Al-Ahram Hebdo,Dossier | Vickram Bahl, « Un monde unipolaire n’est pas viable sur le long terme »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Dossier

Egypte-Inde. Vickram Bahl, journaliste spécialiste des questions du monde arabe, estime que l’Egypte et l’Inde doivent tenter de résoudre conjointement la question de la réforme du Conseil de sécurité de l’Onu. Entretien. 

« Un monde unipolaire n’est pas viable sur le long terme » 

ِAl-ahram hebdo : A l’occasion de la visite du président Hosni Moubarak, comment voyez-vous les perspectives de coopération économique entre l’Egypte et l’Inde ?

Vickram Bahl : L’Inde et l’Egypte sont très proches quant à la façon de vivre, de penser, de réagir. C’est ce que j’appellerais la façon orientale de penser. Nous retrouvons également beaucoup de similarités au niveau de la bureaucratie, du système. Depuis quelque temps, les grandes entreprises indiennes se sont lancées sur le marché égyptien, et nous assistons également, bien que de manière plus mesurée, à un déploiement d’entreprises de taille plus réduite. Mais l’Egypte a malheureusement mis du temps à attirer de gros investissements indiens.

Il a fallu du temps aux entreprises indiennes pour se rendre compte que l’Egypte n’était pas un marché difficile d’accès. Un des importants atouts pour les relations et les investissements égypto-indiens, est le fait que les deux pays ne se considèrent pas comme rivaux, mais plutôt comme de potentiels partenaires. Et les faits sont là pour étayer mes propos ; les deux pays n’ont aucun point de friction en ce qui concerne le marché global. Ceci est très important surtout en ces moments de récession. Il faut donc exploiter cet atout.

— Comment, à cet égard, peut-on envisager la coopération entre deux pays émergents à l’heure de la crise mondiale ?

— Je préfère utiliser le terme de « ralentissement économique » en ce qui concerne l’Egypte et l’Inde. Il est vrai que l’on peut très rapidement glisser d’un ralentissement à une récession ; d’une récession à une dépression ; le tout menant à une crise. Mais pour l’instant, je dirais qu’il s’agit plutôt d’un ralentissement. La situation aux Etats-Unis et dans l’Union européenne va certainement affecter l’Egypte et l’Inde. Les exportations vont diminuer, et les Etats-Unis entrent dans une période de protectionnisme annoncée par le président Obama. Ceci affectera sans aucun doute nos deux pays. Cette nouvelle situation pourrait être une chance afin que les deux pays se tournent l’un vers l’autre, en explorant de nouveaux marchés respectifs et en augmentant les échanges. Il serait intéressant également que chacun des deux pays considère l’autre comme une plateforme de « rebondissement » pour les exportations et profite des marchés des pays avoisinants. L’Inde doit se rendre à l’évidence qu’en cette période de ralentissement, un marché comme l’Egypte ne comprend pas uniquement l’Egypte, mais aussi tous les pays avec lesquels celle-ci a des échanges commerciaux privilégiés.

Pour ce qui est de l’Egypte, l’Inde semble encore être un marché peu exploré, et il me semble que c’est un marché extrêmement prometteur pour l’Egypte. Cette situation de ralentissement poussera à mon sens certains pays à découvrir de nouvelles opportunités et à se tourner vers d’autres partenaires. Je pense à cet égard que la visite du président Moubarak est très importante. Elle permettra aux deux pays de se découvrir mieux et donnera, je l’espère, l’occasion aux petites et moyennes entreprises de se lancer dans la course également.

— Après l’indépendance, l’Inde et l’Egypte se sont retrouvées comme leaders du mouvement des non-alignés. Comment voyez-vous l’évolution de chacun de ces pays ? Y a-t-il un renouveau depuis le non-alignement ?

— Nombre de personnes ont estimé que le rôle du mouvement des non-alignés était dépassé suite à la chute du bloc soviétique et aux changements sur la scène de la politique internationale. Mais à mon avis, nous assistons à un nouveau rôle qui peut être joué par des organisations, comme les Nations-Unies ou le mouvement des non-alignés. Car en fin de compte, un monde unipolaire n’est pas viable sur le long terme. Nous assistons à une période extrêmement intéressante, ne serait-ce qu’en matière de relations internationales. La récente crise géorgienne en est un bon exemple. Les grands acteurs internationaux ont tendance, comme on l’a vu, à se tourner vers l’Onu afin de résoudre les conflits. A mon avis, un des grands enjeux de notre avenir est la prévention des conflits et nous devons nous efforcer de mettre sur pied un processus préventif plus efficace et rapide.

Le rôle que l’Egypte et l’Inde doivent avoir, à mon sens, est de tenter de résoudre conjointement la question des réformes au Conseil de sécurité. Le mouvement des non-alignés pourrait évidemment être renforcé, et les deux pays pourraient y recourir. Mais je pense qu’il faut d’abord s’occuper du Conseil de sécurité. L’Egypte, en tant qu’acteur principal dans la région, pourrait s’allier avec l’Inde afin de trouver une solution au problème des sièges permanents au Conseil de sécurité. Une fois ce point résolu — et une fois de plus j’insiste sur le rôle essentiel joué par les deux pays —, on pourra alors envisager une réforme globale de l’Onu.

Historiquement, les deux pays ont adopté les mêmes positions sur plusieurs affaires internationales. 

— Dans ce contexte, quel rôle peut jouer l’Inde au Moyen-Orient ?

— L’Inde a toujours joué un rôle de soutien. De fait, nous avons eu l’occasion de recevoir, le mois dernier, Mahmoud Abbass, président de l’Autorité palestinienne, à l’occasion de la pose de la première pierre de l’ambassade de Palestine à New Delhi. De manière générale, l’Inde s’est surtout engagée sur la scène internationale en tant que soldat de la paix. De fait, l’Inde a traditionnellement formé un des plus importants contingents de soldats de la paix de l’Onu.

— Le président Moubarak a reçu en 1995 le prix Nehru pour l’entente internationale, qui lui sera remis en mains propres durant cette visite. De quoi s’agit-il exactement ?  

— Il s’agit d’un prix pour la paix, pour récompenser le rôle important et indéniable joué par le président Moubarak en particulier et l’Egypte en général afin de stabiliser et maintenir la paix dans la région. Je voudrais par ailleurs relever le fait que l’Inde a décerné ce prix au président Moubarak, mais plus encore que l’Inde a reconnu l’importance de son rôle et de son accomplissement. Il me semble que c’est extrêmement important que les Indiens puissent également en savoir plus en ce qui concerne sa vision de la situation. Je pense que c’est très important que les Indiens aient un accès direct au président Moubarak, et non pas simplement à travers les médias.

Propos recueillis par L. Eva Saenz-Diez

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Au commencement étaient Saad Zaghloul et Gandhi
 

Dans la tradition de la politique égyptienne, l’Inde, c’est bien Nehru, ses rapports avec Nasser, le mouvement de non-alignement qui a marqué les années 1960 et qui reste une phase héroïque dans l’histoire des deux pays. Mais en fait, ce patrimoine commun remonte à bien avant, à l’époque de Gandhi. Sa visite en Egypte en 1931 a été accueillie avec jubilation dans les cercles nationaux égyptiens. Les deux pays luttaient contre l’occupation britannique. Bien de choses en commun donc, y compris le second exil du leader nationaliste égyptien Saad Zaghloul aux Seychelles. Le premier était à Ceylan et avait été jugé trop près de l’Inde. Zaghloul serait alors un symbole pour le nationalisme indien. Gandhi a été l’une des figures communes de cette résistance à l’empire britannique.

L’autre épisode marquant, celui du non-alignement où Nasser, Nehru et Tito ont été l’emblème d’un monde nouveau, le tiers-monde, ainsi désigné à l’exemple du tiers-Etat de la Révolution française. Démographiquement majoritaire mais sans pouvoir politique, troisième à côté des mondes capitaliste et socialiste. C’est à Belgrade que Nasser, Nehru et Tito créent le mouvement des non-alignés regroupant 25 Etats. Suite à la chute de l’Union soviétique, le mouvement perd de vitesse, mais les relations égypto-indiennes restent étroites, avec Sadate et Indira Gandhi.

Ahmed Loutfi

 




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