Al-Ahram Hebdo,Arts | Les Points-citoyens
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 Semaine du 19 au 25 novembre 2008, numéro 741

 

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Arts

Exposition. Mohamad Abla dépeint Le Caire à nouveau, plutôt son labyrinthe. Les détails s’effacent, laissant place à des points de couleurs, au rythme de la ville.

Les Points-citoyens

Ici, c’est Le Caire, la ville-labyrinthe. L’imbroglio total. Tout est en zigzag ... et les citoyens en pointillés, à l’instar de leur sort. On est condamné dans cette mégalopole, scrutée par Mohamad Abla depuis le mont Moqattam. Ses acryliques sur canevas — assez abstraites — ne sont pas sans rappeler ses peintures à l’huile datant du tout début des années 1990. Par contre, c’est peut-être le rythme de la ville, son mouvement, qui ont changé par rapport à avant. L’artiste est toujours à l’affût, cherchant un endroit éloigné pour regarder au loin, mais pas trop loin. Sur ce plan, le mont Moqattam semble un site idéal, surplombant la ville. En fait, Abla l’avait découvert vers 1977, lorsqu’il y a été muté pour son service militaire, après des études aux beaux-arts d’Alexandrie. Perché là-haut, il observait l’entassement des habitants et les tumultes de la ville. D’ailleurs, il continue aujourd’hui à le faire, captant l’insaisissable en photo. « Cette fois-ci, j’ai estompé les détails, pour n’en garder que des points de couleurs qui donnent le rythme. C’est le labyrinthe et non pas le chaos. L’idée, c’est de traduire le rythme de la ville où l’on se perd, sa propre cadence… », précise Abla, ajoutant qu’il a voulu être aussi informel que la ville, dans cette série réalisée entièrement à travers le mont Moqattam.

Ainsi, le mouvement est lui aussi plus informel. On a l’impression que ces gens — ces petits points en couleurs — se bousculent comme dans un souk ; ça grouille sans pouvoir discerner les directions. Autrement dit, ça va dans tous les sens. C’est vraiment une ville où l’on se perd. Une mégalopole qui n’arrête pas d’étendre ses tentacules. Entre fascination et répulsion, ses images éclatent en facettes changeantes, parfois luisantes comme un leurre. Ses ponts serpentent comme des veines. Lumineuse, elle a cependant quelque chose de maussade. « L’homme va errer, interminablement, comme une âme en peine », tel décrit par l’écrivain français Michel Butor, dans L’Emploi du temps.

A l’intérieur de ces points de couleurs, se cachent les détails. Des histoires qui se tissent de bout en bout, laissant au récepteur la passion et la patience d’imaginer le reste. Comme une invitation à se livrer au même exercice, et scruter à son tour au loin. Il faut s’en éloigner pour voir les détails. Cette figure de la ville profondément ébranlée par l’esprit des temps et les gens. Ces derniers sont tellement pris par le tourbillon que l’on n’arrive même pas à dire s’ils ont perdu leurs traits ou s’ils se cherchent comme ces autres personnes dépeintes par Abla en 2004-2005, à travers ses Scènes cairotes. Dans cette exposition, il n’est plus question de collages, d’extraits de journaux ou de photos retouchées ou repeintes pour évoquer les métamorphoses de la classe moyenne égyptienne, mais d’une ville abstraite qui s’estompe et qui pèse de tout son poids sur les habitants. Seul reste son bourdonnement.

Dalia Chams

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Peinture interactive

Permettre à tout un chacun de dessiner, c’est l’initiative entreprise par Abla, dont les résultats restent à suivre.

« Jadis, on nous répétait, comme tous les enfants, celui qui ne sait pas dessiner peut simplement calquer au papier transparent », dit Mohamad Abla, expliquant un peu le concept de sa nouvelle méthode interactive visant à apprendre aux gens ordinaires à dessiner. Il en a fait récemment un petit essai, au Musée Mokhtar au Caire, et un autre suivra bientôt à Saqiet Al-Sawi. Cependant, la toute première expérience s’est déroulée en août dernier, en Autriche où il enseignait l’art dans une école d’été. Il s’agit de tirer du papier transparent comme une vitre et les gens se mettent à dessiner les autres personnes présentes dans la salle, se livrant à un jeu d’imitation ou de parodie. « Le fait que les gens s‘expriment ou extériorisent ce qu’ils gardent au plus profond d’eux-mêmes m’a toujours préoccupé. En Suisse, j’ai tenu pendant 2 ans un studio de thérapie psychologique par peinture, après avoir suivi une étude spécialisée. Mais aujourd’hui, je n’ai plus la force d’écouter les confidences, cela me fait mal au cœur. Simplement, je veux partager le plaisir de dessiner », ajoute-t-il.

Le sujet intéressait le peintre depuis belle lurette. D’ailleurs, cela faisait 3 ans environ qu’il s’y était penché sérieusement. Et puis, l’été dernier, il a trouvé.

Les gens commencent à se regarder mutuellement, à contempler les visages pour pouvoir les dupliquer. Ils s’amusent et acquièrent confiance, se plaçant dans une logique collective. « Au Fayoum, des enfants timides se sont transformés, en dessinant, en leaders de groupe, qui bougent et parlent … Une belle expérience visuelle, car l’on n’a pas l’habitude de voir le monde, ainsi, à travers une barrière transparente. Celle-ci ne sert pas à nous protéger mais à communiquer », indique l’artiste.

Une fois, mis sur canevas, le résultat est parfois étonnant. Un style à part, rien que par le fait que les gens osent et se laissent aller.

D. Ch.

 

 

Jusqu’au 4 décembre, à la galerie Zamalek. De 10h30 à 21h (sauf le vendredi). 11, rue Brésil, Zamalek. Tél. : 27 35 12 40
www. zamalekartgalerry.com

 




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