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Exposition.
Mohamad Abla dépeint Le Caire à nouveau, plutôt son
labyrinthe. Les détails s’effacent, laissant place à des
points de couleurs, au rythme de la ville.
Les Points-citoyens
Ici,
c’est Le Caire, la ville-labyrinthe. L’imbroglio total. Tout
est en zigzag ... et les citoyens en pointillés, à l’instar
de leur sort. On est condamné dans cette mégalopole, scrutée
par Mohamad Abla depuis le mont Moqattam. Ses acryliques sur
canevas — assez abstraites — ne sont pas sans rappeler ses
peintures à l’huile datant du tout début des années 1990.
Par contre, c’est peut-être le rythme de la ville, son
mouvement, qui ont changé par rapport à avant. L’artiste est
toujours à l’affût, cherchant un endroit éloigné pour
regarder au loin, mais pas trop loin. Sur ce plan, le mont
Moqattam semble un site idéal, surplombant la ville. En
fait, Abla l’avait découvert vers 1977, lorsqu’il y a été
muté pour son service militaire, après des études aux
beaux-arts d’Alexandrie. Perché là-haut, il observait
l’entassement des habitants et les tumultes de la ville.
D’ailleurs, il continue aujourd’hui à le faire, captant
l’insaisissable en photo. « Cette fois-ci, j’ai estompé les
détails, pour n’en garder que des points de couleurs qui
donnent le rythme. C’est le labyrinthe et non pas le chaos.
L’idée, c’est de traduire le rythme de la ville où l’on se
perd, sa propre cadence… », précise Abla, ajoutant qu’il a
voulu être aussi informel que la ville, dans cette série
réalisée entièrement à travers le mont Moqattam.
Ainsi, le mouvement est lui aussi plus informel. On a
l’impression que ces gens — ces petits points en couleurs —
se bousculent comme dans un souk ; ça grouille sans pouvoir
discerner les directions. Autrement dit, ça va dans tous les
sens. C’est vraiment une ville où l’on se perd. Une
mégalopole qui n’arrête pas d’étendre ses tentacules. Entre
fascination et répulsion, ses images éclatent en facettes
changeantes, parfois luisantes comme un leurre. Ses ponts
serpentent comme des veines. Lumineuse, elle a cependant
quelque chose de maussade. « L’homme va errer,
interminablement, comme une âme en peine », tel décrit par
l’écrivain français Michel Butor, dans L’Emploi du temps.
A l’intérieur de ces points de couleurs, se cachent les
détails. Des histoires qui se tissent de bout en bout,
laissant au récepteur la passion et la patience d’imaginer
le reste. Comme une invitation à se livrer au même exercice,
et scruter à son tour au loin. Il faut s’en éloigner pour
voir les détails. Cette figure de la ville profondément
ébranlée par l’esprit des temps et les gens. Ces derniers
sont tellement pris par le tourbillon que l’on n’arrive même
pas à dire s’ils ont perdu leurs traits ou s’ils se
cherchent comme ces autres personnes dépeintes par Abla en
2004-2005, à travers ses Scènes cairotes. Dans cette
exposition, il n’est plus question de collages, d’extraits
de journaux ou de photos retouchées ou repeintes pour
évoquer les métamorphoses de la classe moyenne égyptienne,
mais d’une ville abstraite qui s’estompe et qui pèse de tout
son poids sur les habitants.
Seul
reste son bourdonnement.
Dalia
Chams
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Peinture interactive
Permettre à tout un chacun de dessiner, c’est l’initiative
entreprise
par Abla, dont les résultats restent à suivre.
« Jadis, on nous répétait, comme tous les enfants, celui qui
ne sait pas dessiner peut simplement calquer au papier
transparent », dit Mohamad Abla, expliquant un peu le
concept de sa nouvelle méthode interactive visant à
apprendre aux gens ordinaires à dessiner. Il en a fait
récemment un petit essai, au Musée Mokhtar au Caire, et un
autre suivra bientôt à Saqiet Al-Sawi. Cependant, la toute
première expérience s’est déroulée en août dernier, en
Autriche où il enseignait l’art dans une école d’été. Il
s’agit de tirer du papier transparent comme une vitre et les
gens se mettent à dessiner les autres personnes présentes
dans la salle, se livrant à un jeu d’imitation ou de
parodie. « Le fait que les gens s‘expriment ou extériorisent
ce qu’ils gardent au plus profond d’eux-mêmes m’a toujours
préoccupé. En Suisse, j’ai tenu pendant 2 ans un studio de
thérapie psychologique par peinture, après avoir suivi une
étude spécialisée. Mais aujourd’hui, je n’ai plus la force
d’écouter les confidences, cela me fait mal au cœur.
Simplement, je veux partager le plaisir de dessiner »,
ajoute-t-il.
Le sujet intéressait le peintre depuis belle lurette.
D’ailleurs, cela faisait 3 ans environ qu’il s’y était
penché sérieusement. Et puis, l’été dernier, il a trouvé.
Les gens commencent à se regarder mutuellement, à contempler
les visages pour pouvoir les dupliquer. Ils s’amusent et
acquièrent confiance, se plaçant dans une logique
collective. « Au Fayoum, des enfants timides se sont
transformés, en dessinant, en leaders de groupe, qui bougent
et parlent … Une belle expérience visuelle, car l’on n’a pas
l’habitude de voir le monde, ainsi, à travers une barrière
transparente. Celle-ci ne sert pas à nous protéger mais à
communiquer », indique l’artiste.
Une fois, mis sur canevas, le résultat est parfois étonnant.
Un style à part, rien que par le fait que les gens osent et
se laissent aller.
D. Ch.
Jusqu’au 4 décembre, à la galerie Zamalek. De 10h30 à 21h
(sauf le vendredi).
11,
rue Brésil,
Zamalek. Tél.
: 27 35 12 40
www. zamalekartgalerry.com
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