Al-Ahram Hebdo, Dossier | Retrouvailles
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Dossier

Egypte-Inde. Le président Moubarak s'est rendu à New Delhi, première visite depuis 25 ans marquée par la signature d'accords économiques et technologiques. On retient aussi l'idée de voir si l'exemple indien de développement pourrait servir d'exemple. 

Retrouvailles 

La légende veut qu'au IIe siècle av. J.-C., « un marin indien agonisant a été trouvé aux bords de la mer Rouge. Il a ensuite été emmené à Alexandrie pour comparaître devant les autorités et là il propose à Ptolémée II de le laisser rentrer chez lui et en contrepartie, il dirigera les Egyptiens vers une route maritime qui mène directement aux Indes ». Et depuis, dit-on, commença un échange perpétuel entre les deux pays et se nouèrent des liens entre deux des plus grandes civilisations. « Des liens d'or », comme l'appelait Nehru. L'Inde et l'Egypte ... Influences et interactions, livre publié par le Centre indien des relations culturelles, remonte encore plus loin dans l'histoire et croit que les « momies égyptiennes sont enveloppées dans du coton indien. La reine Hatchepsout, célèbre pour ses voyages dans le pays de Pount, aurait encore dépêché une expédition aux Indes en 1495 av. J.-C. ». Ce livre compilé par un nombre de chercheurs égyptiens et indiens explique, entre autres, comment le lotus était une plante sacrée chez les deux peuples. Des vérités et des légendes qui remontent à très loin et qui ont culminé à l'époque moderne.

La visite du président Moubarak du 16 au 19 novembre, la première depuis un quart de siècle, est venue donc rappeler toute cette histoire mais surtout ce qui peut lier Le Caire et l'Inde de manière stratégique. Le chef de l'Etat avait au lendemain de son arrivée au pouvoir choisi de se déplacer dans le continent indien. On était en 1982, Moubarak avait juste un an à la tête de l'Egypte et cette visite était assez significative. Un an plus tard, il s'y rend de nouveau pour assister à la conférence du non-alignement. Mais les choses ont beaucoup changé plus tard, Moubarak s'est tourné plus à l'Ouest et on dirait qu'il a complètement oublié le pays de Gandhi. Il y a environ 13 ans, le président Moubarak s'est vu même décerner le prix Jawaharlal Nehru pour l’entente internationale, un prix d'un demi-million de roupies soit environ 100 000 dollars. Mais, ce prix de paix ne lui a jamais été remis en mains propres puisqu'il n'a pas fait le déplacement.

Aujourd'hui et pendant 4 jours, Moubarak, accompagné d'un bon nombre d'hommes d'affaires, du chef des renseignements et de quatre importants ministres, ceux des Affaires étrangères, du Commerce, de l'Information et de la Communication s'efforce de renouer les liens. Des rencontres avec le président Pratibha Patil et avec Sonia Gandhi, chef du parti au pouvoir, le Parti national du congrès. Cinq principaux accords ont ainsi été signés en matière d'économie, de commerce, de technologie de l'information. Delhi cherche de son côté à lancer la coopération dans le domaine de l'énergie et des chemins de fer et veut surtout promouvoir l'exportation du thé vers l'Egypte. L'Inde est en effet le troisième partenaire commercial de l'Egypte derrière les Etats-unis et l'Italie. Les échanges  commerciaux entre les deux pays s'élèvent aujourd'hui à 3,5 milliards de dollars, mais on  table sur 10 milliards en 2010. L'Egypte exporte vers l'Inde notamment le pétrole, le gaz naturel et le coton alors qu'elle importe des moteurs et engins, des vaccins, du thé, du tabac, du plastique et du caoutchouc ... Lors de son séjour à New Delhi, Moubarak a proposé de construire en Egypte une zone de libre-échange exclusivement pour les compagnies indiennes. « Le monde a changé depuis Nasser et Nehru ... Cependant, nos deux pays font face aux mêmes défis de la mondialisation », a estimé le président égyptien.

L'Egypte veut-elle se rattraper, encouragée par un passé sous le signe d'une entente particulière, née surtout d'une même lutte pour l'indépendance contre l'Empire britannique ? C'est dans les années 1960 que les relations égypto-indiennes ont atteint leur point d'orgue. Le lancement du mouvement du non-alignement a établi un équilibre au sein d'un monde marqué par la guerre froide entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. Nehru et Nasser, épaulés par Tito, le président yougoslave, sont dans ce contexte devenus des exemples pour l'ensemble du tiers-monde, les plus populaires sans doute. Il est certain que si par la suite le non-alignement s'est infléchi après la chute du bloc soviétique, lors de cette période de guerre froide, l'Egypte et l'Inde avaient su apporter un élément d'équilibre des plus importants. 

 

Au-delà du toc-toc et du curry

Au fil des années, cette cause commune a été reléguée au second plan, cédant la place à des clichés et parfois des préjugés, même si le Mahatma Gandhi et le Taj Mahal marqueront l'esprit. Dans les films égyptiens, on retrouvait toujours ce maharajah, un peu hâbleur. L'Egyptien ordinaire n'hésitait pas à se référer à l'expression « Suis-je indien ? », pour se défendre d'être naïf. Le stéréotype d'un Indien est devenu plus tard celui des acteurs charmants de Bollywood à l'instar d'Amitabh Patchan. Les Egyptiens feront plus tard la découverte de la cuisine indienne, avec ses épices et notamment le curry. Le toc-toc, utilisé depuis quelques années comme moyen de transport efficace dans les quartiers les plus pauvres ou en province, vient rappeler l'Inde dans les pays des pharaons. Paradoxalement, les Egyptiens ne retiennent absolument rien de l'expérience indienne en matière de développement, alors que ce pays a réalisé d’énormes progrès économiques depuis l’accession à l’indépendance. En 2007, ce pays est devenu la 12e puissance économique mondiale avec un PIB de 1 170 milliards de dollars, soit 2,15 % du PIB mondial. Et en dépit de son 1 milliard et 100 millions d'habitants, l'Inde a réussi à accélérer le développement économique et réduit la pauvreté, en développant davantage les infrastructures. Le mot-clé était notamment l’éducation et la santé. Et contrairement à l'Egypte où la classe moyenne est en processus d'extinction, celle-ci est en constante évolution en Inde. Ceci sans parler de son avancée dans l'espace avec neuf satellites géostationnaires opérationnels. L'Agence spatiale indienne est même parvenue à poser une sonde sur la lune. Un succès technologique spatial impressionnant. Sans évoquer l'évolution démocratique en Inde, la comparaison avec l'Egypte donne à méditer.

Que va-t-on retenir ici de cette visite ? Juste des accords, ou va-t-on s'inspirer du modèle indien pour relancer le pays et trouver une  formule de développement, qui conviendrait bien étant donné toutes ces affinités et aussi, paradoxalement toutes ces difficultés ? L'Inde est un pays surpeuplé avec des tensions internes dues à la multiplicité de ses communautés. Mais elle a pu bien évoluer. Un retour de cette visite avec uniquement une idée similaire au toc-toc serait plus que décevant.

Samar Al-Gamal

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