Egypte-Inde.
Kamel Zoheiri, écrivain et vice-président de l’Association
de l’amitié égypto-indienne, était le premier animateur
égyptien à la Radio indienne, et le premier journaliste
égyptien à avoir interviewé la première ministre indienne,
Indira Gandhi. Témoignage.
Des
affinités depuis Baharat
Kamel
Zoheiri se souvient de notre premier ambassadeur d’Egypte en
Inde en 1948, Ismaïl Kamel, qui était d’ailleurs le
personnage qu’a campé Yéhia Haqqi dans son roman Qandil Oum
Hachem, qui traitait le conflit qui s’est développé et qui
se développe toujours dans notre société entre tradition et
modernité.
« A mon
arrivée en Inde, j’ai assisté à une conférence organisée par
les Indiens pour soutenir le mouvement d’indépendance de
l’Indonésie. Dans cette conférence, Ismaïl Kamel a fait un
discours sur les relations culturelles, les perspectives
d’avenir commun et les affinités qui existent entre l’Inde
et l’Egypte. Ce discours a poussé Nehru à descendre de la
tribune et aller l’embrasser. Depuis ce jour-là, il ne
l’appelait plus que My Dear Ismaïl, comme témoignage de
cette relation privilégiée entre l’Inde et l’Egypte », se
souvient Zoheiri.
Depuis
cette époque, l’Egypte envoie en Inde ses meilleurs
diplomates comme, à titre d’exemple, Amr Moussa, qui a servi
comme ambassadeur à New Delhi à la fin des années 1990.
Kamel
Zoheiri se souvient encore d’« une femme d’exception »,
Indira Gandhi, et de son premier entretien accordé à la
presse égyptienne, c’était pour la revue Al-Moussawer. « Sur
son bureau de premier ministre, il n’y avait aucune feuille,
aucun papier, j’ai déduit que cela était le signe de sa
rigueur et son sérieux. Aucun papier ne restait de la veille
et donc aucune décision ne traînait. J’ai vite pensé que
pour gouverner un grand pays comme l’Inde, il ne faut rien
laisser au hasard et prendre les décisions sans hésitation
».
Zoheiri
estime que « ce qui nous rapprochait de l’Inde, c’était le
souci de ce pays de parvenir à une véritable indépendance.
Son engagement dans le mouvement de non-alignement vient du
sentiment des Indiens que l’Inde est une entité indépendante
et que le sous-continent indien avec sa richesse culturelle
et linguistique constitue un continent, une culture et une
civilisation à part ». Le succès indien, Zoheiri le voit
partout non seulement sur le plan économique, mais sur le
plan culturel aussi : « Le cinéma indien et Bollywood
témoignent du succès des Indiens à se forger une place
privilégiée dans le monde, en s’appuyant quasi uniquement
sur leur pays, sa propre culture et sa propre expérience ».
L’indépendance culturelle a poussé les Indiens à créer aussi
l’Université indienne nationale, à l’instar de celle de
l’Egypte financée par des fonds nationaux. C’est dans cette
université qu’a étudié Indira Gandhi et elle a été présidée
par le grand poète Tagore. L’économie impressionne aussi
selon l’écrivain égyptien, qui parle de la Silicone Valley
pour désigner Bangalore et de son Tata Motors, qui propose
aujourd’hui la voiture classique la moins chère au monde.
Une œuvre qui, selon Zoheiri, « est le fruit de travail, de
stratégies et d’objectifs bien fixés par les leaders indiens
depuis Gandhi, Nehru, et Kalam Azad ».
Amr
Zoheiri