Al-Ahram Hebdo, Egypte | L’opposition lance les débats
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Egypte

Parlement. L’opposition se prépare à soumettre un déluge d’interrogations au gouvernement.

L’opposition lance les débats

La nouvelle session parlementaire s’annonce chaude. Depuis quelques jours, les députés de l’opposition et les indépendants se préparent à déverser leur colère sur le gouvernement. Le premier ministre, Ahmad Nazif, sera confronté à un déluge de questions. « Il y aura des interrogations sur les zones sauvages, la corruption, la chute de la Bourse, la violence dans les écoles et la mainmise sur les terrains de l’Etat », affirme le responsable du bureau du secrétaire général, tout en soulignant que, déjà, il y a une centaine d’interrogations reportées de la session précédente et placées sur l’agenda du Parlement.

La session parlementaire a débuté officiellement le 12 novembre par une séance de procédure, au cours de laquelle Fathi Sorour a été réélu, pour la 19e fois, comme président du Parlement. Prétextant le manque de temps, le Parlement (dominé par la majorité PND) avait décidé, il y a trois ans, que les interrogations seraient discutées en fonction de leur importance et par ordre de présentation. Elles doivent être appuyées par des documents officiels. 30 minutes seront consacrées à chaque interrogation et une seule interrogation sera traitée par mois. En outre, le député qui présente une interrogation n’a pas le droit de commenter les répliques du ministre interrogé.

Face à ces restrictions, l’opposition tente de s’organiser. Objectif : se concentrer sur les questions importantes uniquement pour ne pas gaspiller l’effort et le temps. « Limiter le nombre d’interrogations peut paraître bizarre mais c’est très important », annonce Alaa Abdel-Moneim, député indépendant. Et d’expliquer : « Le nombre d’interrogations et d’interpellations déposées par l’opposition se comptent chaque année par centaines. Cette pagaille permet à la majorité de choisir les plus faibles. C’est ainsi que nous cherchons à l’embarrasser et ne pas lui donner l’occasion de supprimer des interrogations importantes », explique le député. Abdel-Moneim souligne que le nombre des interrogations, présentées lors de la session précédente, était de 128. Toutefois, seules 26 ont été discutées. D’ailleurs, une quinzaine de députés avaient présenté des interrogations sur la hausse des prix. Chaque député a insisté à présenter son interrogation dans les 10 minutes qui lui sont imparties, ce qui a perdu beaucoup de temps et a créé un vrai tohu-bohu, car chaque député a voulu être le premier à prendre la parole. Résultat : l’interrogation n’a pas été bien discutée.

Or, seuls les députés du néo-Wafd qui se sont ralliés au rang de Alaa Abdel-Moneim, ainsi que deux indépendants. Leurs interrogations portent sur la détérioration de l’état des hôpitaux privés et publics, et le niveau des services présentés aux patients.

De l’autre côté de la barre, les députés de tendance islamiste ne souhaitent pas se joindre à cette proposition pour limiter le nombre de leurs interrogations. « Les bavures et les défaillances de l’Etat ne se comptent plus, comment donc limiter le nombre d’interrogations ? », ironise Hassan Hamdi, député islamiste. Il affirme avoir déjà présenté une dizaine d’interrogations. « Nous avons l’intention d’interroger le gouvernement sur la torture dans les stations de police et dans les prisons, l’arrestation incessante des membres de la confrérie des Frères musulmans, et la vente de terrains à Taba à des Israéliens », énumère-t-il.

Cet avis est partagé par le député indépendant Gamal Zahrane. Lui aussi n’est pas d’accord avec la proposition de Alaa Abdel-Moneim. « Les interrogations sont un exercice important aux yeux de l’électorat. Cela permet de prouver sa présence au Parlement. Ce n’est pas la multiplicité des interrogations qui fait qu’elles ne sont pas discutées mais c’est l’absence de documents », affirme Zahrane, qui vient de présenter à lui seul une quinzaine d’interrogations sur l’emprisonnement et la torture des Egyptiens en Arabie saoudite, le gaspillage de 80 millions de L.E. de fonds publics pendant le mois de Ramadan par le premier ministre sous forme de cadeaux, et la mafia des médicaments.

L’agenda du Parlement comprend une interrogation, présentée par le député Hayder Boghdadi, du PND, bien que le parti de la majorité ait interdit à ses députés de le faire. « Présenter une interrogation revient souvent à demander la démission du ministre concerné. Mais mon interrogation est présentée contre l’ex-ministre de l’Habitat, Mohamad Ibrahim Soliman, qui est déjà sorti du gouvernement. Je demande la création d’une commission d’enquête pour l’interroger sur le gaspillage de 180 millions de dollars, accordés par les Emirats, pour le réaménagement de la zone sauvage Al-Doweiqa, et la mort de 140 personnes lors de l’effondrement des blocs de la colline Al-Moqattam sur les habitants de cette région dont il est le député », assure Boghdadi. On dit que des pressions sont exercées sur Boghdadi pour le convaincre de ne pas présenter son interrogation, en lui promettant d’interroger Soliman à la commission de l’habitat du parti.

Héba Nasreddine

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