur cette distinction, qui risque de laisser à l’armée une porte ouverte lui permettant d’opérer comme elle le veut au Darfour. Le cessez-le-feu concerne les mouvements rebelles mais « le gouvernement doit combattre les autres et nettoyer les rues du Darfour », a également déclaré le responsable soudanais, ce qui, aux yeux des mouvements rebelles, équivaut à une rupture de la trêve. Une trêve, qui, d’ores et déjà, a été rejetée par le principal mouvement rebelle de la région, le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), qui a qualifié la déclaration du président Béchir de « propagande » et qui a réclamé une déclaration de principe sur le sujet. « Ce n’est pas nouveau que Béchir annonce un cessez-le-feu » au Darfour, a déclaré à l’AFP le porte-parole du JEM, Taher Al-Faki. « Ça a été fait 100 fois », a ajouté le porte-parole basé à Londres. Et d’accuser le régime de Khartoum d’avoir lancé des attaques au moment même de l’annonce de précédentes trêves. « A chaque fois que le gouvernement soudanais annonce un cessez-le-feu, ça signifie qu’il va faire autre chose ».

Pendant ce temps, l’Onu, qui s’était dans un premier temps félicitée de l’annonce de Béchir, a dit qu’elle enquêtait sur des allégations des rebelles. « Nous essayons de confirmer ces informations avec nos troupes sur le terrain », a déclaré samedi dernier le commandant Ahmed Salah, porte-parole de la Force conjointe de l’Onu et de l’Union africaine au Darfour (Minuad).

Outre le cessez-le-feu immédiat, M. Béchir a appelé mercredi dernier au désarmement des milices du Darfour. « J’annonce solennellement un cessez-le-feu inconditionnel entre les forces armées et les factions en guerre, pourvu qu’un mécanisme de contrôle efficace soit mis en place et soit surveillé par toutes les parties impliquées », avait déclaré le président soudanais. Non dans une réelle volonté de paix, mais dans une tentative, selon ses détracteurs, de détourner l’attention sur les accusations de crimes de guerre au Darfour, portées contre lui par le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI).

Abir Taleb

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