Al-Ahram Hebdo, Egypte | Un projet pour les malades mentaux
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Egypte

Santé. Le ministère vient d’achever la préparation d’un projet de loi relative aux malades mentaux qui sera soumis au Parlement au cours de la présente session.

Un projet pour les malades mentaux

S’agit-il d’une prise de conscience relative aux droits des malades mentaux dans une société où ces derniers sont considérés comme des laissés-pour-compte ? Un projet de loi sur la santé psychiatrique vient d’être élaboré par le ministère de la Santé. Objectif : garantir au malade mental un traitement convenable, respecter sa dignité, l’assister en cas de besoin et lui permettre de mener une vie meilleure. Il n’existait en Egypte aucun cadre juridique qui définit les droits du malade mental, sa relation avec l’équipe soignante, ses droits au sein de l’établissement en cas d’hospitalisation. C’est la raison qui a poussé en 2002 l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à demander au ministère concerné de préparer un projet de loi, qui prenne en compte le droit de ces malades à des soins appropriés et à un traitement humain dans les hôpitaux psychiatriques. Ce projet concerne surtout les malades mentaux qui ont besoin d’être hospitalisés et qui sont souvent privés de leurs droits les plus élémentaires et finissent par être isolés. Il stipule la création d’un conseil national pour la santé psychiatrique, qui sera chargé de superviser l’application des clauses de la loi et la qualité des services octroyés aux malades mentaux dans les hôpitaux publics ainsi que de recevoir les doléances des patients et de leur famille en cas de négligence.

Le nouveau texte stipule que la durée de l’hospitalisation du malade ne doit pas dépasser les six mois et oblige la famille du patient à s’engager après sa sortie à continuer le traitement tout en consultant le psychiatre toutes les trois semaines, selon le cas du patient. Ce problème concerne surtout les hôpitaux publics, où les malades ne possèdent pas de moyens financiers et dont les familles veulent surtout se débarrasser. « Cette clause vise à résoudre le problème de l’hospitalisation qui peut durer jusqu’à l’éternité, causant un entassement dans les hôpitaux. Vu les progrès réalisés dans le  traitement d’un grand nombre de maladies mentales comme la paranoïa et la schizophrénie, le patient n’a pas besoin d’être hospitalisé pour une longue durée », explique Ahmad Al-Aqabawi, psychiatre et l’un des rédacteurs du projet. Cependant, cette clause soulève une polémique parmi les psychiatres, qui pensent que les malades mentaux ne doivent pas être traités comme des malades ordinaires, dont la guérison est certaine après la disparition des symptômes. « Les malades mentaux constituent un cas plus compliqué, car le patient peut faire une rechute à n’importe quel moment même après la disparition des symptômes. Ce qui rend la précision d’une durée pour l’hospitalisation une affaire qui pourrait aggraver son état », explique Hanane Al-Khodeiry, psychiatre.

Des milliers de patients mentaux s’entassent dans les hôpitaux publics, comme celui  d’Al-Khanka ou de Abbassiya, où les malades sont soignés dans de très mauvaises conditions, les moyens laissent à désirer, il n’y a plus de place pour d’autres malades. Le problème, selon le Dr Mohamad Abdel-Fattah, maître assistant en psychologie à l’Université de Aïn-Chams et psychologue dans un hôpital psychiatrique privé, est que le projet de loi ne prévoit aucun mécanisme pour obliger les familles à poursuivre le traitement. Selon lui, le texte est copié sur la loi britannique sur la santé psychiatrique. « Là-bas, les familles du malade reçoivent des programmes d’assistance pour pouvoir poursuivre son traitement après l’hospitalisation. Ce qui n’est pas le cas en Egypte. Ce sont des clauses mises pour la simple raison de montrer à l’OMS que l’Etat respecte ce genre de maladies », explique le Dr Abdel-Fattah. Il faut, selon lui, mettre en œuvre des programmes de réhabilitation pour le patient, des activités sportives, musicales et artistiques à l’instar des hôpitaux privés, où les plus aisés bénéficient du meilleur traitement. Il réclame une hausse du budget du secteur de la santé mentale, qui ne représente que 5 % du budget total de la santé. « Comment préparer une loi qui a pour objectif de réformer la politique de santé mentale, sans allouer un budget qui contribue à améliorer la qualité des services, former un personnel paramédical plus compétent et s’élargir dans la construction des hôpitaux psychiatriques ? », se demande Abdel-Fattah.

Le projet comprend tout de même des points positifs comme le fait d’annuler l’isolement des patients et de ne le permettre que dans des cas très critiques, chose qui se faisait auparavant dans les hôpitaux publics pour mieux contrôler les patients agités. Enfin, la loi stipule l’organisation d’une journée mondiale annuelle pour la santé mentale au mois de novembre, afin de créer une nouvelle culture respectueuse des droits des malades au sein de la société.

Mirande Youssef

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