Al-Ahram Hebdo, Monde | Le grand challenge d’Obama
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Monde

Terrorisme. L’influence grandissante des Talibans et l’échec de la politique américaine en Afghanistan mettent le futur président américain, Barack Obama, face à la lutte antiterroriste. 

Le grand challenge d’Obama 

Cette semaine, justement comme les précédentes, était très meurtrière en Afghanistan. Dimanche, deux attentats suicide à la voiture piégée contre les forces internationales ont tué deux civils afghans et blessé au moins trois soldats en Afghanistan, au lendemain de la mort d’un soldat britannique dans une autre explosion. Quelques heures plus tôt, la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf) avait annoncé qu’un soldat de l’Otan avait été tué, samedi, dans l’explosion d’une bombe dans le sud de l’Afghanistan, alors qu’un deuxième attentat s’est produit dans l’ouest de l’Afghanistan, à Herat, à l’extérieur d’un camp militaire et deux soldats américains y ont été blessés. Comme d’habitude, le même scénario s’est répété et les Talibans ont revendiqué ces attentats. Malgré la présence de près de 70 000 soldats des deux forces multinationales, l’une de l’Otan, l’autre sous commandement américain, cette année était la plus meurtrière depuis la chute des Talibans en 2001 : 261 soldats étrangers étaient morts en 2008. Selon les experts, les violences ont redoublé d’intensité cette année, car les Talibans ont réussi à réorganiser leurs rangs et à s’équilibrer dans l’espoir de récupérer le pouvoir.

Reconnaissant la difficulté de sa mission en Afghanistan, le ministre britannique de la Défense, John Hutton, a, de son côté, averti cette semaine que 2009 serait « une année très difficile » pour les troupes en Afghanistan. Déjà, le conseil des mollahs de l’ouest de l’Afghanistan a brandi, samedi, la menace d’un appel au Djihad, la guerre sainte, contre les forces internationales, si elles ne mettent pas un terme aux bavures lors des bombardements, dont sont régulièrement victimes les civils. Un défi qui promet une guerre longue et difficile avec la milice islamiste ...

Cette montée des Talibans soulève de nombreuses questions, notamment avec l’élection d’un nouveau président à la tête des Etats-Unis. L’on se demande d’ores et déjà quelle sera la politique future du président élu, Barack Obama, en matière de lutte antiterroriste. Le nouveau chef de la Maison Blanche a-t-il déjà conçu une stratégie bien efficace pour étouffer l’influence grandissante des Talibans en Afghanistan et au Pakistan ? La réponse semble positive car tout au long de sa campagne électorale, Obama n’a pas cessé de répéter que le dossier afghan, comme celui du nucléaire iranien, constituera un vrai casse-tête, une préoccupation par excellence : « Combattre Al-Qaïda et les Talibans et arrêter Ossama bin Laden sera la priorité première du président américain. Al-Qaïda est notre ennemi », a menacé un haut conseiller d’Obama.

Analysant cet intérêt privilégié porté au dossier afghan, le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des sciences politiques et économiques de l’Université du Caire, explique : « L’Afghanistan est l’un des dossiers les plus épineux que le futur président américain aura à gérer. Violences quotidiennes, gouvernement faible, montée rapide des Talibans, décès quotidiens des soldats étrangers sur le terrain, le Pakistan accusé de faiblesse dans la lutte anti-taliban. Plus important encore, ni Obama ni son peuple n’ont oublié qu’Al-Qaëda était l’auteur des attentats du 11 septembre 2002 qui ont fait environ 3 000 morts américains. C’est pourquoi Obama a fait de la lutte antiterroriste sa priorité par excellence et il s’est engagé à traquer Bin Laden. D’une part, il veut prouver aux Américains qu’il a enfin pris la revanche du 11 septembre et d’autre part, il tente de sauver la dignité de son pays qui s’est vue attaquer d’une façon des plus violentes pour la première fois de son histoire. Si Obama réussit son stratagème, il sera un héros aux yeux de son peuple et il s’assurera un second mandat à la tête du pays ».

 

Entre menaces et dialogue

Face à ce casse-tête, Obama a déjà tracé les grandes lignes de sa stratégie antiterroriste, combinant toujours menaces et offres de dialogue. Commençant par le langage de la menace, il a affirmé qu’il compte augmenter l’effectif des forces américaines sur le terrain, en retirant l’essentiel des 145 000 soldats américains stationnés en Iraq, d’ici l’été 2010, afin de libérer troupes et argent pour la guerre en Afghanistan, où sont déployés 32 000 Américains. Sur le terrain, le commandement militaire souhaite un renfort de 12 000 à 15 000 hommes en plus de la brigade promise pour le mois de février. Bien que la plupart des pays européens aient été toujours opposés à l’augmentation de leurs effectifs en Afghanistan, le Royaume-Uni a été le premier à affirmer, dimanche, être « prêt » à étudier l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan à la demande des Etats-Unis mais, à condition de « partager le fardeau » avec d’autres pays, a indiqué le premier ministre britannique, Gordon Brown, ajoutant que la coalition est composée de 41 pays, et il devrait y avoir un juste partage du fardeau à la fois en termes d’équipement et en termes d’effectifs. Avec 8 000 soldats sur place, le Royaume-Uni constitue le deuxième contributeur de l’Isaf, emmené par l’armée américaine.

Second pilier de la stratégie américaine antiterroriste : le dialogue. Un dialogue qui se fera sur deux axes, selon Obama : dialogue entre les Etats-Unis et les pays qui peuvent contribuer à casser l’épine des Talibans, d’une part, et dialogue entre les Talibans et le gouvernement afghan pour parvenir à une réconciliation, d’autre part. « En effet, les Etats-Unis ont bien réalisé que la force ne cassera jamais l’épine des Talibans, car il y a 7 ans qu’ils ont tout tenté pour les éliminer par force et ils n’ont pas réussi. Aussi, ont-ils commencé à penser au dialogue entre les Talibans et le gouvernement afghan, qui a commencé en septembre avec une médiation saoudienne et une bénédiction américaine sous la direction de George W. Bush connu par son extrémisme. Il est donc très probable qu’Obama, beaucoup plus modéré, va poursuivre la voie du dialogue, parallèlement à celle de la menace », estime Mohamad Abbas, expert politique.

Profitant de la célèbre devise de Louis XIV « Diviser pour régner », Obama va tenter, les jours à venir, d’attirer l’aile modérée des Talibans lors de la nouvelle série de négociations et lui promettra de participer au gouvernement afghan à condition de renoncer à la violence. Ainsi, va-t-il faire d’une pierre deux coups : isoler et affaiblir l’aile dure des Talibans, d’une part, et profiter de la participation de l’aile modérée des Talibans au pouvoir, d’autre part, pour améliorer l’image du président Hamid Karzaï aux yeux du peuple afghan. « Nul ne sait si ces négociations vont réussir ou pas, mais Je pense qu’Obama fera de son mieux pour en tirer le plus de profit possible. Il va tenter de rapprocher les points de vue autant que possible pour parvenir à un compromis », prévoit le Dr Hicham.

Parallèlement au dialogue interafghan, le président américain jouera sur une autre corde, celle de la médiation étrangère. Ses choix sont déjà faits. Outre l’Arabie saoudite qui pourrait avoir une certaine influence sur le déroulement des choses en Afghanistan, Obama a laissé entendre qu’il envisage une approche plus « régionale » de la question, souhaitant inciter le Pakistan à faire des efforts et espérant impliquer dans le processus l’Inde, la Russie et l’Iran. L’Iran ? Ennemi numéro un des Etats-Unis? L’un des pays de « l’axe du mal » ? Oui, c’est ce que le président américain a avoué — lui-même — cette semaine, car nul ne peut nier que l’Iran est un acteur « influent » dans la région et, bien plus, il joue un rôle de premier plan dans le soutien des Talibans pour causer de graves troubles aux forces américaines et internationales en Afghanistan. Aussi, Obama a-t-il décidé, cette semaine, d’engager d’éventuelles discussions avec Téhéran, dans l’objectif de convaincre ce pays de cesser son soutien aux « terroristes » et de peser de son poids pour instaurer la paix dans le pays. N’oublions pas que l’Iran a des frontières communes avec l’Afghanistan, il reçoit un bon nombre de réfugiés afghans sur son sol et il a des relations fortes avec certaines tribus afghanes. Selon les experts, Obama a bien fait son choix, car les deux pays ont un même objectif en Afghanistan, l’Iran à majorité chiite n’a plus envie comme les Américains de voir des extrémistes sunnites prendre le pouvoir en Afghanistan. Pourtant, il reste à savoir qu’impliquer l’Iran dans la résolution du conflit afghan serait fructueux, tant que le problème du nucléaire n’est pas encore réglé.

Maha Al-Cherbini

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.