Santé.
Le ministère vient d’achever la préparation d’un projet de
loi relative aux malades mentaux qui sera soumis au
Parlement au cours de la présente session.
Un
projet pour les malades mentaux
S’agit-il d’une prise de conscience relative aux droits des
malades mentaux dans une société où ces derniers sont
considérés comme des laissés-pour-compte ? Un projet de loi
sur la santé psychiatrique vient d’être élaboré par le
ministère de la Santé. Objectif : garantir au malade mental
un traitement convenable, respecter sa dignité, l’assister
en cas de besoin et lui permettre de mener une vie meilleure.
Il n’existait en Egypte aucun cadre juridique qui définit
les droits du malade mental, sa relation avec l’équipe
soignante, ses droits au sein de l’établissement en cas
d’hospitalisation. C’est la raison qui a poussé en 2002
l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à demander au
ministère concerné de préparer un projet de loi, qui prenne
en compte le droit de ces malades à des soins appropriés et
à un traitement humain dans les hôpitaux psychiatriques. Ce
projet concerne surtout les malades mentaux qui ont besoin
d’être hospitalisés et qui sont souvent privés de leurs
droits les plus élémentaires et finissent par être isolés.
Il stipule la création d’un conseil national pour la santé
psychiatrique, qui sera chargé de superviser l’application
des clauses de la loi et la qualité des services octroyés
aux malades mentaux dans les hôpitaux publics ainsi que de
recevoir les doléances des patients et de leur famille en
cas de négligence.
Le
nouveau texte stipule que la durée de l’hospitalisation du
malade ne doit pas dépasser les six mois et oblige la
famille du patient à s’engager après sa sortie à continuer
le traitement tout en consultant le psychiatre toutes les
trois semaines, selon le cas du patient. Ce problème
concerne surtout les hôpitaux publics, où les malades ne
possèdent pas de moyens financiers et dont les familles
veulent surtout se débarrasser. « Cette clause vise à
résoudre le problème de l’hospitalisation qui peut durer
jusqu’à l’éternité, causant un entassement dans les hôpitaux.
Vu les progrès réalisés dans le traitement d’un grand
nombre de maladies mentales comme la paranoïa et la
schizophrénie, le patient n’a pas besoin d’être hospitalisé
pour une longue durée », explique Ahmad Al-Aqabawi,
psychiatre et l’un des rédacteurs du projet. Cependant,
cette clause soulève une polémique parmi les psychiatres,
qui pensent que les malades mentaux ne doivent pas être
traités comme des malades ordinaires, dont la guérison est
certaine après la disparition des symptômes. « Les malades
mentaux constituent un cas plus compliqué, car le patient
peut faire une rechute à n’importe quel moment même après la
disparition des symptômes. Ce qui rend la précision d’une
durée pour l’hospitalisation une affaire qui pourrait
aggraver son état », explique Hanane Al-Khodeiry, psychiatre.
Des
milliers de patients mentaux s’entassent dans les hôpitaux
publics, comme celui d’Al-Khanka ou de Abbassiya, où
les malades sont soignés dans de très mauvaises conditions,
les moyens laissent à désirer, il n’y a plus de place pour
d’autres malades. Le problème, selon le Dr Mohamad Abdel-Fattah,
maître assistant en psychologie à l’Université de Aïn-Chams
et psychologue dans un hôpital psychiatrique privé, est que
le projet de loi ne prévoit aucun mécanisme pour obliger les
familles à poursuivre le traitement. Selon lui, le texte est
copié sur la loi britannique sur la santé psychiatrique. «
Là-bas, les familles du malade reçoivent des programmes
d’assistance pour pouvoir poursuivre son traitement après
l’hospitalisation. Ce qui n’est pas le cas en Egypte. Ce
sont des clauses mises pour la simple raison de montrer à
l’OMS que l’Etat respecte ce genre de maladies », explique
le Dr Abdel-Fattah. Il faut, selon lui, mettre en œuvre des
programmes de réhabilitation pour le patient, des activités
sportives, musicales et artistiques à l’instar des hôpitaux
privés, où les plus aisés bénéficient du meilleur traitement.
Il réclame une hausse du budget du secteur de la santé
mentale, qui ne représente que 5 % du budget total de la
santé. « Comment préparer une loi qui a pour objectif de
réformer la politique de santé mentale, sans allouer un
budget qui contribue à améliorer la qualité des services,
former un personnel paramédical plus compétent et s’élargir
dans la construction des hôpitaux psychiatriques ? », se
demande Abdel-Fattah.
Le
projet comprend tout de même des points positifs comme le
fait d’annuler l’isolement des patients et de ne le
permettre que dans des cas très critiques, chose qui se
faisait auparavant dans les hôpitaux publics pour mieux
contrôler les patients agités. Enfin, la loi stipule
l’organisation d’une journée mondiale annuelle pour la santé
mentale au mois de novembre, afin de créer une nouvelle
culture respectueuse des droits des malades au sein de la
société.
Mirande Youssef