Président du Parlement finlandais,
Sauli Niinistö était en
visite au Caire la semaine dernière. Dans cet entretien, il
évoque les rapports entre l’Egypte et la Finlande et
l’impact de la crise financière mondiale sur le
Moyen-Orient.
« L’impact de la crise sur les pays en développement sera
moins mauvais que l’on pensait »
Al-ahram
hebdo : Vous avez rencontré les présidents de l’Assemblée du
peuple et du Conseil consultatif, le ministre des Affaires
étrangères et le secrétaire général de la Ligue arabe.
Quelles conclusions en tirez-vous ?
Sauli Niinistö :
C’est ma première visite en Egypte. Après mes discussions
avec les responsables égyptiens et le secrétaire général de
la Ligue arabe, j’ai pu constater le rôle central que joue
l’Egypte dans le processus de paix au Proche-Orient ainsi
qu’au Soudan. J’ai pu aussi mesurer à quel point Le Caire
prend au sérieux ses missions et obligations envers la
région et ses voisins. La crise économique et financière
mondiale et son impact sur le Moyen-Orient a également
occupé une place importante dans nos pourparlers.
— Justement, en tant qu’ancien ministre des Finances de la
Finlande de 1996 à 2003, comment évaluez-vous l’impact de la
crise économique et financière mondiale sur le Moyen-Orient
et les pays en développement en général ?
— Le problème majeur auquel doivent faire face aujourd’hui
le monde et les pays en développement est celui de la
récession économique mondiale qui guette tous les pays. Mais
je pense que l’impact de cette crise sera moins mauvais que
l’on pensait sur les pays de développement, dont l‘Egypte.
Ce sont les pays développés qui en pâtiront le plus. Il est
cependant très difficile de prévoir l’impact réel de cette
crise, car autant qu’il dépend de facteurs économiques et
financiers réels, autant qu’il sera influencé par des
facteurs psychologiques.
— A votre avis, combien de temps durera cette crise ?
— Nous pouvons prévoir une reprise économique aux Etats-Unis
vers la fin de l’année prochaine, alors que les pays
européens continueront à connaître des temps difficiles
jusqu’en 2010. Donc il faut prévoir entre un an et demi et
deux ans. Mais je pense que les pays en développement n’en
souffriront pas autant.
— Quels sont les remèdes à prescrire pour résoudre la crise
?
— Les pays européens ainsi que les Etats-Unis ont commencé
le traitement de la crise par injecter massivement de
l’argent dans le secteur bancaire. Ils ont également lancé
des projets d’infrastructure et baissé les taux d’intérêt.
De son côté, la Chine a promis d’injecter 600 milliards de
dollars dans son économie, ce qui aidera à maintenir à
niveau les importations chinoises. Cette mesure sera d’un
grand secours pour les autres pays, comme la Finlande, dont
les transactions économiques et commerciales avec la Chine
sont importantes. Reste tout de même la question des règles
du système financier mondial qui doivent être reconstruites
sur de nouvelles bases. Le système financier mondial était
basé sur un seul mot « la confiance ». Or, cette confiance
en le système n’existe plus après la crise. D’où la
nécessité de définir de nouvelles règles pour le secteur
financier mondial. Le Fonds monétaire international joue à
cet égard un rôle moteur. Je suis finalement confiant que le
monde surmontera cette crise, comme il l’a fait avec les
précédentes crises économiques mondiales. Il faut seulement
que tout le monde s’unisse pour la résoudre, car le monde
devient de plus en plus interdépendant du fait de la
mondialisation. Il faut aussi que les gouvernements
concernés s’occupent davantage de réduire les effets de la
crise sur les couches les plus pauvres.
— Avez-vous soulevé la question du respect des droits de
l’homme avec les responsables égyptiens ?
— J’ai discuté avec le président du Parlement, Ahmad Fathi
Sourour, de l’état d’urgence qui est toujours en vigueur en
Egypte. Je comprends que la situation en Egypte n’est pas
aussi facile, en raison de l’existence du problème du
terrorisme. Je comprends aussi qu’agir contre le terrorisme
peut entraîner des infractions aux droits de l’homme. La
difficulté est de maintenir un équilibre entre les deux. Je
pense finalement que l’Egypte a bien réussi à prévenir les
attaques terroristes.
— Que pensez-vous de l’idée que prônent certains selon
laquelle il faut que les Etats occidentaux, bailleurs de
fonds, utilisent l’outil économique pour pousser les
gouvernements qui reçoivent cette aide économique à un
meilleur respect des droits de l’homme et de la démocratie ?
— Mon opinion est que vous ne pouvez pas acheter les droits
de l’homme ou la démocratie, qui doivent provenir du pays et
du peuple concernés eux-mêmes. Ceci étant, je ne vois pas
d’inconvénients à ce que le monde extérieur aide ce
processus — qui doit émaner de l’intérieur du pays concerné
— par de l’argent.
— Au moment du lancement de l’Union pour la Méditerranée,
une polémique s’est déclenchée entre le sud et le nord de
l’Europe sur l’opportunité de créer l’UPM. Les pays
nordiques craignaient qu’elle soit faite aux dépens de la
politique du voisinage de l’Union européenne en direction de
l’Europe de l’Est. Qu’en pensez-vous ?
— Il y a clairement aujourd’hui une meilleure compréhension
de la part des pays nordiques de l’importance de créer
l’UPM. Cette séparation dont vous parlez entre Nord et Sud
de l’Europe appartient au passé. Cette fracture est
aujourd’hui apaisée. Et la première conférence des ministres
des Affaires étrangères de l’UPM, tenue les 3 et 4 novembre
à Marseille, l’a prouvé. Car il y a eu une totale
coopération et compréhension des deux parties. Je ne pense
pas que la politique méditerranéenne de l’Union européenne
soit un obstacle à sa politique de voisinage à l’égard de
l’Europe de l’Est. L’une n’exclut pas l’autre. Il est vrai
que les ressources de l’UE sont limitées mais nous pouvons
parvenir à un juste partage entre les deux.
— Le processus de Barcelone, le prédécesseur de l’Union pour
la Méditerranée, a buté sur l’obstacle du non règlement du
conflit israélo-arabe. Pensez-vous que l’UPM aura une
meilleure chance de surmonter cet obstacle ?
— Je l’espère. Je crois que le fait de voir les pays arabes,
la Ligue arabe et Israël s’asseoir autour de la même table
est un progrès en soi. Je pense que l’UPM peut aider à faire
avancer les choses. Ceci étant, l’UPM ne peut pas remplacer
le processus de négociations lui-même entre les parties
concernées. Les présidentielles américaines qui viennent
d’avoir lieu, les législatives israéliennes qui auront lieu
en février, mais aussi le conflit interpalestinien entre le
Fatah et le Hamas, auront un impact décisif sur le tour que
prendront les événements dans les mois prochains.
— L’Union des écrivains d’Egypte organise début décembre un
symposium sur le roman historique chez Naguib Mahfouz et
l’écrivain finlandais de renom Mika Waltari, qui a écrit le
célèbre roman Sinouhé l’Egyptien. Quelle signification
donnez-vous à cet événement ?
— Je suis très heureux de découvrir que notre célèbre
écrivain Mika Waltari est aussi connu en Egypte. On a
souvent décrit la culture européenne comme ayant sa source
dans la culture gréco-romaine. Mais bien avant, l’Europe a
maintenu des contacts avec l’Egypte Ancienne. Vous ne pouvez
pas trouver beaucoup de pays, en dehors de l’Europe, qui ont
autant de bases culturelles communes avec le vieux continent
comme l’Egypte.
— Le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, est
candidat au poste de directeur général de l’Unesco. Que
pensez-vous de la candidature d’un Arabe musulman à ce poste
?
— La question principale qui se pose aujourd’hui à nous est
comment améliorer le dialogue et la compréhension entre les
gens de différentes cultures, histoires et religions. La
grande question est : que faire pour mieux se comprendre
entre individus de milieux différents ? Ce problème se pose
en Europe en raison de l’immigration. Et peut-être que la
candidature et l’éventuelle victoire du ministre égyptien de
la Culture dans l’élection au poste de directeur général de
l’Unesco aideront à jeter des ponts entre les populations de
différentes cultures.
Propos recueillis par Hicham Mourad