Al-Ahram Hebdo, Egypte | Colère et indignation
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Egypte

Médecins. La condamnation de deux praticiens égyptiens à 15 ans de prison et à 1 500 coups de fouets en Arabie saoudite pour avoir « provoqué la dépendance d’une patiente saoudienne à la morphine » suscite une vive émotion. Le gouvernement a suspendu les permis accordés aux médecins pour travailler dans ce pays du Golfe.

Colère et indignation

Tandis que l’émotion s’emparait de l’opinion publique après la condamnation, par la justice saoudienne, de deux médecins égyptiens à la prison et à la flagellation, le ministère de la Main-d’œuvre et de l’Immigration sortait enfin de son silence et annonçait des mesures pour « répliquer » à l’affront subi par les deux praticiens. Il a ainsi publié une liste noire de 26 sociétés privées et institutions saoudiennes qui ne respectent pas les droits des travailleurs. La ministre de la Main-d’œuvre, Aïcha Abdel-Hadi, a pris la décision de mettre fin à l’octroi de permis de travail aux médecins en Arabie saoudite, à partir du jeudi 13 novembre, jusqu’à ce qu’un « dénouement soit trouvé à l’affaire des deux médecins condamnés ».

Les faits remontent au mois d’octobre lorsqu’un tribunal saoudien condamne deux médecins égyptiens, Mohamad Raouf et Chawqi Abd-Rabbo, à une peine de 7 ans de prison (élevée en appel à 15 ans), et la flagellation à 1 500 coups de fouets. Les deux praticiens sont accusés d’avoir provoqué « la dépendance d’une patiente saoudienne à la drogue ». L’affaire a suscité une vive émotion tant parmi les familles des deux médecins qu’au sein de l’opinion publique. « Il n’y a pas de justice. Mon frère a été condamné sans procès et n’a pas pu avoir le soutien de l’ambassade d’Egypte à Djeddah. Personne ne l’a défendu alors qu’il n’a rien fait », lance Sahar Abd-Rabbo, sœur de Chawqi. Et d’ajouter : « S’il y avait eu une justice, lui et son collègue auraient dû être jugés en public et en présence de témoins. Mon frère est innocent ». « Il n’existe aucune preuve contre mon mari. S’il y avait une preuve ils n’ont qu’à la montrer », lance pour sa part Fathiya Chahine, épouse de Mohamad Raouf.

En fait, la patiente, épouse d’une importante personnalité saoudienne, a abusé de la prescription pour obtenir d’un hôpital étatique de Riyad des doses bien supérieures à celles recommandées par les médecins.

L’Ordre des médecins a organisé une manifestation de protestation et a appelé le président Moubarak à intervenir pour sauvegarder « l’honneur de l’Egypte ». Abdel-Fattah Rizq, membre au conseil du syndicat, affirme que l’établissement a reçu un grand nombre de plaintes que nous avons transmis aux responsables en Egypte et en Arabie saoudite, mais ne n’avons pas reçu de réponse. « Nous souhaitons une intervention du président de la République dans cette affaire. Les médecins égyptiens sont très mal traités en Arabie saoudite », affirme pour sa part Hamdi Al-Sayed, président du syndicat. Il trouve insensé que la peine ait été élevée après l’appel.

Ce n’est pas la première fois que des travailleurs égyptiens subissent de mauvais traitements en Arabie saoudite. Il y a quelques années, un autre médecin avait été emprisonné et flagellé après avoir porté plainte pour le viol de son enfant. « C’est devenu un phénomène général. Nous recevons beaucoup de plaintes et nous devons réagir contre ce phénomène », explique Essam Al-Eryane, membre du conseil du syndicat et de la confrérie interdite mais tolérée des Frères musulmans. Face à la vive émotion exprimée en Egypte, l’ambassade saoudienne au Caire publia un communiqué affirmant que l’affaire des deux médecins a fait l’objet de « confusion » et de « malentendus ». Le communiqué affirme que les deux médecins ont importé des matières stupéfiantes et « sont coupables d’attouchements sexuels sur leurs patientes ».

Un certain nombre d’ONG se sont mobilisées en soutien aux deux médecins. Pour Naguib Gabriel, président de l’Union égyptienne des droits de l’homme, le communiqué de l’ambassade saoudienne est un mensonge. « La preuve est que le verdict du tribunal saoudien n’a fait aucune allusion à quelconque trafic de drogue ou d’attouchements sexuels », affirme-t-il.

Amnesty International et d’autres organisations des droits de l’homme considèrent la flagellation comme un acte de torture ou une peine cruelle, inhumaine et dégradante. L’article 5 de la déclaration universelle des droits de l’homme prohibe la soumission à la torture, ou à des peines ou des traitements cruels, inhumains ou dégradants. La convention contre la torture exige des Etats parties de prohiber la torture sans autoriser la moindre dérogation. L’Arabie saoudite, en tant qu’Etat partie à cette convention, est tenue de se conformer aux règles de cette dernière.

Les organismes égyptiens des droits de l’homme accusent le gouvernement égyptien de faiblesse. Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, analyse : « Nous sentons dans cette affaire et pour la première fois qu’il y a en Egypte un début de conscience par rapport à la question des mauvais traitements subis par les travailleurs égyptiens dans les pays du Golfe ». Cette sensibilisation s’est manifestée par l’attitude du syndicat, mais aussi et surtout par la couverture médiatique des événements. De nombreux éditorialistes ont en effet critiqué le gouvernement et exigé une attitude plus ferme de l’Etat face à ces violations. Ce sont ces réactions dans la presse et les médias qui ont incité le gouvernement à agir, même timidement. La réaction du gouvernement reste extrêmement faible et il est peu probable que cela change. « D’abord parce que l’Egypte dispose d’une main-d’œuvre importante dans les pays du Golfe, notamment en Arabie saoudite dont les transferts se chiffrent par milliards de dollars. Le gouvernement ne peut pas assumer le retour de ces travailleurs », explique Amr Al-Chobaki. Dans ce contexte, le gouvernement essaie d’apaiser les esprits et de calmer l’émotion soulevée par la condamnation des deux médecins. C’est cette émotion qui a poussé l’ambassade d’Arabie saoudite au Caire à émettre un communiqué. Chose qu’elle ne faisait jamais.

Ola Hamdi

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.