Egypte-Inde.
La semaine culturelle indienne au Caire a eu un énorme
succès reflétant surtout un goût prononcé de nombreux
Egyptiens pour la danse, la musique et la chanson de ce
pays.
Les gens du Nil bercés
par les rythmes du Gange
Les
lumières s’éteignent et le rideau s’ouvre … Six musiciens
alignés, chacun devant son instrument. Une musique monocorde
mais douce résonne dans la salle du théâtre Al-Gomhouriya.
Quelques secondes et les instruments se révoltent. Une
musique purement occidentale prend la relève avec des
rythmes rapides et éclatants et se mélange au ton oriental
de ce chanteur indien. Ce jeune artiste mène sa présentation
dans le cadre de la « Semaine culturelle indienne en Egypte
». C’est, en fait, dans le cadre d’un programme d’échange
culturel entre les deux pays que l’Inde a décidé d’organiser
ces journées de culture, qui ont eu lieu du 11 au 17
novembre. Un agenda riche et varié avec des séances
culturelles et musicales, des danses folkloriques ainsi que
des expositions de photographies et de peintures, à l’Opéra,
au Centre culturel Saad Zaghloul, au théâtre Al-Gomhouriya,
celui de Sayed Darwich à Alexandrie et au Palais de la
culture à Ismaïliya. Des films sont également projetés comme
« La Formation de la personnalité du Mahatma Gandhi »,
racontant le combat de Gandhi et son adoption de la doctrine
de la non violence, la « satygraha ».
Retour sur scène … Le plaisir est à son comble. Des
danseuses et danseurs montent sur les planches, vêtus de
costumes traditionnels multicolores. Ils commencent leur
show, ravivant assez vite l’enthousiasme des spectateurs.
Chaque ville en Inde a sa propre danse. Il s’agit
aujourd’hui de la danse folklorique de la ville du Goa.
Cette ville est située à l’ouest de la péninsule indienne et
renommée pour le goût festif de ses habitants. Et c’est ce
qu’a bien prouvé cette troupe de danseurs pendant une heure
et demie, en présentant 6 chansons différentes, chacune
accompagnée d’une danse. En effet, chaque danse représente
une ancienne histoire indienne, propre toujours au
patrimoine de la ville de Goa et c’est là une
caractéristique de la danse indienne. Le chanteur résume
toujours l’histoire, au début de chaque danse. « Dakhni »,
c’est-à-dire la beauté, raconte l’histoire d’une danseuse
qui captive les cœurs avec sa beauté. Les histoires se
succèdent, Marcha de Fontainhas, Kunnbi Nach, Corridinho, on
plonge dans un univers de fantaisie qui ressemble aux
Mille et une nuits et qui met en valeur l’esprit de rêve
d’un Orient, espace culturel commun de ces deux pays. Les
danseurs s’efforcent avec leurs corps, gestes et expressions
de visage d’interpréter l’histoire, surtout pour ces
spectateurs qui ne comprennent pas la langue indienne. «
C’est superbe » lance Mona, à la fin de chaque chanson, à
son amie assise à côté d’elle au troisième rang du théâtre.
Mona qui prend des cours de yoga dans le Centre culturel
indien au Caire, pense que l’art indien et notamment la
danse font élever l’âme humaine. C’est ce qu’elle avait
appris durant ces cours et ce qu’elle affirme bien sentir. A
côté d’elle un couple, Mervat et son fiancé Adel, étaient
tellement pris par le spectacle qu’ils semblaient détachés
du monde. Mervat est une passionnée des films indiens et de
la danse qui y est toujours présente, représentant un de
leurs principaux ingrédients. Elle assure qu’elle « ne va
rater aucun film présenté dans ce festival ». Les événements
se déroulent au bord d’un fleuve, avec les rames des bateaux
et filets de pêche. Des bruits de vagues se font aussi
entendre de temps à l’autre. La civilisation de l’Inde et l’Egypte
est liée au fleuve. L’Egypte avec le Nil et l’Inde avec le
Gange. Un rapprochement de civilisations que les deux pays
ont essayé de montrer durant une grande cérémonie organisée
en 1992 au pied des pyramides intitulée « Nil Briyages » ou
la rencontre de deux fleuves. Il s’agissait d’une grande
présentation musicale, où les anciens instruments inspirés
du patrimoine des deux pays fusionnaient ensemble.
L’Egypte et l’Inde maintiennent d’étroites relations
culturelles. C’est ce qu’assure, Ragesh Swami, secrétaire
médiatique du Centre culturel indien en Egypte. Signe de
rapprochement et d’intérêt particulier : s’il existe des
centres culturels indiens, dans les grandes capitales au
monde, celui du Caire est l’unique dans la région arabe. Il
a permis de renforcer de plus en plus les relations
culturelles entre les deux pays. Des spectacles artistiques
sont présentés tout au long de l’année.
Une heure et demie passe. C’est le temps du deuxième
spectacle. Une présentation musicale qui s’appelle Taalvadya
Katcheri où les musiciens utilisent seulement les anciens
instruments musicaux indiens, comme mridangam, ghatam, tavil
et khajira et tabla.
Tout à fait contraire au premier spectacle, les spectateurs,
s’ils sont très pris par la musique, ils ne manifestent pas
la moindre agitation. La musique indienne qui a fait
tressaillir l’âme au début de la présentation, la met
maintenant dans un état de repos ... de nirvana?
La présentation finit et Mervat lance avec un grande soupir
à son fiancé : « Comme c’était beau mais malheureusement
court ».
Aliaa
Al-Korachi