Parlement.
L’opposition se prépare à soumettre un déluge
d’interrogations au gouvernement.
L’opposition lance les débats
La
nouvelle session parlementaire s’annonce chaude. Depuis
quelques jours, les députés de l’opposition et les
indépendants se préparent à déverser leur colère sur le
gouvernement. Le premier ministre, Ahmad Nazif, sera
confronté à un déluge de questions. « Il y aura des
interrogations sur les zones sauvages, la corruption, la
chute de la Bourse, la violence dans les écoles et la
mainmise sur les terrains de l’Etat », affirme le
responsable du bureau du secrétaire général, tout en
soulignant que, déjà, il y a une centaine d’interrogations
reportées de la session précédente et placées sur l’agenda
du Parlement.
La session parlementaire a débuté officiellement le 12
novembre par une séance de procédure, au cours de laquelle
Fathi Sorour a été réélu, pour la 19e fois, comme président
du Parlement. Prétextant le manque de temps, le Parlement
(dominé par la majorité PND) avait décidé, il y a trois ans,
que les interrogations seraient discutées en fonction de
leur importance et par ordre de présentation. Elles doivent
être appuyées par des documents officiels. 30 minutes seront
consacrées à chaque interrogation et une seule interrogation
sera traitée par mois. En outre, le député qui présente une
interrogation n’a pas le droit de commenter les répliques du
ministre interrogé.
Face à ces restrictions, l’opposition tente de s’organiser.
Objectif : se concentrer sur les questions importantes
uniquement pour ne pas gaspiller l’effort et le temps. «
Limiter le nombre d’interrogations peut paraître bizarre
mais c’est très important », annonce Alaa Abdel-Moneim,
député indépendant. Et d’expliquer : « Le nombre
d’interrogations et d’interpellations déposées par
l’opposition se comptent chaque année par centaines. Cette
pagaille permet à la majorité de choisir les plus faibles.
C’est ainsi que nous cherchons à l’embarrasser et ne pas lui
donner l’occasion de supprimer des interrogations
importantes », explique le député. Abdel-Moneim souligne que
le nombre des interrogations, présentées lors de la session
précédente, était de 128. Toutefois, seules 26 ont été
discutées. D’ailleurs, une quinzaine de députés avaient
présenté des interrogations sur la hausse des prix. Chaque
député a insisté à présenter son interrogation dans les 10
minutes qui lui sont imparties, ce qui a perdu beaucoup de
temps et a créé un vrai tohu-bohu, car chaque député a voulu
être le premier à prendre la parole. Résultat :
l’interrogation n’a pas été bien discutée.
Or, seuls les députés du néo-Wafd qui se sont ralliés au
rang de Alaa Abdel-Moneim, ainsi que deux indépendants.
Leurs interrogations portent sur la détérioration de l’état
des hôpitaux privés et publics, et le niveau des services
présentés aux patients.
De l’autre côté de la barre, les députés de tendance
islamiste ne souhaitent pas se joindre à cette proposition
pour limiter le nombre de leurs interrogations. « Les
bavures et les défaillances de l’Etat ne se comptent plus,
comment donc limiter le nombre d’interrogations ? », ironise
Hassan Hamdi, député islamiste. Il affirme avoir déjà
présenté une dizaine d’interrogations. « Nous avons
l’intention d’interroger le gouvernement sur la torture dans
les stations de police et dans les prisons, l’arrestation
incessante des membres de la confrérie des Frères musulmans,
et la vente de terrains à Taba à des Israéliens »,
énumère-t-il.
Cet avis est partagé par le député indépendant Gamal Zahrane.
Lui aussi n’est pas d’accord avec la proposition de Alaa
Abdel-Moneim. « Les interrogations sont un exercice
important aux yeux de l’électorat. Cela permet de prouver sa
présence au Parlement. Ce n’est pas la multiplicité des
interrogations qui fait qu’elles ne sont pas discutées mais
c’est l’absence de documents », affirme Zahrane, qui vient
de présenter à lui seul une quinzaine d’interrogations sur
l’emprisonnement et la torture des Egyptiens en Arabie
saoudite, le gaspillage de 80 millions de L.E. de fonds
publics pendant le mois de Ramadan par le premier ministre
sous forme de cadeaux, et la mafia des médicaments.
L’agenda du Parlement comprend une interrogation, présentée
par le député Hayder Boghdadi, du PND, bien que le parti de
la majorité ait interdit à ses députés de le faire. «
Présenter une interrogation revient souvent à demander la
démission du ministre concerné. Mais mon interrogation est
présentée contre l’ex-ministre de l’Habitat, Mohamad Ibrahim
Soliman, qui est déjà sorti du gouvernement. Je demande la
création d’une commission d’enquête pour l’interroger sur le
gaspillage de 180 millions de dollars, accordés par les
Emirats, pour le réaménagement de la zone sauvage Al-Doweiqa,
et la mort de 140 personnes lors de l’effondrement des blocs
de la colline Al-Moqattam sur les habitants de cette région
dont il est le député », assure Boghdadi. On dit que des
pressions sont exercées sur Boghdadi pour le convaincre de
ne pas présenter son interrogation, en lui promettant
d’interroger Soliman à la commission de l’habitat du parti.
Héba
Nasreddine