RD Congo. Les
Nations-Unies ont dépêché l’ancien président nigérian, Olusegun Obasanjo, pour
tenter de contenir la crise. Une série de consultations avec les parties en
conflit, y compris le Rwanda, sont à l’ordre du jour.
L’Onu tente d’éviter l’engrenage
Malgré
les tentatives de la communauté internationale d’apaiser les tensions, des
combats lourds opposent toujours les rebelles de Laurent Nkunda aux forces
armées de la République Démocratique du Congo (RDC) à une vingtaine de km de la
localité stratégique de Kanyabayonga, dans la province du Nord-Kivu (est). Ces
combats interviennent alors que l’émissaire de l’Onu pour la crise en RDC,
l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, a rencontré dimanche dernier
dans le Nord-Kivu le chef de la rébellion, le général déchu tutsi congolais
Laurent Nkunda, du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). Il s’agit
d’une première rencontre entre un émissaire et Nkunda puisqu’aucun des nombreux
émissaires qui se sont succédé ces dernières semaines dans l’ex-Zaïre n’avait
officiellement rencontré le chef rebelle, qui plus est sur ses terres du
Nord-Kivu. Après la rencontre avec le chef de la rébellion, Obasanjo doit
poursuivre sa médiation au Rwanda, accusé par le gouvernement congolais de
soutenir les rebelles.
Dans
la capitale congolaise, le nouvel envoyé spécial de l’Onu avait déjà rencontré
vendredi dernier le président congolais Joseph Kabila, et s’est entretenu aussi
avec les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité de l’Onu. « Le
président Kabila n’a pas posé ce que j’appellerai des conditions à une possible
rencontre ou des négociations avec Nkunda », a affirmé M. Obasanjo qui entend
dire à Nkunda que la communauté internationale attend de lui un cessez-le-feu
durable. Sa visite en RDC coïncide avec celle du commissaire de l’Union
africaine à la paix et la sécurité, Ramtane Lamamra. Ce dernier a insisté sur
l’idée de renforcement de la Monuc (Mission de l’Onu en RDC). « L’UA contribue
aux efforts diplomatiques qui sont déployés pour la relance de la mise en œuvre
des résolutions de Nairobi et des engagements de Goma », a-t-il ajouté, en
référence aux accords de novembre 2007 signés à Nairobi entre la RDC et le
Rwanda, ainsi que l’accord de janvier 2008 entre belligérants congolais. « Tous
ces accords doivent être redynamisés dans un esprit d’entente, d’apaisement
pour des solutions durables », a souligné le commissaire de l’UA.
Mais
cette série de rencontres n’a pas empêché la poursuite des combats. Selon le
porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich,
les combats se sont situés à la ville Kanyabayonga, tenue par les forces
gouvernementales et porte d’accès vers toute la partie nord de la province du
Nord-Kivu. De son côté, le porte-parole du CNDP, Bertrand Bisimwa, a fait état
d’une attaque de l’armée régulière sur les positions rebelles dans cette
région. « Les FARDC (Forces Armées de RDC, armée congolaise) nous ont attaqués.
Nous avons répliqué et nous avons pris la décision de les repousser le plus
loin possible », a-t-il ajouté, refusant de préciser si Kanyabayonga pourrait
être visée. Depuis deux semaines, les rebelles sont arrivés aux portes de Goma,
aucun des deux camps n’a lancé une offensive majeure contre la partie adverse,
même si plusieurs affrontements localisés ont eu lieu.
Toutefois,
la situation reste très tendue dans toute cette région de Kanyabayonga, après
une progression rebelle en début de semaine. En effet, les combats à grande
échelle ont repris fin août dans l’est de la RDC entre les rebelles et l’armée
congolaise, en violation d’un cessez-le-feu conclu en janvier. Laurent Nkunda
menace depuis de renverser le gouvernement de Kinshasa et exige désormais des
négociations en tête à tête avec le président Kabila. Les violences ont
provoqué la fuite d’environ 250 000 personnes. En visite à Kigali, le chef de
diplomatie congolaise, Alexis Tambwe Mwamba, a affirmé pour sa part que son
gouvernement approuve la participation « d’officiers de renseignements »
rwandais à des opérations contre les rebelles hutus rwandais basés dans l’est
de la RDC. Exigée de longue date par le président rwandais Paul Kagame, la
neutralisation de ces éléments FDLR (Forces Démocratiques de Libération du
Rwanda) présents dans l’est du Congo est une des principales revendications de
Nkunda, qui se pose en défenseur de la communauté tutsi congolaise. La RDC et
le Rwanda avaient signé en novembre 2007 à Nairobi un accord en ce sens, qui
est depuis resté lettre morte. A Luanda, le porte-parole du ministère angolais
des Affaires étrangères a assuré que son gouvernement, traditionnel allié de
Kinshasa, « ne va pas intervenir (en RDC) simplement pour entrer à nouveau en
guerre, et voulait contribuer à la stabilité de la région et non à sa confusion
».
Maha Salem