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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Poésie. La Dernière crue du Nil est un recueil de poèmes écrits par le « prince » Naguib Abd Allah au cours des 30 dernières années. Des vers empreints de la nostalgie élégante et de la décadence propres aux anciennes grandes familles égyptiennes d’avant la Révolution. 

Le Dandy des bords du Nil 

Les éditions parisiennes de Janus ont publié, en juin dernier, un recueil de poèmes du prince Naguib Abd Allah, qui, pour certains, remontent à plus de 30 ans. Ces 163 poèmes qui forment cette compilation se détachent du carcan de la poésie classique en vers pour s’échapper vers une prose souple. « Je fais de la prose libre, parfois des rimes arrivent, par inadvertance, parce que ma langue est bonne ». Bien que l’amour, contrarié, déçu, éternellement malheureux et fugace emplisse ces pages, d’autres thèmes, foncièrement égyptiens comme le culte des dieux pharaoniques et les louanges au Nil éternel, se dévoilent en filigrane dans les textes.

C’est bien sur le Nil, dans une ambiance typiquement poétique, que Naguib Abd Allah s’inspire. Même dans son séjour en France, il reste rassasié par ce paysage. Une barque en bois sombre, ajourée de moucharabieh, traverse paisiblement la langue du Nil qui sépare l’île de Dahab de la corniche de Maadi. Elle s’avance jusqu’à un perron qui s’enfonce dans les eaux troubles du fleuve, encadré de deux lampadaires qui guident le visiteur vers l’entrée de la vaste propriété du « prince » Naguib Abd Allah. Installé dans un fauteuil de jardin moelleux, une longue abaya jetée sur les épaules pour le protéger des frimas du mois de novembre, le prince Naguib raconte son amour de la poésie, et sa vie de dandy devant l’éternel. « Mes poèmes sont des émotions amoureuses écrites sur un bout de nappe, un paquet de cigarette, un petit morceau de papier … », raconte-t-il avec une élocution fort châtiée qui en dit long sur ses origines aristocratiques.

 

Temps béni

Naguib Abd Allah naît au Caire en 1949. Sa mère est issue d’une lignée de nobles lorrains et son père est à la tête d’un des plus vastes domaines fonciers de l’époque pré-nassérienne. Le jeune homme grandit dans un univers de raffinement et de luxe inouïs, et baigne dans la culture et la langue françaises dès sa plus tendre enfance. « Le français est ma langue maternelle, et ce n’est pas grâce à l’ascendance de ma mère car toute la cour d’Egypte parlait le français ». Il ajoute, paillette malicieuse dans le regard ciel : « Peut-être par opposition à l’anglais … ».

Il poursuit sa scolarité à Genève, avant d’échouer dans la ville qui l’emprisonnera dans les filets de ses charmes : Paris. « Paris est ma ville de jeune homme, explique le prince. J’évoluais dans le cercle clos de l’aristocratie parisienne, je fréquentais les duchesses, côtoyait les hommes politiques dans les salons intellectuels, rencontrait et charmait les femmes belles et puissantes … », poursuit celui que le tout-Paris de l’époque surnomma « Le Prince charmant ».

« Mon grand ami Albert Cossery, qui aimait mes poèmes, m’a dit un jour : Il faut être toi pour écrire de la poésie de nos jours … ne jette jamais aucun poème, conserve-les dans des tiroirs, des boîtes à chaussures … n’importe où, pourvu que tu ne t’en débarrasses pas », explique Naguib en se remémorant le temps béni de la chasse aux Parisiennes à la terrasse des cafés, en compagnie de son illustre ami. « Maintenant que cet ouvrage a été publié, je prends conscience de l’intime que j’y révèle, et m’inquiète d’être lu … », poursuit le prince, en faisant tournoyer sa main parée d’une chevalière frappée de trois croissants, symbole de la royauté.

Il jette un coup d’œil attendri à la fontaine tarie, entourée d’une joyeuse profusion de roses sauvages, avant de poursuivre : « Dans ce palais, je suis coupé du monde, je reste dans cette Egypte nostalgique, cette belle Egypte … ». Celle d’avant la révolution nassérienne qui a dépouillé sa famille de ses dernières propriétés, les rares ayant survécu à la frénésie du jeu de son père. « Tous les amis de mon père lui avaient prédit une fin appauvrie. Il a eu une fin pauvre. Mais cela a été le lot de tous ses amis … il leur a déclaré, triomphant : Je vais mourir pauvre, mais je n’ai pas laissé grand-chose au Colonel Nasser ! ».

La nostalgie et la décadence de ce dandy du Nil sont le sujet du poème intitulé La Ville, dont les vers suivants sont extraits :

« Ce ne sont plus pour Elle que jours comptés

Vois les démolisseurs renversent son splendide passé ».

Louise Sara

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La Dernière crue du Nil, du prince Naguib Abd Allah, éditions Janus, Paris 2008.  

 




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