Al-Ahram Hebdo, Société | Rendre les coups à son mari
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 novembre 2008, numéro 740

 

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Société

Fatwa. Un cheikh saoudien vient de permettre aux femmes battues de rendre la pareille et de se défendre. Cet avis religieux divise.

Rendre les coups à son mari

« Quoi ? Un homme battu par sa femme, ce n’est pas un vrai homme », s’indigne Ali, 20 ans, fonctionnaire et marié depuis plusieurs années.

Choquée par la question, Oum Bachar, concierge originaire de Minya, répond en couvrant son visage avec une partie de son voile : « Frapper son mari, quelle honte ! ». Quant à Marwa, 30 ans et comptable, elle s’interroge : « Et pourquoi pas ? Si c’est pour se défendre et si son partenaire est trop violent. Elle est en état de légitime défense et a le droit de lui rendre les coups ». « Il faut alors que toutes les femmes prennent des cours de self-defense pour se protéger contre leur mari », dit Abdallah, médecin. Ce sont là des réactions à la fatwa prononcée par le cheikh saoudien Abdel-Mohsen Al-Obaykan, membre du Conseil consultatif, qui a estimé qu’une épouse a le droit de frapper son mari si celui-ci « usait de sa force » avec elle. Cette dernière fatwa a divisé la société égyptienne à une période où l’on constate une recrudescence de violence. Al-Azhar, la plus haute autorité religieuse, a pour sa part nié sa responsabilité face à cette fatwa et au soutien du cheikh Abdel-Hamid Al-Atrach, président du comité des fatwas de l’Université d’Al-Azhar, qui a déclaré au quotidien indépendant Al-Masri Al-Youm qu’il est légitime pour une femme de battre son mari pour se défendre. Tout être humain a le droit de se défendre, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme (...), car tous sont égaux devant Dieu. Si les hommes de religion paraissent divisés à propos de la fatwa, beaucoup de militants de la société civile l’ont rejetée, car elle justifie la violence, qui est un comportement contre lequel ils luttent.

La société civile rejette la fatwa

Amal Abdel-Hadi, membre fondateur de l’association La Femme nouvelle, explique qu’il ne faut jamais recourir à la violence au sein de la famille : « Le mari n’a pas le droit de battre son épouse et vice-versa. Nous luttons contre toutes les formes de violence contre la femme, et nous ne les approuvons pas, logiquement, contre l’homme. Les époux doivent entretenir une relation d’affection et de pitié comme le stipule le Coran ». Elle pense que si une épouse refuse la violence de son mari, elle devra demander le divorce au lieu de lui rendre les coups, sinon comment peuvent-ils maintenir une relation où ne règnent ni respect ni sécurité ? Trop d’interrogations à propos de cette fatwa mal placée, comme dit Magda Adli, chef du centre Al-Nadim qui lutte contre toute forme de violence contre les femmes à une période où nous voulons changer les mentalités des hommes et des femmes, tout en considérant la violence au sein de la famille comme un crime qui mérite un châtiment sévère. « Je ne suis pas contre le droit de la légitime défense, mais au lieu de promulguer une fatwa pour appeler les femmes à se défendre, il faut plutôt interdire toutes les formes de violence pour préserver l’unité et la stabilité de la famille », commente Adli. Elle rappelle que le centre Al-Nadim prépare un projet de loi qui incrimine la violence entre les époux, et ce d’après plusieurs études qui ont prouvé qu’un bon nombre de femmes sont battues par leurs maris. Ce ne sont pas seulement les activistes féministes qui sont contre la fatwa, mais aussi ceux qui cherchent à retrouver le respect perdu de l’homme comme Naïm Abou-Ghada, fondateur de l’association Si Al-Sayed. Il indique que le mari frappé par sa femme n’a aucune dignité. « La femme qui lève la main sur son mari doit être immédiatement répudiée », dit-il, en ajoutant qu’il n’approuve pas le recours à la force et sans raison, comme les cas des hommes qui frappent leurs femmes pour leur soutirer de l’argent.

« Cependant, l’homme a parfois le droit de corriger son épouse qui commet des bévues. Des exemples : une femme qui sort de la maison sans avoir demandé la permission à son mari ou une autre qui humilie sa belle-mère. Mais cela ne doit pas le pousser à la rouer de coups pour des choses futiles », dit-il tout en ajoutant que face à la différence physique entre les deux sexes, une femme peut saisir un instrument tranchant pour se défendre, ce qui peut la conduire à commettre un crime.

« Avec une telle fatwa et au lieu de se défendre contre les occupants de la terre arabe, nous allons transformer nos maisons en terrains de guerre », s’indigne Abou-Ghada, qui pense qu’elle va à l’encontre de nos traditions orientales. Une culture qui justifie le comportement violent du sexe fort et demande aux femmes de supporter tous les sévices. Ce qui va à l’encontre de la religion, comme l’assure Mohamad Fouad Chaker, professeur d’études islamiques à l’Université de Aïn-Chams.

L’islam contre la violence

Il explique que l’islam a précisé la manière avec laquelle un homme doit traiter son épouse, et le prophète Mohamad a insisté sur le fait de bien traiter les femmes. « Il a dit que les meilleurs musulmans sont ceux qui traitent bien leurs épouses. L’islam a accordé le droit au mari de battre sa femme en dernier recours et après plusieurs tentatives pour la remettre dans le droit chemin et ce dans les cas des femmes insoumises », dit Chaker, en ajoutant que dans ce cas, il ne faut pas que ça soient des coups au visage ou des coups violents, mais il faut utiliser un moyen symbolique pour montrer sa colère envers elle. « Et s’il ne respecte pas ces principes et la frappe violemment, elle a donc le droit de se défendre ».

Un avis qui déplaît à beaucoup d’hommes, qui même s’ils sont divisés sur le droit de l’homme de frapper sa femme ou pas, refusent l’idée qu’elle en arrive là. « Cette fatwa semble plutôt contre les femmes que contre les hommes. Cela ne fera qu’augmenter la tension et le sentiment de vengeance de la part des hommes qui pensent que les femmes sont de plus en plus fortes et ont beaucoup de droits différemment des hommes. Ce qui met de l’huile sur le feu dans une relation déjà très tendue », explique Hossam, fonctionnaire.

Le psychiatre Yéhia Al-Ahmadi abonde dans le même sens. Il précise que durant cette période où l’on vante les droits accordés à la femme, il accueille dans sa clinique un bon nombre de femmes opprimées. « Nous avons déjà un bon nombre de célibataires des deux sexes, si l’on dit à un jeune homme qui pense mille et une fois avant de se lancer dans le mariage, acceptez-vous que votre épouse en vienne aux mains, il ne se mariera jamais. D’un autre côté, une femme équilibrée préfère que son partenaire soit respectueux envers elle », dit-il, en ajoutant qu’il faut penser aux prochaines générations en annonçant de telles fatwas. « Sinon, que pouvons-nous attendre d’une génération qui vit dans une maison où la pratique de la violence est un moyen pour se faire entendre ? », conclut-il.

Doaa Khalifa

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