Al-Ahram Hebdo, Visages | Jack Lang, Un humaniste acharné
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Visages

Jack Lang, député socialiste à l’Assemblée nationale, ancien ministre français de la Culture, appuie la candidature de Farouk Hosni à l’Unesco qui peut véhiculer des idées généreuses de tolérance et de respect. 

Un humaniste acharné 

Rares sont les hommes qui ressemblent étonnamment à leur action. Voyez Jack Lang, par exemple. Ce qui se lit sur son visage est l’exact reflet de son action et de sa vie intérieure. Souriant, la démarche sûre et allègre, élégant, l’accueil chaleureux et sincère. Autant de traits qui situent sa personnalité par rapport à son entourage. Une impression de familiarité émane des personnes enthousiasmées pour le saluer. « Lorsque me promenant en France, traversant les villes, je dis bonjour aux gens et ils me répondent en souriant, cela me remplit d’un profond bonheur », avoue-t-il. L’appréciation de son action par les gens vaut pour lui les plus hautes distinctions.

Appartenant à la génération de Mitterrand, la politique est avant tout pour lui un exercice de responsabilités. Favorable à l’élection de Farouk Hosni à la présidence de l’Unesco, il reconnaît sa double qualité d’homme de culture et de réalisation. « Farouk Hosni est un ami de longue date. J’ai toujours dit et redit qu’il est un des meilleurs de la culture du monde. Il a réalisé de grandes choses pour l’Egypte », affirme Lang. Il a eu l’occasion d’apprécier le travail remarquable de réhabilitation du quartier mamelouk qu’a accompli Hosni, la métamorphose rapide de la mosquée, l’ancienne madrassa, les maisons et les commerces environnants. « C’est une grande réussite architecturale, humaine et urbaniste », souligne Lang. « L’Unesco a justement besoin d’une personnalité sensible et forte comme Farouk Hosni et pas d’un bureaucrate. S’il est élu à sa tête, j’attends qu’il la rajeunisse et la transforme dans plusieurs domaines. De par son expérience et sa connaissance du monde, il peut envisager des projets originaux. Il peut passer dans les sociétés internationales des idées généreuses de tolérance, de respect et de paix », proclame Lang. « La plupart des pays arabes et africains soutiennent sa candidature à l’Unesco parce qu’il est égyptien. L’Egypte est le plus grand pays arabe par sa géographie, ses habitants et la puissance de ses civilisations successives. Elle a un poids moral, intellectuel et politique qui oriente les stratégies et influence les mesures particulières vis-à-vis des enjeux régionaux », poursuit-il. Il manque à Farouk Hosni encore 40 voix pour accéder à l’Unesco. Lang s’engage à lui ouvrir son carnet d’adresses internationales et amener ses amis et chefs d’Etat en Europe, en Amérique latine et en Asie à voter pour lui. Il est reconnu à l’étranger pour être un grand ami des socialistes brésiliens Lula et Gilberto Gil, des Italiens Walter Veltroni et Romano Prodi, de l’Allemand Otto Schily, etc. Il s’est également rendu chez l’ex-président cubain Fidel Castro, ainsi que le vénézuélien Hugo Chavez. Son engagement auprès de Hosni est autant par amitié que par devoir.

Son univers est à l’avenant, et c’est bien ce qui en fait tout le charme. Il suffit de faire le détour de sa carrière éducative, culturelle et politique pour mesurer l’enthousiasme qu’il suscite. il est né à Mirecourt, dans les Vosges, d’un père industriel et une mère institutrice, ils lui inculquent le goût de la liberté et de la dignité. A 16 ans, lycéen, il vote contre la guerre d’Algérie et milite contre les guerres coloniales qui usurpent aux hommes leurs droits. Naturellement, il se penche pour les études de droit, parce que : « Pour choisir, trouver et savourer sa liberté, il faut commencer par connaître ses droits et ceux des autres », estime-t-il. Etudiant en droit à Nancy, en parallèle de Sciences Po à Paris, il se passionne très tôt pour la scène de théâtre et fonde sa troupe où il fait la connaissance de son épouse Monique Buczynski. Il crée aussitôt en 1963 le Festival de théâtre universitaire, qu’il préside jusqu’en 1977. La première année, il interprète Caligula. Mais rapidement, l’événement dépasse la sphère artistique lorraine, pour acquérir une réputation nationale et internationale et accueille notamment Roland Grunberg, le Bread and Puppet Theatre et Bob Wilson.

Au bout de quelques années, il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et obtient un doctorat en droit à l’Université de Nancy. Il est nommé par la suite maître de conférence à l’Université de Nancy, puis professeur de droit international et doyen de l’unité d’enseignement et de recherche de sciences juridiques de l’Université de Nancy. De cette expérience d’enseignement, il s’imprègne d’un goût pour les droits des jeunes, « pour cette passion d’allumer l’esprit et le cœur des enfants et des jeunes par le désir de connaître et de s’élever. On ne fait jamais assez pour les jeunes », souligne-t-il.

Admirateur de Pierre-Mendès France, il adhère au Parti socialiste à la fin des années 1960, où il occupe plusieurs postes de responsabilité. Il est révélé au grand public en 1981, quand il est nommé ministre de la Culture, poste qu’il occupera pendant dix ans sous tous les gouvernements du président François Mitterrand. « Mitterand était un homme pétri de culture, brillant et intellectuel. Nous partagions les mêmes convictions et valeurs et nous voulions donner à la culture une place de choix en France et ailleurs. Il m’a accordé les financements nécessaires à cette mission. Notre exemple a inspiré plusieurs pays, et notre élan international a été relayé par d’autres villes et cités », affirme-t-il. Inspiré de l’idée de « démocratisation de la culture » de son prédécesseur André Malraux, fondateur du ministère de la Culture sous De Gaulle, Lang apporte toutefois un changement dans la politique culturelle. Rendant accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre de Français, Malraux refusait toutefois les dispositifs pédagogiques et la médiation. En opposition à l’esprit malrucien, Lang associe art et apprentissage, dans un décret du 10 mai 1982, « pour permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation de leur choix ». Ainsi, il jette les bases de véritables institutions culturelles. Il accorde une place très importante au créateur dans tous les milieux artistiques. Au cinéma, il développe des aides financières à l’écriture. Au théâtre, ont été créées des subventions pour soutenir les compagnies. Ces financements ont été attribués après une évaluation du projet. Il désirait diffuser les actions culturelles en masse mais au moyen d’une production artistique diversifiée et de qualité. Il intègre aussi aux arts mineurs des activités non considérées comme faisant partie du domaine culturel, comme le cirque avec la création d’un Centre national des arts du cirque. La photographie avec l’ouverture d’une Ecole nationale. La musique autre que classique.

Il introduit de même une dimension festive aux manifestations culturelles en créant en 1982 la Fête de la Musique. Fête populaire, qui est l’occasion de concerts de rue gratuits. Le phénomène connaît un grand succès en France au point que de nombreux pays en reprirent l’idée. De même en 1984 avec les Journées nationales du patrimoine (actuelles Journées européennes du patrimoine). Lang est également à l’origine du concept du Zénith, salle sécurisée de grande capacité, destinée à l’organisation de concerts de rock. Il diffuse la notion de « démocratie du goût », où chacun choisit la culture qu’il veut et est « créateur » de culture.

Pour bénéficier de son expérience dans l’enseignement et son entente avec les étudiants, Pierre Bérégovoy le nomme au ministère de l’Education nationale, en plus de la Culture en 1992. Il arrive en pleine période de contestation étudiante et lycéenne et commence à épurer l’atmosphère en suspendant le projet de réforme universitaire de son prédécesseur Lionel Jospin, et assouplit le projet de réforme pédagogique des lycées.

Pour sa popularité auprès des jeunes, à l’arrivée du PS au gouvernement en 2000, le premier ministre Jospin lui confie encore une fois le ministère de l’Education nationale afin de pacifier le monde éducatif et calmer les syndicats et les représentants des parents d’élèves. Adepte des savoirs de la transmission appelés « pédagogues », il tente de placer les questions pédagogiques au cœur des préoccupations politiques de son temps, une alerte face au risque d’assister à l’avènement d’une humanité sans humanité. Dans son livre, L’Ecole abandonnée, il constate : « La connaissance, le savoir, la culture ne font plus rêver. Pour sortir du désenchantement scolaire, il est nécessaire de conjuguer rigueur et divertissement. Il est urgent de ne pas réduire l’éducation à l’école, prendre en compte toutes les instances de socialisation, du club de sport aux programmes de télévision, pour assurer la continuité de l’expérience éducative afin de sortir les étudiants du désenchantement ». Il oscille entre culture, engagement et enseignement, entend avec une oreille humaine et une grande disponibilité. Pour avoir connu le pouvoir, cet homme politique, de culture et de théâtre, a découvert que : « S’engager politiquement c’est s’appuyer sur ses propres expériences et se montrer fidèle à ses convictions et ses valeurs ».

Candidat lors des primaires du Parti socialiste pour les présidentielles, il a dû finalement se retirer sous les critiques de certains socialistes, alors que selon la Sofres, entre 1985 et 2005, sa cote de popularité oscille autour de 45 % d’opinions favorables et certains le considéraient comme un possible recours de la gauche à l’élection présidentielle de 2007. En fait, sa popularité et sa verve piquante agaçaient ses amis socialistes. Il est prompt à brocarder les « forbans d’agiotage au profit de tactiques opportunistes ». Il met en tout cas en lumière l’écart saisissant entre les professions de foi patriotiques et certaines pratiques fort éloignées de tout civisme politique.

Il aspire comme les universalistes à libérer le monde entier. « Les malheurs du temps et des peuples n’avaient guère moralisé les affaires. Quand l’obus va, tout va. Tous les pays doivent s’associer pour signer un traité de paix, pour écrire les nouvelles pages d’un monde affranchi de la violence, de la haine. Avec Obama à la Maison Blanche, il y a de fortes chances qu’une véritable dynamique de paix et un nouveau Deal se mettent en place », proclame-t-il. Il y a dans son action une hauteur, un rythme, une humanité. « Levons les yeux, la beauté, l’intelligence et l’amour sont partout, simplement nous les laissons filer, s’échapper. Comme des feux d’artifice en plein jour », dit-il. A la fin de notre rencontre, il retrouve avec joie ses petites-filles Anna et Rebeca. Un moment de bonheur favori pour lui. Nous le quittons avec le sentiment agréable que quelque chose nous échappe, qu’il y a encore des choses, des projets cachés derrière son regard et ses propos.

Amina Hassan

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Jalons 

1967 : Docteur en droit à l’Université de Nancy.

1973 : Secrétaire national du PS à l’action culturelle.

1981-1992 : Ministre de la Culture sous divers gouvernements.

1992-2002 : Ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale

et de la Culture.

1994 : Député au Parlement européen.

2002-2008 : Député de la 6e circonscription du Pas-de-Calais.

2007 : Ouvrage, Qu’apprend-on au collège ? XO éditions.

 




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