Jazz.
Le batteur français André Ceccarelli
s’est produit au Caire dans le cadre du festival Jazz
Factory, qui s’est achevé
vendredi dernier. Ses adaptations de mélodies connues
séduisent les moins initiés.
Ceccarelli
et son audience toute ouïe
Pour
le néophyte comme pour le fin connaisseur de jazz, la
première chose qui frappe l’œil et chatouille l’oreille
lorsqu’André
Ceccarelli se produit sur scène
est la technique hors du commun qui habite ce batteur,
considéré comme l’un des meilleurs au monde. L’audience du
palais Amir Taz, qui s’était réunie vendredi pour la soirée
de clôture du premier festival de jazz
arabo-européen, n’a pas fait exception à la règle :
les quelques centaines de membres du public ont été
subjugués par cette maîtrise exceptionnelle de ce virtuose
de la batterie, qui conduit aussi bien les baguettes que le
balai avec une dextérité qui impose le respect. Un
flash-back historique s’impose, car la carrière de cet
artiste au millier de disques est aussi longue que sa grande
renommée. « J’ai commencé la batterie tout gamin, par simple
mimétisme en regardant mon père jouer. On tombe en amour
parce qu’on entend quelque chose qui nous fait rêver, mais
je n’ai jamais eu cela en moi », raconte l’artiste, une
montagne floue de cheveux blancs encadrant son visage
serein. « Et puis, j’ai été engagé à 16 ans pour faire des
remplacements lors de galas organisés par l’orchestre d’Aimé
Barrelli de Monaco ». C’est dans
la principauté qui jouxte sa ville d’origine, Nice, que le
jeune André s’étoffe et enrichit sa maîtrise de la batterie
d’une solide formation de swing. « En 1962, j’ai suivi un
groupe niçois qui avait beaucoup de succès à Paris, et
depuis, je n’ai pas cessé d’enregistrer », poursuit-il,
l’accent chantant du Sud ponctuant joliment chacune de ses
paroles. Tout au long de sa carrière, l’artiste voyage d’un
style musical à l’autre, de la variété au jazz en passant
par la pop, toujours accompagné de sa batterie. Relégué au
second rang il y a encore une vingtaine d’années, cet
instrument prend peu à peu ses lettres de noblesse et
s’impose de plus en plus comme un élément non seulement
indispensable, mais comme une pièce majeure du jazz. « Je
crois savoir, même si je ne me considère pas du tout comme
un historien du jazz, que la batterie est le seul instrument
à avoir été créé spécifiquement pour ce style de musique »,
ajoute André Ceccarelli, dit «
Dédé ».
Des projets plein les poches
Il enchaîne au long de sa carrière, dont le fil se déroule
depuis les années 1970, des collaborations fructueuses et
fameuses, avec Dee
Dee Bridgewater, Ray Charles,
Tina Turner, Aretha Franklin,
Claude Nougaro, Alain Salvador,
Charles Aznavour et Serge Gainsbourg, entre autres … C’est
en hommage à l’interprète de « dieu est un fumeur de havanes
», Serge Gainsbourg, ou « Gainsbarre
» comme les fans aiment à l’appeler, qu’André
Ceccarelli a décidé il y a 5 ans
de retravailler certains grands classiques du chanteur pour
créer des morceaux jazz. « On s’est dit que plutôt que de
reprendre des chansons américaines, on pouvait piocher dans
le répertoire musical français. C’était un an après la
commémoration de la mort de Serge Gainsbourg, on s’est donc
lancé dans cette adaptation de certains de ses classiques »,
explique le batteur. « Mais cela est relativement facile de
transposer des mélodies de variété en jazz, et nous nous
sommes bien amusés à le faire. On a un vocabulaire jazz, au
même titre que le classique et la variété, il y a des tempos
et des harmonies spécifiquement jazz, et paradoxalement ce
n’est pas très difficile de détourner ». L’autre explication
est peut-être encore plus évidente : le jazz reste malgré
tout une musique marginale, assez peu comprise, et le fait
de retrouver une mélodie connue permet de créer des
passerelles entre l’auditoire et les musiciens. « En
général, le public apprécie, en tout cas, j’ai eu cette
impression ce soir » dit-il, ravi et fier de participer à ce
festival, sous le drapeau français surplombant la scène. Des
projets plein les poches, ce bourreau de travail vitaminé
par sa passion pour la musique va commencer l’enregistrement
d’un disque en hommage à Claude Nougaro
en février prochain, vient de sortir le C.D. live
Sunside session et en janvier
sortira l’album réalisé en collaboration avec son fils, MPQ
(Modern Pop Quartet). « MPQ … ce n’est pas très gracieux
comme nom de groupe ! », s’exclame-t-il dans un rire.
Louise Sarant