Al-Ahram Hebdo,Invité | Sauli Niinistö;  « L’impact de la crise sur les pays en développement sera moins mauvais que l’on pensait »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Invité

Président du Parlement finlandais, Sauli Niinistö était en visite au Caire la semaine dernière. Dans cet entretien, il évoque les rapports entre l’Egypte et la Finlande et l’impact de la crise financière mondiale sur le Moyen-Orient.

« L’impact de la crise sur les pays en développement sera moins mauvais que l’on pensait » 

Al-ahram hebdo : Vous avez rencontré les présidents de l’Assemblée du peuple et du Conseil consultatif, le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire général de la Ligue arabe. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Sauli Niinistö : C’est ma première visite en Egypte. Après mes discussions avec les responsables égyptiens et le secrétaire général de la Ligue arabe, j’ai pu constater le rôle central que joue l’Egypte dans le processus de paix au Proche-Orient ainsi qu’au Soudan. J’ai pu aussi mesurer à quel point Le Caire prend au sérieux ses missions et obligations envers la région et ses voisins. La crise économique et financière mondiale et son impact sur le Moyen-Orient a également occupé une place importante dans nos pourparlers.

— Justement, en tant qu’ancien ministre des Finances de la Finlande de 1996 à 2003, comment évaluez-vous l’impact de la crise économique et financière mondiale sur le Moyen-Orient et les pays en développement en général ?

— Le problème majeur auquel doivent faire face aujourd’hui le monde et les pays en développement est celui de la récession économique mondiale qui guette tous les pays. Mais je pense que l’impact de cette crise sera moins mauvais que l’on pensait sur les pays de développement, dont l‘Egypte. Ce sont les pays développés qui en pâtiront le plus. Il est cependant très difficile de prévoir l’impact réel de cette crise, car autant qu’il dépend de facteurs économiques et financiers réels, autant qu’il sera influencé par des facteurs psychologiques.

— A votre avis, combien de temps durera cette crise ?

— Nous pouvons prévoir une reprise économique aux Etats-Unis vers la fin de l’année prochaine, alors que les pays européens continueront à connaître des temps difficiles jusqu’en 2010. Donc il faut prévoir entre un an et demi et deux ans. Mais je pense que les pays en développement n’en souffriront pas autant.

— Quels sont les remèdes à prescrire pour résoudre la crise ?

— Les pays européens ainsi que les Etats-Unis ont commencé le traitement de la crise par injecter massivement de l’argent dans le secteur bancaire. Ils ont également lancé des projets d’infrastructure et baissé les taux d’intérêt. De son côté, la Chine a promis d’injecter 600 milliards de dollars dans son économie, ce qui aidera à maintenir à niveau les importations chinoises. Cette mesure sera d’un grand secours pour les autres pays, comme la Finlande, dont les transactions économiques et commerciales avec la Chine sont importantes. Reste tout de même la question des règles du système financier mondial qui doivent être reconstruites sur de nouvelles bases. Le système financier mondial était basé sur un seul mot « la confiance ». Or, cette confiance en le système n’existe plus après la crise. D’où la nécessité de définir de nouvelles règles pour le secteur financier mondial. Le Fonds monétaire international joue à cet égard un rôle moteur. Je suis finalement confiant que le monde surmontera cette crise, comme il l’a fait avec les précédentes crises économiques mondiales. Il faut seulement que tout le monde s’unisse pour la résoudre, car le monde devient de plus en plus interdépendant du fait de la mondialisation. Il faut aussi que les gouvernements concernés s’occupent davantage de réduire les effets de la crise sur les couches les plus pauvres.

— Avez-vous soulevé la question du respect des droits de l’homme avec les responsables égyptiens ?

— J’ai discuté avec le président du Parlement, Ahmad Fathi Sourour, de l’état d’urgence qui est toujours en vigueur en Egypte. Je comprends que la situation en Egypte n’est pas aussi facile, en raison de l’existence du problème du terrorisme. Je comprends aussi qu’agir contre le terrorisme peut entraîner des infractions aux droits de l’homme. La difficulté est de maintenir un équilibre entre les deux. Je pense finalement que l’Egypte a bien réussi à prévenir les attaques terroristes.

— Que pensez-vous de l’idée que prônent certains selon laquelle il faut que les Etats occidentaux, bailleurs de fonds, utilisent l’outil économique pour pousser les gouvernements qui reçoivent cette aide économique à un meilleur respect des droits de l’homme et de la démocratie ?

— Mon opinion est que vous ne pouvez pas acheter les droits de l’homme ou la démocratie, qui doivent provenir du pays et du peuple concernés eux-mêmes. Ceci étant, je ne vois pas d’inconvénients à ce que le monde extérieur aide ce processus — qui doit émaner de l’intérieur du pays concerné — par de l’argent.

— Au moment du lancement de l’Union pour la Méditerranée, une polémique s’est déclenchée entre le sud et le nord de l’Europe sur l’opportunité de créer l’UPM. Les pays nordiques craignaient qu’elle soit faite aux dépens de la politique du voisinage de l’Union européenne en direction de l’Europe de l’Est. Qu’en pensez-vous ?

— Il y a clairement aujourd’hui une meilleure compréhension de la part des pays nordiques de l’importance de créer l’UPM. Cette séparation dont vous parlez entre Nord et Sud de l’Europe appartient au passé. Cette fracture est aujourd’hui apaisée. Et la première conférence des ministres des Affaires étrangères de l’UPM, tenue les 3 et 4 novembre à Marseille, l’a prouvé. Car il y a eu une totale coopération et compréhension des deux parties. Je ne pense pas que la politique méditerranéenne de l’Union européenne soit un obstacle à sa politique de voisinage à l’égard de l’Europe de l’Est. L’une n’exclut pas l’autre. Il est vrai que les ressources de l’UE sont limitées mais nous pouvons parvenir à un juste partage entre les deux.

— Le processus de Barcelone, le prédécesseur de l’Union pour la Méditerranée, a buté sur l’obstacle du non règlement du conflit israélo-arabe. Pensez-vous que l’UPM aura une meilleure chance de surmonter cet obstacle ?

— Je l’espère. Je crois que le fait de voir les pays arabes, la Ligue arabe et Israël s’asseoir autour de la même table est un progrès en soi. Je pense que l’UPM peut aider à faire avancer les choses. Ceci étant, l’UPM ne peut pas remplacer le processus de négociations lui-même entre les parties concernées. Les présidentielles américaines qui viennent d’avoir lieu, les législatives israéliennes qui auront lieu en février, mais aussi le conflit interpalestinien entre le Fatah et le Hamas, auront un impact décisif sur le tour que prendront les événements dans les mois prochains.

— L’Union des écrivains d’Egypte organise début décembre un symposium sur le roman historique chez Naguib Mahfouz et l’écrivain finlandais de renom Mika Waltari, qui a écrit le célèbre roman Sinouhé l’Egyptien. Quelle signification donnez-vous à cet événement ?

— Je suis très heureux de découvrir que notre célèbre écrivain Mika Waltari est aussi connu en Egypte. On a souvent décrit la culture européenne comme ayant sa source dans la culture gréco-romaine. Mais bien avant, l’Europe a maintenu des contacts avec l’Egypte Ancienne. Vous ne pouvez pas trouver beaucoup de pays, en dehors de l’Europe, qui ont autant de bases culturelles communes avec le vieux continent comme l’Egypte.

— Le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, est candidat au poste de directeur général de l’Unesco. Que pensez-vous de la candidature d’un Arabe musulman à ce poste ?

— La question principale qui se pose aujourd’hui à nous est comment améliorer le dialogue et la compréhension entre les gens de différentes cultures, histoires et religions. La grande question est : que faire pour mieux se comprendre entre individus de milieux différents ? Ce problème se pose en Europe en raison de l’immigration. Et peut-être que la candidature et l’éventuelle victoire du ministre égyptien de la Culture dans l’élection au poste de directeur général de l’Unesco aideront à jeter des ponts entre les populations de différentes cultures.

Propos recueillis par Hicham Mourad

 




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