Crise Financière.
Le sommet du G20 tenu samedi dernier à Washington, convoqué
d’urgence par les présidents américain et français, a en
partie répondu aux attentes de réforme du système mondial.
Explications.
Les prémices d’une nouvelle gouvernance
«
C’est un sommet historique, dans la mesure où pour la
première fois, des pays aussi différents que ceux qui
étaient rassemblés dans le G20, décident de prendre des
initiatives en commun et que l’Administration américaine
accepte de faire mouvement sur des sujets où historiquement,
toutes les Administrations américaines avaient refusé de le
faire », a dit le président français, Nicolas Sarkozy, lors
du plan d’action promulgué par le sommet du G-20.
Il semble donc que le sommet du G20, tenu samedi dernier à
Washington, a réussi à apporter des réponses structurelles
et économiques à la crise financière. Selon Sarkozy, l’année
2008 sera celle qui aura marqué « l’entrée dans le XXIe
siècle ».
Pour la première fois de son histoire, le G20 a établi une
nouvelle « gouvernance économique », toutefois sans
super-gendarme international à la satisfaction des
Américains et du Canada très attachés à leur souveraineté.
La déclaration finale de la rencontre de samedi énumère une
série d’actions immédiates pour empêcher l’économie mondiale
de sombrer dans une récession prolongée, suggérant
l’utilisation de mesures budgétaires ou des baisses des taux
d’intérêt dans certains pays pour stimuler la demande
interne avec des résultats rapides.
Les dirigeants du G20 ont approuvé un « plan d’action »
contenant des mesures à priorité haute pour améliorer la
supervision du système financier, sur lesquelles leurs
ministres des Finances devront faire des propositions d’ici
le 31 mars.
Ils ont salué la nécessité d’une réponse politique plus
large, fondée sur une coopération macroéconomique plus
étroite, pour restaurer la croissance, éviter les retombées
négatives et soutenir les économies des marchés émergents et
des pays en développement. « Nous étions tous d’accord sur
le fait que nous devions adopter une politique économique
favorisant la croissance », a expliqué George Bush.
Ils se sont également engagés à reconnaître l’importance du
soutien que la politique monétaire peut apporter dans les
conditions appropriées à chaque pays et à utiliser des
mesures budgétaires pour stimuler leur demande intérieure.
Régulation ou surveillance
Et en ce qui concerne le chapitre des pays émergents, le G20
s’est engagé à mettre en œuvre des réformes pour renforcer
la transparence du système financier et faire en sorte que
tous les marchés, produits et acteurs de ce système, soient
soumis à une régulation ou à une surveillance.
Le plus important est que les dirigeants du G20 se sont
engagés enfin à réformer les institutions financières
internationales pour qu’elles reflètent mieux l’évolution
des poids économiques respectifs des pays dans l’économie
mondiale, en particulier des pays émergents, et qu’elle
soient plus efficaces.
On peut ainsi dire que les conclusions du sommet du G20 de
Washington sont donc un « premier pas » vers une réforme du
système financier mondial, tout en se montrant prudentes sur
les réelles avancées du sommet. Car, même si le communiqué
final du sommet proclame l’engagement des grands pays
développés et émergents à relancer l’économie mondiale et à
engager une réforme du système financier international, il
contient surtout des déclarations générales et des grands
principes.
Il semble néanmoins que, même au milieu de la pire crise
financière depuis la Grande dépression de 1929, il était
difficile pour certains pays, Etats-Unis et Canada en tête,
d’abandonner un tel pan de leur souveraineté à un organisme
supranational. « Le président Bush ne pouvait pas donner son
accord au moindre mécanisme international doté de pouvoirs
», a souligné Diana Furchtgott-Roth de Hudson Institute. «
Il pouvait être d’accord avec les principes mais pas avec un
quelconque mécanisme susceptible de punir les Etats-Unis ».
Le Fonds monétaire international, que la France aurait bien
vu dans ce nouveau rôle, a lui aussi demandé de mieux
prendre en compte la dimension financière dans ses études
macroéconomiques : il lui reviendra d’identifier les points
de vulnérabilité et d’anticiper les tensions potentielles,
afin de jouer un rôle-clé dans le traitement des crises
financières futures. Et s’il a renoncé à mettre en place un
organisme supranational de régulation financière, le G20 a
souligné qu’il ne laisserait aucune pratique à risque ou
produit financier nouveau se développer hors de tout
contrôle. « Il convient de procéder à l’examen du champ
d’application de la régulation financière, en mettant
l’accent notamment sur les institutions, les instruments et
les marchés non régulés à l’heure actuelle et en s’assurant
que toutes les institutions financières d’importance
systémique seront régulées de manière appropriée », ont
relevé les chefs d’Etat.
Malgré cela, l’important est sans doute ailleurs, notamment
dans le fait que ce forum, créé en 1999 à la suite des
crises financières asiatique et russe, se soit réuni pour la
première fois au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement,
consacrant ainsi cette instance, dont les membres
représentent plus de 85 % du produit intérieur brut mondial.
Et même si le G20 n’a pas pour l’heure détrôné le G7
(Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne,
Italie et Japon), les pays émergents savourent déjà
l’influence nouvelle qui leur a été donnée par ce sommet.
« Je quitte Washington très heureux parce que la structure
géopolitique du monde a une nouvelle dimension », a déclaré
le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, à la
presse après le sommet.
Névine Kamel