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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Arts

Jazz. Le batteur français André Ceccarelli s’est produit au Caire dans le cadre du festival Jazz Factory, qui s’est achevé vendredi dernier. Ses adaptations de mélodies connues séduisent les moins initiés.

Ceccarelli et son audience toute ouïe

Pour le néophyte comme pour le fin connaisseur de jazz, la première chose qui frappe l’œil et chatouille l’oreille lorsqu’André Ceccarelli se produit sur scène est la technique hors du commun qui habite ce batteur, considéré comme l’un des meilleurs au monde. L’audience du palais Amir Taz, qui s’était réunie vendredi pour la soirée de clôture du premier festival de jazz arabo-européen, n’a pas fait exception à la règle : les quelques centaines de membres du public ont été subjugués par cette maîtrise exceptionnelle de ce virtuose de la batterie, qui conduit aussi bien les baguettes que le balai avec une dextérité qui impose le respect. Un flash-back historique s’impose, car la carrière de cet artiste au millier de disques est aussi longue que sa grande renommée. « J’ai commencé la batterie tout gamin, par simple mimétisme en regardant mon père jouer. On tombe en amour parce qu’on entend quelque chose qui nous fait rêver, mais je n’ai jamais eu cela en moi », raconte l’artiste, une montagne floue de cheveux blancs encadrant son visage serein. « Et puis, j’ai été engagé à 16 ans pour faire des remplacements lors de galas organisés par l’orchestre d’Aimé Barrelli de Monaco ». C’est dans la principauté qui jouxte sa ville d’origine, Nice, que le jeune André s’étoffe et enrichit sa maîtrise de la batterie d’une solide formation de swing. « En 1962, j’ai suivi un groupe niçois qui avait beaucoup de succès à Paris, et depuis, je n’ai pas cessé d’enregistrer », poursuit-il, l’accent chantant du Sud ponctuant joliment chacune de ses paroles. Tout au long de sa carrière, l’artiste voyage d’un style musical à l’autre, de la variété au jazz en passant par la pop, toujours accompagné de sa batterie. Relégué au second rang il y a encore une vingtaine d’années, cet instrument prend peu à peu ses lettres de noblesse et s’impose de plus en plus comme un élément non seulement indispensable, mais comme une pièce majeure du jazz. « Je crois savoir, même si je ne me considère pas du tout comme un historien du jazz, que la batterie est le seul instrument à avoir été créé spécifiquement pour ce style de musique », ajoute André Ceccarelli, dit « Dédé ».

Des projets plein les poches

Il enchaîne au long de sa carrière, dont le fil se déroule depuis les années 1970, des collaborations fructueuses et fameuses, avec Dee Dee Bridgewater, Ray Charles, Tina Turner, Aretha Franklin, Claude Nougaro, Alain Salvador, Charles Aznavour et Serge Gainsbourg, entre autres … C’est en hommage à l’interprète de « dieu est un fumeur de havanes », Serge Gainsbourg, ou « Gainsbarre » comme les fans aiment à l’appeler, qu’André Ceccarelli a décidé il y a 5 ans de retravailler certains grands classiques du chanteur pour créer des morceaux jazz. « On s’est dit que plutôt que de reprendre des chansons américaines, on pouvait piocher dans le répertoire musical français. C’était un an après la commémoration de la mort de Serge Gainsbourg, on s’est donc lancé dans cette adaptation de certains de ses classiques », explique le batteur. « Mais cela est relativement facile de transposer des mélodies de variété en jazz, et nous nous sommes bien amusés à le faire. On a un vocabulaire jazz, au même titre que le classique et la variété, il y a des tempos et des harmonies spécifiquement jazz, et paradoxalement ce n’est pas très difficile de détourner ». L’autre explication est peut-être encore plus évidente : le jazz reste malgré tout une musique marginale, assez peu comprise, et le fait de retrouver une mélodie connue permet de créer des passerelles entre l’auditoire et les musiciens. « En général, le public apprécie, en tout cas, j’ai eu cette impression ce soir » dit-il, ravi et fier de participer à ce festival, sous le drapeau français surplombant la scène. Des projets plein les poches, ce bourreau de travail vitaminé par sa passion pour la musique va commencer l’enregistrement d’un disque en hommage à Claude Nougaro en février prochain, vient de sortir le C.D. live Sunside session et en janvier sortira l’album réalisé en collaboration avec son fils, MPQ (Modern Pop Quartet). « MPQ … ce n’est pas très gracieux comme nom de groupe ! », s’exclame-t-il dans un rire.

Louise Sarant

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