Nouveautés.
Trois ouvrages témoignent de la nostalgie des éditeurs
occidentaux d’un Orient prospère et fascinant, entre
photographies de l’Egypte des XIXe et XXe siècles et les
Mille et une nuits.
L’Egypte, le Nil et l’Histoire
Deux
ouvrages, récemment parus, reflètent une égyptophilie
française produite par la plume de quelques auteurs et
photographes, aux liens particuliers avec l’Egypte. La
surprise plutôt heureuse de ces deux publications est que
chacune réunit un écrivain et un collectionneur hors du
commun de photos de l’Egypte moderne. L’Egypte d’hier en
couleurs (édition Chêne Paris, 2008), réunit Robert Solé et
Max Karkégi, tandis que Le Nil des Egyptiens (édition Ouest
France, 2008) est un travail en commun du dynamique
directeur du Centre culturel d’Egypte à Paris, Mahmoud
Ismaïl, et du photographe au patronyme illustre Hervé
Champollion.
Ce dernier ouvrage est aussi gratifié par une brève mais
dense préface de Robert Solé. Ainsi, l’auteur du Tarbouche
et du Sémaphore d’Alexandrie a bien voulu être le lien entre
ces deux publications.
Rendons hommage à Max Karkégi et à Mahmoud Ismaïl. Le
premier pour sa patience et sa discrétion, mais aussi sa
passion pour l’Egypte royale, qui a fait de lui un
collectionneur de photos et de toutes sortes de documents de
l’Egypte des rois hors commun.
Nous avions à Bruxelles un autre Egyptien qui était lui
aussi passionné de photos et de documentation de l’Egypte
des rois, mais avec une touche intellectuelle et artistique,
ce fut le regretté Roger Camille.
Quant à Mahmoud Ismaïl, on ne peut que saluer sa première
édition à Paris. Lui, qui passait son temps à gérer avec
intelligence et enthousiasme les activités du Centre
culturel d’Egypte à Paris, le voici sur la voie de répandre
sa matière grise en livre, pour rejoindre la caste des
écrivains francophones passionnés de l’Egypte.
Pour Hervé Champollion et Robert Solé, le puits de
l’égyptophilie est encore inépuisable. Le premier par sa
plume alerte et le deuxième par ses zooms photographiques
sur l’Egypte d’aujourd’hui, qui rendent encore certains
aspects modestes très poétiques dans sa philosophie.
Ysabel Baudis, une nouvelle Schéhérazade
En découvrant la dernière et précieuse édition des Mille et
une nuits, de l’éditeur parisien Hazan, la fameuse phrase
d’Haussmann à Napoléon III m’est revenue à l’esprit : « Il
faut parfois dépenser avant de penser ». Il paraît que
l’immortel architecte de Paris a réussi à convaincre
l’empereur de lui accorder le budget nécessaire aux travaux
de Paris uniquement grâce à la précision et à la concision
de cette phrase.
Ainsi, il semble qu’Ysabel Baudis a réussi à convaincre
l’éditeur, en pleine crise d’édition en France et dans le
monde, de publier une nouvelle édition ultrachic,
accompagnée de quelques dessins érotiques du célèbre peintre
orientalisant Van Dongen.
Les lecteurs français et arabes connaissent Ysabel Baudis
par son œuvre, obsédée par le mariage aussi bien culturel
que spirituel, entre l’Orient et l’Occident.
De sa
célèbre biographie d’Oum Kalsoum (éd. Du Rocher) à son
travail mariant la poésie à la calligraphie (éd. De Hazan),
Ysabel poursuit, tel Œdipe devant le Sphinx, sa destinée
vers un idéal ancestral qui consiste à chercher sa moitié «
chez l’autre », qui à son tour cherche ses racines chez nous.
Dans
cette édition des Mille et une nuits, Ysabel Baudis a voulu
faire aimer cette somme de la culture arabe, déjà célèbre
depuis le XVIIIe siècle en France. Ce qui est intéressant
dans cette édition, c’est qu’elle est basée sur la
traduction du Dr Mardrus, célèbre médecin du Caire, à qui
nous devons, entre autres, la découverte et la traduction
des contes de Sindbad, oubliés de Gallan lors de la première
traduction des Mille et une nuits du XVIIIe siècle, et une
amitié à Jean Cocteau, qui a initié l’auteur de La Machine
infernale aux délices physiques et intellectuels de l’Orient
égyptien.
Enfin,
en ces temps où l’on parle d’un prétendu choc des cultures,
Ysabel Baudis continue sa prophétie réconciliatrice entre
l’Orient et l’Occident, à travers la Méditerranée qu’elle ne
cesse de traverser pour suivre le vieil adage saint-simonien
faisant de la Méditerranée « le lit nuptial » du mariage de
l’Orient et l’Occident.
Ahmed
Youssef