Al-Ahram Hebdo, Littérature | Neamate Ibrahim; La leader
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Littérature

Dans cette nouvelle inédite, l’écrivaine égyptienne Neamate Ibrahim dépeint le milieu de la débauche autour d’un club lugubre et mystérieux, où se déroule une bataille entre le bien et le mal, la vertu et le vice.  

La leader 

Les pancartes furent accrochées, les appels fusèrent de partout et le crieur dit d’une voix forte et résonnante :

« Les présents informent les absents et les proches informent les lointains que la débauche, péché depuis le début de l’humanité, a décidé avec la venue du nouveau centenaire de choisir un nouveau leader ». En effet, les actions du club sont en baisse par rapport aux centenaires précédents et les membres aspirent à un nouveau leader qui puisse remettre d’aplomb le club avec la venue du nouveau siècle.

Ce club rassemblait, au fait, tous les péchés et les maux de la terre et ne permettait à aucune bonne action ou qualité de fouler son sol.

C’était un club lugubre et étrange qui ressemblait aux grottes des voleurs, aux souterrains que recherchent avidement les chauves-souris, les araignées, les corbeaux et les hiboux …

L’endroit où se déroulaient les réunions était un fouillis de pierres et de rochers de couleur grisâtre, dans un environnement bruyant, dans l’enchevêtrement des fils des araignées, la proximité des chauves-souris et les hurlements des hiboux.

Le silence planait sur l’assemblée lorsqu’une voix forte et stridente se fit entendre pour annoncer l’ouverture de la séance :

« J’annonce le début de la séance et je demande à tous les électeurs de s’avancer pour se présenter et faire le bilan de leurs œuvres et exposer leurs services ».

Du côté droit, se montra une chose étrange qui émergea de sur une pierre brisée. Il était énorme, vêtu de loques et marchait lentement. Sans trop se hâter et pesamment, il s’avança vers la tribune. Il salua, de la tête, l’assemblée avec lenteur et annonça :

« Je … je … je suis à la hauteur de la responsabilité et de la direction de ce club parce que je suis calme et sage. Je ne forme de jugements sur les faits qu’après avoir longuement réfléchi … Longuement. Je ne décide de rien qu’après avoir interrogé, mené mes investigations et pesé les faits … Posé des questions nombreuses et soupesé le pour et le contre. Je cherche … Cherche … Cherche … Mes décisions sont maintes fois réfléchies … J’aime le repos et le calme parfait … Il y a un dicton célèbre qui dit : La paresse est plus douce que le miel. Ha … Ha … Ha … ».

A cet instant, l’assemblée se mit à applaudir en chœur : « Nous aimons le miel ».

Alors, une voix de femme se fit entendre. Elle s’opposait. Un être étrange à la tête énorme qui laissait découvrir une multitude de langues qui transperçaient ses lèvres. Elle dit d’une voix stridente, comme si elle parlait en plusieurs langues à la fois :

« Non et non et non … La paresse ne convient pas au leadership et pour mettre en place les règles, les lois et les décisions … Il vaut mieux ne pas applaudir. Que l’assemblée se taise … ».

Un silence dramatique régna. Puis la femme aux langues multiples, telle une vipère, s’avança :

« La paresse ne convient pas pour diriger le club, parce qu’elle est lente à l’action, ennuyeuse. La vie moderne nécessite de l’action et de la vitesse. J’ai donc plus d’atouts pour la direction que lui parce que je suis plus rapide que lui. Ce que je dis la nuit se propage également le jour, se transformant en quelques secondes en histoires que les gens se communiquent et en faits que les hommes se racontent dans les lieux publics et sur les routes. Mes histoires vont plus vite que les vents et s’envolent sans ailes. Je connais les secrets et rapporte les informations, réelles ou mystifiées. L’important est que je propage les rumeurs et les cultive. J’ai une connaissance profonde des groupes humains et je remplis les cœurs de haine et de rancune … Je décompose les faits et mélange les actions. Personne n’est plus apte à voir une quelconque chose ou à en juger … Sans vraiment qu’ils s’en rendent compte. Ils finissent par exécuter mes décisions, sans hésiter ».

Un instant de silence fut interrompu par une voix enrouée qui affirma :

« La calomnie ne convient pas au leadership parce qu’elle divise les gens et remplit leurs cœurs de haine. Mais ce dont nous avons besoin actuellement, c’est d’amour et de liens … ».

Tous les regards se dirigèrent vers la voix. Ils aperçurent un homme grand de taille, à la tête percée de plusieurs yeux. Il s’avança rapidement vers la tribune en disant :

« Je suis plus apte à la direction que les êtres qui se préoccupent de calomnie. Mon regard perce et écrase. Ma parole détruit et dévaste. Mes dires vont directement au but dans toutes les circonstances et dans tous les temps … Il est rare qu’une personne fuit mes regards et ma langue. Ma haine est violente. J’aspire à détruire les bienfaits et je me passionne des désastres. Je suis donc l’élu le plus convenable pour ce club … ».

Les malveillances et les mauvaises âmes poursuivirent leur ascension à la tribune pour expliquer, chacun à son tour, leurs arguments, leurs forces et leurs atouts pour démontrer qu’ils sont les plus aptes à la direction.

Subitement, une voix sonore se fit entendre …

Tout le monde se retourna. Ils virent un homme musclé qui entrait par la porte de gauche. Il avait le regard évasif et les oreilles semblables à celles du diable. Il sauta au-dessus des pierres pour arriver à la tribune et pour acclamer sans salutations :

« Je suis un menteur, père de tous les maux. J’entends beaucoup de choses et je transforme ce que j’écoute. Je modifie les vérités et les événements. Je trompe les cœurs tendres. Les faibles esprits me font confiance … Je rapproche les lointains et éloigne les gens proches. J’entends les vers de terre et le son des fourmis sous terre … J’invente histoires et contes pour diviser les gens et disperser les esprits. Ceux qui me suivent ne connaissent ni pitié ni amour et s’emparent des droits des autres. Ils jurent et vocifèrent et trompent les humains. Je suis la force qui plane sur le monde actuellement. Ha … Ha … Ha … Je suis la personne qui convient le mieux à diriger le club des calomnies et des péchés ».

A cet instant, une voix aux sonorités d’or fusa dans la salle. Tout le monde se retourna vers la voix. Un homme aux deux visages se tenait debout. Il avait une face vers le devant et une autre vers l’arrière. Il portait des vêtements bariolés, brillants et plein de bijoux, de brillants, d’or et de toutes les pierres les plus précieuses. Ses perles brillaient et ensorcelaient les regards. Il s’avança vers la tribune avec grandeur et orgueil.

Tout le monde applaudit.

Il dit avec orgueil, arrogance et défi :

« Je mérite effectivement les applaudissements, car je possède ce que vous ne possédez pas. J’ai deux faces qui me permettent de maîtriser les différents aspects des choses. Je possède également des vêtements bariolés qui ensorcellent les regards et envahissent les esprits et envoûtent les personnes qui me suivent de manière à planer dans les nuages. Je falsifie les vérités en douceur et sans violence. Je me moque des hommes en les laissant sereins et nostalgiques. Vous devez suivre toutes mes résonances … Je qualifie les gens de qualités qu’ils ne possèdent pas. Je prends des routes indirectes, mais en douceur. J’avance des promesses aguichantes que je n’exécute pas. Personne ne peut découvrir facilement mes moyens. Ils disent de moi que je suis un dangereux diplomate. Malheureusement, je suis un faux diplomate à l’aura magique qui ensorcelle tout le monde. Je suis donc la personne qui mérite le plus de diriger ce club ».

Le club de tous les maux fut pris d’hésitation. Qui choisir ? Tous sont aptes à la direction. Un chuchotement suivi de bruits se fit entendre. Subitement, l’endroit fut envahi par un silence parfait qu’interrompit une voix fine et aiguë. Elle sortit des rangs en se trémoussant telle une vipère. Elle marchait avec grandeur et fierté et se tint sur la tribune en disant :

« Moi, moi et moi suis la personne qui convient le mieux au leadership et à la direction du club de tous les maux et de toutes les débauches. J’accomplirai des actions que personne d’autre que moi ne pourrait accomplir. Mon égocentrisme et mon orgueil remplissent mon cœur de mensonges, d’hypocrisie, de haine et de calomnie. Bref, tous les maux du monde sont rassemblés en moi ».

A ce moment, tout le monde applaudit pour honorer l’égoïsme. En effet, elle méritait en tout honneur la direction du club. Sans opposition. Ils applaudissent et acclamèrent son nom afin qu’elle dirige le club de toutes les débauches pour des siècles à venir.

Subitement, des bruits et des rires fusèrent de partout. Puis la porte s’ouvrit pour laisser la lumière pénétrer, accompagnée de toutes les bonnes qualités. La loyauté, la sincérité, la fidélité, la générosité, l’amour, les sentiments, le courage, et l’endroit baigna dans une lumière éclatante qui envoûta les cœurs. Toutes les débauches et les maux disparurent au loin dans un coin perdu en compagnie des araignées.

Traduction de Soheir Fahmi 

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Neamate Ibrahim 

Journaliste, Neamate Ibrahim est spécialisée dans le discours à adresser aux enfants. Elle est l’auteure d’un magistère sur « Les techniques utilisées pour s’adresser à l’enfant en son et image » (1976) et d’un doctorat sur l’influence des contes sur la personnalité de l’enfant (1989). Elle est l’auteure de trois feuilletons pour enfants à la télévision Madinat al-toyour (la ville aux oiseaux), Chababik al-zaman (les fenêtres du temps), Afrah Al-Aïd (la joie du Aïd), ainsi que de nombreux feuilletons pour enfants pour la radio. Elle a publié de nombreuses œuvres pour les jeunes chez Dar Al-Safir, Dar Al-Maaref, Al-Qiraa lil gamie et Hayat al-kitab.

 




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